i y^ ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR SCEAUX. — IMPRIMERIE CHAR A IRE ET C '». ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR (JOURNAL DE MICROBIOLOGIE) PUBLIÉES SOUS LE PATRONAGE DE M. PASTEUR PAR E, DU CL AUX MEMBRE DE L'iNSTITUT PROFESSEUR A LA SORBONNE Et un Comité de rédaction composé de : MM. CHAMBERLAND, chef de service à l'Institut Pasteur. D r GRANOHER, professeur à la Faculté de médecine. METCHNIKOFF, chef de service à l'Institut Pasteur. NOCARD, professeur à l'École vétérinaire d'Alfort. D r ROUX, chef de service à l'Institut Pasteur. D r STRAUS. professeur à. la Faculté de médecine. TOME SEPTIEME 1893 AVEC QUINZE PLANCHES PARIS G. MASSON, ÉDITEUR LIBRAIRE DE L'ACADÉMIE DE MÉDECINE 420, BOULEVARD SAINT-GERMAIN EN FACE DE L'ÉCOLE DE MÉDECINE 7«aa ANNÉE JANVIER 1893. N° \. ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR LE JUBILÉ DE M. PASTEUR Le 27 décembre 1892, a été célébré avec éclat, en présence de M. le Président de la République, le 70° anni- versaire de la naissance de M. Pasteur. Des médailles, des adresses, des télégrammes ont apporté de tous les points du monde des témoignages de reconnaissance, des compliments et des souhaits. Cette belle solennité laissera de longs souvenirs chez tous ceux qui vont assisté. C'est qu'elle n'était pas seulement la fête d'un savant, si glorieux soit-il ; c'était aussi une fête de la Science, quia le droit de s'enorgueillir que les noms quelle illustre soient les seuls que puissent célébrer à l'envi et sans arrière-pensée tous les peuples civilisés. La rédaction des Annales tient à honneur de rester fidèle à cette science sans frontières, qui accueille avec reconnais- sance la vérité, d'où qu'elle vienne ; mais elle est fière de posséder à sa tète le savant illustre et vénéré pour lequel l'amour de la science a toujours été une forme élevée du patriotisme, et qui, dans les hommages dont on Fa comblé dans l'amphithéâtre de la Sorbonne, voyait surtout l'éclat qui en rejaillissait sur son pays. 1 SUR LES PHOSPHATES DU LAIT Par M. DUCLAUX. Les phosphates du lait sont pour beaucoup dans la valeur alimentaire de ce liquide. C'est avec eux que le jeune animal en lactation constitue son système osseux; d'une manière plus générale, Bunge a démontré que la matière minérale d'un jeune chien, incinéré en entier, avait à peu près la même composition que les cendres du lait de chienne. Les sels minéraux du lait exercent en outre une influence considérable sur les propriétés de la caséine, sur sa coagulation, sur son degré de cohésion, sur sa digestibilité. 0. Hammarsten a cherché à expliquer théoriquement cette influence en admet- tant que, sous l'action de la présure, la caséine se dédouble en deux nouvelles substances. L'une, qui est en quantité de beau- coup prédominante, est insoluble dans la solution de phosphate calcique que présente le lait, et se précipite, sous forme de coagulum, eu entraînant une proportion plus ou moins grande de chaux et d'acide phosphorique. L'autre corps azoté, qui se forme en quantité très minime dans le dédoublement, constitue la protéine du sérum, et reste en solution. Cette théorie a été reprise tout récemment, avec des argu- ments nouveaux, par MM. Arthus et Pages, pour lesquels la présure dédouble la caséine du lait en deux substances : une albumose qui reste dans le petit lait, et une substance caséogène qui donne avec les sels de calcium un composé insoluble, le caséum. C'est la théorie d'O. Hammarsten, sauf que la forma- tion d'un coagulum est considérée, non comme le résultat d'un phénomène d'insolubilité dans un liquide contenant du phos- phate calcique, mais comme le résultat de la combinaison chimique d'une substance dite caséogène avec le calcium pour donner la substance insoluble, dite caséum. MM. Arthus et SUR LES PHOSPHATES DU LAIT. 3 Pages considèrent en effet ce caséum comme un composé chimique, parlent de caséum calcique, barytique, sans avoir du reste cherché à démontrer que la composition de ces corps était constante, ni rien fait pour justifier le nom qu'ils leur donnaient. A ces théories du dédoublement pendant la coagulation, j'ai fait deux objections principales. En premier lieu, lorsqu'on filtre comparativement, sur une bougie de porcelaine, du lait normal et du lait coagulé, pour bien y distinguer ce qui est en solution véritable et passe au travers du filtre, de ce qui est en suspension et qui reste à sa surface, on ne trouve pas plus de matière albuminoïde dissoute dans un cas que dans l'autre, ce qui prouve que, dans les limites de précision de la mesure, il ne se forme aucune nouvelle matière soluble par suite de la coagu- lation. En second lieu, les sels de chaux jouent un rôle passif, au lieu de jouer un rôle actif dans la coagulation, comme le veuleut les théories précédentes. Le phosphate de chaux du caséum est en simple suspension dans le lait et s'en sépare par le repos. Il ne fait pas plus partie du caséum, que ne font partie de l'eau les limons qui s'en déposent. On n'a pas le droit de le con- sidérer comme faisant partie des cendres de cette substance. On a encore moins le droit de compter, sans autie informé, le phos- phore trouvé dans ces cendres comme élément du caséum. En se formant, le coagulum enferme dans ses mailles le phosphate de chaux en suspension dans le lait, et ne s'en sépare ensuite que difficilement. La proportion de sel de chaux soluble est en outre la même, avant ou après coagulation, dans la portion qui filtre au travers d'un diaphragme de porcelaine, ce qui est contraire à l'idée d'une combinaison calcique, se produisant pendant la coagulation. Ces faits, publiés en 1883, n'ont pas été contredits par M.Hammarsten,etMM. Arthus et Pages, qui, depuis, ont fait leur travail sur le lait, semblent les avoir ignorés. On aurait pour- tant pu me reprocher que ma démonstration n'était pas tout à fait correcte. Ma première objection résulte d'un dosage comparatif de la matière albuminoïde dans le liquide filtré du lait coagulé et non coagulé. Cette filtration n'est pas quelque chose d'aussi simple que la filtration d'un précipité cristallin, et il y a de ce fait des difficultés sur lesquelles je reviendrai. Telle quelle est, et avec les renseignements que j'ai donnés, la 4 ANNALES DE L'JNSTITUT PASTEUR. démonstration est suffisante. On a le droit de se montrer un peu plus difficile au sujet de la seconde objection, relative au dosage comparatif du phosphate de chaux. Je m'étais contenté, pour aller vite, de dissoudre dans l'acide acétique, mélangé au besoin d'une goutte ou deux d'acide chlorhydrique dilué, les cendres provenant du lait entier ou du lait filtré, et de précipiter par l'ammoniaque. Les cendres du lait contiennent toujours plus d'acide phosphorique qu'il n'en faut pour former avec la chaux du phosphate tribasique; il y a en outre dans ces cendres de l'alumine, du sesquioxyde de fer, de la magnésie. Le précipité obtenu par l'ammoniaque contenait donc, mélangé au phosphate de chaux, des phosphates de fer, d'aluminium, et du phosphate ammoniaco-magnésien que la calcination transforme en pyrophosphate. Tous ces phosphates mélangés au phosphate de chaux sont en assez faible quantité pour que les conclusions à tirer des dosages soient encore valables, et c'est dans ce sens que je les ai données. Mais il y aurait évidemment intérêt à serrer la question de plus près. Il n'est pas douteux aujourd'hui que le lait ne contienne des éléments en suspension et des éléments en solution. Dans les éléments en suspension, en laissant de côté les globules gras, il faut compter surtout la caséine et les phosphates. Quels sont ces phosphates, et, lorsqu'on a recombiné parle calcul, à l'état de phosphates tribasiques, les quantités des diverses bases trouvées par l'analyse avec la quantité voulue d'acide phosphorique, y a-t-il un excédent d'acide phosphorique ou de phosphore impu- table au caséum lui-même, et entrant dans sa constitution au même titre que le carbone ou l'azote? Gomme les matériaux en suspension comprennent les 7/8 de la caséine et un peu moins de la moitié des éléments salins, ils se prêtent bien mieux à cette étude que le lait entier, parce que, d'un côté, l'évaluation de l'excédent d'acide phosphorique est plus sûre, et que, de l'autre, cet excédent est à répartir sur une quantité de caséine presque égale à celle qui existe dans ce lait. Si nous passons maintenant aux sels en solution, nous ren- controns d'autres questions qui se posent. Dans les cendres du lait filtré au travers de la porcelaine, nous trouvons encore de l'acide phosphorique et de la chaux. Dans quelle proportion sont ces deux éléments, et à quel état a-t-on le droit de les supposer en SUR LES PHOSPHATES DU LAIT. 5 suivant les règles, arbitraires il est vrai, qui servent «à transformer une analyse élémentaire en analyse immédiate? Le phosphate tribasique de chaux est insoluble, le phosphate bibasique l'est aussi; seul le phosphate monobasique peut se dissoudre, mais il est acide. L'acidité qui en provient est-elle du même ordre que l'acidité normale du lait? Les citrates dont on a signalé la pré- sence dans le lait jouent-ils un rôle dans la solubilisation des phosphates? Ce n'est pas tout. Le phosphate de chaux y est à l'état d'élé- ments fins, presque muqueux, se dissolvant très facilement dans les acides les plus faibles. Cet état de division muqueuse, cette facile solubilité assurent sa circulation dans l'organisme du jeune animal, soit qu'il y entre en nature, ce que lui permet sa division extrême, soit qu'il y entre en solution acide facile à précipiter. Pour donner aux phosphates naturels des propriétés alibiles, on a songé de divers côtés à les faire passer par l'organisme de la vache, à laquelle on les sert à l'état pulvérisé, dans l'espoir de les voir reparaître dans son lait sous une forme plus digestible. Ceci revient à demander à la vache ce travail préliminaire qu'on n'ose pas demander à un entant qu'on veut soumettre à une alimentation phosphatée. Mais la vache en est-elle capable? Le lait qu'elle fournit dans ces conditions d'alimentation ren- ferme-t-il plus de phosphates que le lait naturel? Si oui, sont-ils à l'état de phosphates solubles ou de phosphates en suspension? Une réponse à celte question est d'autant plus utile qu'il y a un moyen très simple d'augmenter, sans passer par la vache, la richesse d'un lait en phosphates, et de justifier par celte augmen- tation l'augmentation du prix. Il suffit d'y ajouter des os pulvé- risés ou du phosphate de soude, suivant qu'on voudra accroître la proportion des phosphates en suspension ou en solution. Y a-t il des moyens de se mettre en garde contre cette fraude? Toutes ces questions forment l'objet d'un travail considérable dont je ne publie en ce moment que la première partie, celle qu'il est possible de faire dans un milieu aussi hostile aux études laitières que l'est Paris. La seconde partie, qui exige des expé- riences sur des animaux, a été interrompue quand j'ai quitté la Station laitière du Cantal; j'espère pouvoir les reprendre bientôt dans la même région. G ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. 1 L'étude de tous ces problèmes exige une analyse exacte des cendres, analyse dont les procédés sont bien connus. J'ai tou- jours opéré sur 100 c. c. de lait, que j'évaporais au bain-marie, et que je calcinais dans une capsule de platine, à une aussi basse température que possible. Les cendres, pesées lorsqu'elles sont bien blanches, sont reprises par l'acide chlorhydrique étendu où elles se redissolvent intégralement, ce qui démontre qu'il n'y a jamais de silice en proportions sensibles. On ajoute de l'ammoniaque jusqu'à formation d'un commencement de précipité, puis de l'acide acétique ajouté goutte à goutte et en léger excès, de façon à ne laisser indissous que les phosphates de fer et d'alumine. C'est ici qu'on trouve le bénéfice de n'avoir pas trop chauffé pendant la calcination. Le phosphate de chaux porté à un rouge trop vif se redissout plus péniblement dans l'acide chlorhydrique, et cette dissolution, ne semble pas lui faire perdre sa cohésion et son degré de résistance aux acides, car, précipité par l'ammo- niaque, il est encore très résistant à l'attaque par l'acide acé- tique, et peut refuser de se dissoudre. Si on chauffe, on ne réussit qu'à le rendre plus insoluble, et en plus on précipite une partie de celui qui s'était déjà dissous. On évite toute difficulté, en calci- nant au rouge naissant dans les portions les plus chaudes de la capsule de platine. Quand on dépasse ce terme, on est exposé à compter une partie du phosphate de chaux des cendres comme du phosphate de fer et d'alumine. Le fait a dû se produire souvent, car les quantités de phos- phate de fer et d'alumine que j'ai trouvées dans mes analyses n'ont jamais dépassé 5 milligrammes pour 100 c. c. de lait. Cela correspond à 10 milligrammes environ de sesquioxyde de fer par litre de lait. Or la majorité des analyses publiées en donnent 30 à 50 milligrammes. D'ordinaire le poids de phosphate de fer et d'alumine pro- venant des cendres de 100 c. c. de lait ne dépasse pas 2 milli- grammes. La teneur en acide phosphorique de ces deux phos- SUR LES PHOSPHATES DU LAIT. 7 phates est à peu près la même, et voisine de 50 0/0. On ne commet qu'une erreur négligeable en comptant comme acide phosphorique la moitié du poids des phosphates trouvés, dont il est inutile de pousser plus loin l'étude. Dans le liquide filtré on. précipite à la façon ordinaire la chaux par l'oxalate d'ammoniaque, puis la magnésie à l'état de phosphate ammoniaco-magnésien, en ajoutant un excès d'ammoniaque au liquide de filtration et de lavage de l'oxalate de chaux, convenablement évaporé au bain-marie, s'il est trop étendu. On concentre à nouveau les liquides de filtration et de lavage du phosphate ammoniaco- magnésien, et on y précipite les dernières portions d'acide phosphorique en y ajoutant du chlorure de magnésium et de l'ammoniaque. Les éléments autres que l'alumine, le fer, la magnésie, la chaux et l'acide phosphorique, ne nous intéressent pas pour le moment, et nous les confondrons sous la dénomina- tion d'éléments non dosés. Ils sont formés presque exclusive- ment de chlore, de potasse et de soude. Pendant que ces opérations s'accomplissent, une autre por- tion du même lait est filtrée sous pression au travers d'une bou- gie Chamberland. On recueille une centaine de centimètres cubes du liquide limpide. Il importe que pendant les vingt- quatre heures nécessaires à cette filtration, le lait ne se coagule ni ne s'acidifie pas, pour éviter qu'une partie du phosphate de chaux en suspension ne passe en solution, et que la répartition qu'on veut surprendre ne soit ainsi modifiée. Il faut pour cela soit stériliser le lait sur lequel on opère, soit, ce qui est préfé- rable, le refroidir en y mettant un nageur rempli de glace. Il n'y a pas à craindre de voir se peupler le liquide filtré, si on le reçoit dans un vase stérilisé et si la bougie filtrante a été bien flambée. On évapore au bain-marie 100 centimètres cubes de ce liquide filtré et on le traite absolument comme on fait du lait, tant pour la calcination que pour l'analyse des cendres. Les analyses terminées, il n'y a plus qu'à comparer les deux séries de chiffres. Pour être tout à fait exact, il faudrait tenir compte de ce que 100 centimètres cubes du liquide filtré ne correspondent pas à 100 centimètres cubes de lait. Ils représen- tent la partie liquide de 100 centimètres cubes de lait, plus la caséine et Ja matière grasse restées sur le filtre. Mais, dans une première approximation et pour simplifier, nous admettrons la 8 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. correspondance exacte des deux volumes de liquide. Dès lors, en retranchant pour chacun des éléments étudiés la quantité trouvée dans le lait filtré de la quantité trouvée dans le lait com- plet, on a la quantité de cet élément existant en suspension dans le lait, et on peut faire pour le détail des sels, ce que j'ai com- mencé à faire dans mes études* sur le lait, à propos de la caséine et du phosphate de chaux, distinguer les éléments en suspen- sion des éléments en solution. Prenons comme exemple un lait de Norvège conservé par la méthode de Dahl. La composition des cendres du lait complet et du lait filtré, telle qu'elle a été fournie par l'analyse, était la suivante : Lait complet Lait filtré Alumine et fer Magnésie Chaux Acide phosphorique Autres éléments non dosés Total 0,732 0,454 En retranchant les nombres correspondants des deux colonnes, on a pour les éléments en suspension dans ce lait les chiffres suivants : Alumine et fer ........ 0,003 Magnésie 0,006 Chaux 0,127 Acide phosphorique. 0,128 Autres éléments 0,037 0,005 0,002 0,017 0,011 0,178 0,051 0,213 0,088 0,339 0,302 Total 0,298 Ces nombres correspondent aux éléments du lait qui, comme le phosphate tribasique de chaux, sont insolubles et ne peuvent exister qu'à l'état de suspension dans ce liquide. Ils correspon- dent aussi à ceux des éléments solubles ou insolubles qui sont retenus, par voie d'affinité capillaire, dans les mailles du caséum resté à la surface du filtre. On sait, en elfet, que les corps géla- tineux, colloïdaux, exercent d'ordinaire une action de collage sur les substances qu'ils rencontrent dans le liquide qui les con- tient. Ils en retiennent quelques-unes, de préférence celles qui SUR LES PHOSPHATES DU LAIT. gr 2.725 e c 1.383 ee ,8 212^,3 l.S46cc,o ) 12oc,0 ) extrait à l'état gazeux. . 1.142=0,0 1 — fixé par le cuivre. ..... 1.323 cc ,4 [ 2.479 e -,4 — absorbé par le sol .... i2 cc ,0 ) — introduit au début 9 15<= c ,7 — apparu par le fait des plantes 1.563<" c ,7 vol. GO 2 disparu 97l ee ,4 .763 ee ,S 12cc,o vol. apparu 0,75 1.558^,0 57cc,o l.SOlcc.O 2.747^,2 91lcc,2 1.836^,0 0,82 Les volumes 212 cc ,3 et S7 CC ,0 d'acide carbonique extrait comprennent les petites quantités de CC ,12 et CC ,04 de gaz absorbées dans les analyses de l'atmosphère interne. Pareille- ment, les volumes l 5 142 Cc ,0 et 971 e0 , 4 d'oxygène extrait com- prennent l ec ,96 et l 1 ' ,50 perdus par la même cause. Comme conclusion des chiffres figurant dans le tableau qui précède, bornons-nous à constater, pour le moment, la diffé- rence existant entre l'acide carbonique disparu et l'oxygène apparu par le fait des plantes expérimentées au bout des six premières semaines de leur végétation; le volume du premier gaz a été très notablement inférieur à celui du second. Expériences III et IV. J'ai fait une nouvelle recherche sur la Houque laineuse avec l'idée d'en tirer des résultats plus complets. J'ai adopté une disposition telle qu'on pût obtenir, non plus seulement à la fin, mais à un moment quelconque, le volume de l'acide carbonique disparu et celui de l'oxygène apparu par le fait de la végétation. J'ai dû, pour satisfaire à cette condition, renoncer à l'emploi du tube à cuivre, qui précédemment servait à absorber de temps en temps l'oxygène gazeux en excès. J'y ai renoncé pour diverses raisons, parmi lesquelles je citerai seule- ment la suivante. Le cuivre, même à froid, s'oxydait lente- ment et fixait aussi un peu d'acide carbonique; cette double ÉCHANGES GAZEtfX DES PLANTES ENTIÈRES. 33 action faisait varier d'une manière indéterminée la composition de l'atmosphère interne, dont on ne pouvait plus dès lors appré- cier les variations dues à la seule influence des plantes. Mais, remarquons-le bien, cet inconvénient n'empêchait nullement une exacte évaluation, en fin d'expérience, des quantités de gaz cherchées, puisqu'alors, ainsi qu'il a été dit, l'oxy- gène et l'acide carbonique retenus par le cuivre étaient récupérés et dosés. L'appareil que j'ai employé consiste sim- plement en un récipient de verre A, au fond duquel se trouve le sol de culture et qui porte à son extrémité supérieure un tube B, deux fois recourbé à ]angle droit, s'é- largissant en C et venant plonger dans le mercure d'une petite cuve pro- fonde D. Le bouchon de caoutchoucE, que traverse le tube B, est noyé dans du mercure. Il laisse passer un second tube, G, servant à faire le vide et à introduire l'oxygène et l'azote. Ce tube est, pendant l'expérience, fermé par un caoutchouc et un obturateur qui plon- gent dans du mercure: lorsqu'on fait le vide, au début et à la fin, on envoie de l'eau fraîche dans le manchon qui l'enveloppe, de manière qu'il serve de JD réfrigérant. La partie inférieure du récipient A occupe le milieu d'un bassin F qui est rem- w/â. pli, lorsqu'on procède au vide, d'eau à 30° et, en temps ordinaire, de terre humide. Un bâton de soufre S est suspendu à l'entonnoir à longue queue H. Ce dernier sert à conduire dans l'intérieur du sol l'eau de condensation fournie par le réfrigérant GG: il évite que cette eau ne bouleverse dans sa chute la surface du sol; ce qui, lorsqu'on fait le vide au début de l'expérience, détruirait l'effet attendu de la couche_de sable calciné. L'acide carbonique s'introduit par la partie inférieure de C, au moyen du petit volumètre spécial employé pour le mesurer. 3 34 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Les prises de gaz pour analyses se font également en C. Il faut être certain que ces prises représentent bien l'atmosphère con- tenue en A. Avant de prélever une prise, on commence donc par amener en C les gaz de A. Il suffit, pour y parvenir, d'élever la cuve D verticalement, de manière que C s'y enfonce complète- ment, puis de l'abaisser et de renouveler deux ou trois fois cette manœuvre. Le volume du gaz ainsi appelé en C étant beaucoup plus grand que le volume du tube B, celui-ci se trouve entière- ment purgé des gaz qu'il renfermait et l'on peut prendre en C un échantillon fidèle de l'atmosphère de A. Dans la nouvelle disposition que j'indique, on n'absorbe plus d'oxygène au cours d'une expérience. On laisse la propor- tion de ce gaz s'élever peu à peu à mesure que la végétation se développe. Je craignais un peu qu'elle ne devint bientôt nuisible aux plantes; mais celles-ci ont paru jusqu'au dernier moment parfaitement portantes, bien que le taux d'oxygène ait atteint 42,5 0/0. Puisqu'on n'absorbe pas l'oxygène produit et qu'on ajoute de temps à autre de l'acide carbonique, la pression totale des gaz à l'intérieur de l'appareil doit augmenter progres- sivement. Aussi faut-il, pour éviter toute sortie de gaz au dehors, commencer l'expérience avec une pression assez faible. Cette pression a crû ici de 55 à 70 centimètres de mercure environ. Elle a toujours été, comme on voit, inférieure à la pression externe, condition qu'il est nécessaire d'observer si l'on veut être absolument certain d'éviter toute fuite par les joints. L'azote gazeux mis en œuvre est mesuré avec précision, de même que l'oxygène et l'acide carbonique introduits au début ou en cours d'expérience. Comme il ne varie pas (on le vérifie finalement), il fournil une base très utile pour le calcul des quantités d'oxygène et d'acide carbonique qu'on veut avoir. En effet, l'analyse de l'atmosphère interne indique la propor- tion centésimale de chacun des trois gaz. Le volume de l'azote çazeux étant connu, on en déduit celui de l'oxvuène et celui de l'acide carbonique existant dans l'appareil au moment du prélèvement de l'échantillon analysé et, par suite, le volume de chacun de ces deux gaz apparu ou disparu depuis le commen- cement de l'expérience. Comme sol, j'ai employé 2 kilogrammes du même sable ÉCHANGES GAZEUX DES PLANTES ENTIERES. 35 quartzeux que précédemment. Je n'y aï point, cette fois, ajouté de carbonate de chaux. Ce sol entraîne, en effet, une complication pour L'extraction finale du gaz carbonique, parce qu'il donne du bicarbonate qui. pour être entièrement décomposé, exige le maintien prolongé du vide '. Au sable ont été ajoutés 350 cc d'une solution contenant par litre : Sulfate de calcium ......... 0g<",3; Azotate de potassium Ig^OO (exactement pesé, soit 0g r ,0728 d'azote dans 350"); Phosphate bicalcique. ........... 0? r ,o (dissous ou en suspension! ; Sulfate de magnésium uuhydre. 0g r ,3 ; Sesquioxyde de fer. ........ 0s"\020 à 0s^025 (à l'état d'hydrate en suspension). Pour mesurer exactement l'influence du sol dans les varia- tions de la composition de l'atmosphère interne, j'ai institué une expérience témoin (expérience IV), disposée et exécutée comme celle qui vient d'être décrite, avec les mêmes poids de sable et de sels et un volume de gaz moindre pour qu'il se mesura L mieux, mais sans culture. L'expérience a duré du 21 juillet au 6 octobre. L'examen des gaz, fait au début et à la fin, a appris que. pendant ce temps, le sol avait absorbé 14c. c. d'oxygène et dégagé à très peu près autant d'acide carbo- nique 2 ; l'azote gazeux n'a pas varié sensiblement (azote initial 624 e '", 2, azote final 626 cc ,i ; différence l cc ,9) ; du moins, la variation a été de l'ordre des erreurs permises, étant donné surtout qu'on a eu à faire non pas seulement des mesures volu- métriques, mais aussi l'analyse eudiométrique des gaz extraits finalement. Les plantes obtenues ont été de très belle apparence. Les parties aériennes étaient bien vertes, sans une feuille flétrie ou décolorée ; elles ont atteint de 22 à 33 centimètres de hauteur au- dessus du sol. 1 Bien qu'on n'ait pas ajouté, comme dans les expériences I et II, du carbo- nate de chaux, on a rencontré, à un bien moindre degré, il est vrai, la difficulté qui vient d'être signalée, par suite de la formation du bicarbonate fourni par l'action de l'acide carbonique sur le phosphate bicalcique. '2. A supposer que le caoutchouc du bouchon E ait agi sur la composition de l'atmosphère, par exemple en absorbant des traces d'oxygène, ou encore que le mercure contenu en G ait fixé quelque peu du même gaz, ces actions ont été vraisemblablement les mêmes pour les expériences III et IV, les deux appareils étaient identiques ; leurs effets sont compris dans les 14 c. c. dont il s'agit et corrigés plus bas en même temps que l'action du sol lui-même. 36 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Le tableau suivant présente les données et les résultats numé- riques de Fexpérience III. in Houque laineuse, semée le 7 juillet, récoltée le 6 septembre. Poids des graines • 20 m g r Azote gazeux mis en œuvre ....... 3.925 ci: CO 2 introduit 1.3i0c<\0 ) . — dégagé par le sol 11«,0 ( 5 ' — extrait 23^,6 — disparu par le fait des plantes 1.527 cc ,4 extrait 2.898°°,! ) g n — absorbé par le sol.. . 1I«,0 ) ' — introduit au début. d ,174- CC ,2 — apparu par le fait des plantes , 1 .734^,9 13 août 18 août 26 août 1 er septembre 6 septembre vol. GO 2 disparu .... 0,87 0,88 0,88 0,91 0,89 vol. O apparu Je présenterai, relativement à ces chiffres, quelques explica- tions. Les 1,S40 CC ,0 d'acide carbonique introduit ont compris 9 vo- lumes variant de 164 cc ,52 à 176 cc ,59. On a tiré les lie. c. d'acide carbonique et d'oxygène, corres- pondant à l'action du sol, des résultats de l'expérience témoin IV, en ayant égard à la différence des durées des deux expériences. Les volumes d'acide carbonique et d'oxygène extraits ont été obtenus, comme on l'a indiqué déjà, par la mesure du total des gaz retirés de l'appareil et par l'analyse de leur mélange. Les gaz ont été mesurés en plusieurs fois dans le même volu- mètre qui avait été employé au début de l'expérience. Chaque portion mesurée a été l'objet d'une analyse eudiométrique à laquelle on a apporté les plus grands soins. Ces analyses n'ont jamais fait reconnaître la présence, en proportion appréciable, de s:az combustibles. Comme vérification des mesures et ana- lyses, on a retrouvé finalement l'azote gazeux mis en œuvre dans les limites des erreurs admises (4 ou 5 c. c, le volume total des gaz extraits étant de près de 7 litres). Les volumes d'acide carbonique et d'oxygène extraits, 23 cc ,6 et 2,898 cc ,l, comprennent, comme plus haut, les petites quan- tités de ces gaz absorbées dans les analyses de l'atmosphère interne, soit respectivement CC ,01 et 2 CC ,40. ÉCHANGES GAZEUX DES PLANTES ENTIERES. 37 J'ai fait l'analyse élémentaire des plantes récoltées. Les plantes entières se composaient, en réalité, de trois por- tions : 1° Les parties vertes, coupées à un demi-centimètre au- dessus du sol, parfaitement exemptes de sable et pesant, après dessiccation, l- r ,834; 2° Les racines, qu'on avait séparées du sol avec le plus de soin possible, mais qui contenaient néanmoins une forte pro- portion de sable ; défalcation faite de ce sable, elles pesaient à l'état sec Oa-,194 1 ; 3 D Les débris végétaux, très petits, restés dans le sol. Quant à ces débris, on en a seulement déterminé le carbone; on l'a obtenu en dosant cet élément à la fin des expériences dans le sable de III (expérience avec culture) et dans le sable de IV (expérience témoin), et retranchant le second résultat du pre- mier. On a supposé aux débris la même composition qu'aux racines, hypothèse qui, si elle n'est pas tout à fait exacte, ne saurait entraîner une erreur sensible pour l'ensemble des plantes, vu la proportion des matières. D'après cela on a calculé, par le poids de carbone, le poids de chaque élément et le poids total (0 gr ,090) des débris. Les poids de carbone, hydrogène, azote, cendres et oxygène donnés ci-après pour la composition des plantes entières, repré- sentent la somme des trois portions qui viennent d'être indiquées. Composition des plantes entières de Iiouque laineuse. Carbone.... ' 0gr,827 39,0 Hydrogène 0s r ,10G 5,0 Azote . 0gr,060 2,9 Cendres 0gr,421 49,9 Oxygène ; par différence . 0s r ,704 33,2 Plantes entières sèches 2-^,118 100,0 On a dosé l'acide carbonique contenu dans les cendres ; il n'y en avait qu'une proportion très faible , correspondant à 2 mgr. de carbone. Dans le poids de carbone de 827 mgr., ces 2 mgr. sont compris. Le poids de 421 mgr. représente, au con- traire, les cendres sans leur acide carbonique. 1. Les parties vertes et les racines ont été desséchées immédiatement après leur sortie de l'appareil. Il importait, en effet, qu'elles ne pussent continuer à assimiler du carbone ou à respirer, ce qui aurait modifié leur composition. 38 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. J 1 ai vérifié les résultais obtenus relativement au carbone et à l'azote, en établissant ce qu'on peut appeler le bilan de chacun de ces deux éléments. BILAN DU CARBONE DE L'EXPÉRIENCE III Carbone mis en œuvre. Dans le sol - . 58mgr ; l Dans les graines 8mgr,o Introduits clans les l.jio v ,0 d'acide carbonique...... 826 m g*,0 892'"gr,l ' Carbone retrouvé finalement Dans le sol 88mgr,7 Dans les plantes. 788'"g'',o Dans les 23 ec ,6 d'acide carbonique extrait 12 m S r ,7 889«ig',9 Les 788" 1 - 1 ', 5 ci-dessus correspondent seulement aux parties vertes et aux racines, c'est-à-dire aux deux premières des trois portions citées plus haut comme composant les plantes entières ; ils ne comprennent pas le carbone des débris que le sol a gardés, carbone déjà compté dans les 88 m s r , 7 du sol. BILAN DE L'AZOTE DE L'EXPÉRIENCE III Azole au début. Dans le sol additionné de solution nutritive 6"mg'",!2 Dans les graines 0">gr,5 6Tngr,7 Azote à la fin. Dans le sol.. il" 1 -' 1 '.!! Dans les plantes 59mgr,3 69mg r ,2 Les 59 mgr ,3 correspondent aux parties vertes et aux racines, sans les débris laissés dans le sol, lesquels sont compris dans le chiffre de 9 m8r ,9. Ainsi, on retrouve à la fin, dans les limites d'erreur permises, le carbone et l'azote mis en œuvre. Les vérifications sont tout à fait satisfaisantes. Conclusions. 1° Le rapport R du volume de l'acide carbonique disparu à celui de l'oxygène apparu par le fait des plantes examinées Écii.wr.Ks (i.\zi:i \ des plantes entières. 39 pendant les six on huit premières semaines de leur végétation, a été trouvé notablement inférieur à l'unité '. On pourrait reprocher à l'expérience III d'avoir comporté des tensions anormales d'oxygène (jusqu'à 42. S 0/0). Mais elle a donné un résultat du même ordre que l'expérience II, où la proportion d'oxygène a été entretenue au voisinage de 20 0/0. El. de plus, les ex| ériences de Boussingaull, de MM. Dehérain et Maquenne. de MAI. Bounier et Mangin, ont fait voir que les rapports /• — P°* dUparu pour l'assimilation du carbone et p' = ÇIîLîpeîï A J- apparu *■ O disparu pour la respiration étaient, dans des limites très étendues, indé- pendantsde la pression des gaz carbonique et oxygène. Il est donc à penser qu'ici notre rapport R, sorte de résultante de r et r , n'a. pas été sensiblement altéré par la présence d'un excès d'oxygène. 2° Dans l'expérience III, le rapport R n'a pas notablement varié au cours de la végétation. Je n'oserais donner ce résultat comme parfaitement établi; car il faut noter qu'au début de l'expérience la détermination de R se fait avec un degré d'exactitude laissant quelque peu à désirer, à cause de la petitesse des deux termes de la fraction. 3" II entre dans la composition de la matière organique d'une plante entière (et en particulier de notre Ilouque) un poids d'hydrogène supérieur à celui qui, avec l'oxygène de cette matière, formerait de l'eau. Pour rendre compte de ce fait impor- tant, on a été conduit, comme on sait, à admettre que la plante élimine de l'oxygène sous une forme ou sous une autre, et MM. Dehérain et Maquenne, ayant trouvé que, dans la respira- tion, le rapport r était fréquemment plus grand que l'unité, ont bien fait remarquer qu'il y avait là une cause de déperdition d'oxygène par départ d'une cerlaiue quantité d'acide carbonique dont les deux éléments seraient fournis par la plante même; mes expériences s'accordent avec celte manière de voir. Eu dehors de toute hypothèse sur le mode d'élimination de l'oxygène, elles permettent de constater le fait de cette élimination par des mesures directes. -1. Quant aux; valeurs mêmes de R trouvées dans les expériences I et II 0,75 et 0,82 , elles sont peut-être entachée- d'une légère erreur provenant de la difficulté qu'il y a eu à extraire absolument la totalité de l'acide carbonique hors de l'appareil, par suite de la formation d'une assez grande quantité de bicarbonate calcaire. 40 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. 4° La houque de l'expérience III a puisé de l'oxygène pour constituer sa substance organique, non pas seulement dans l'eau et les g-az acide carbonique et oxygène de l'atmosphère, suivant ce qu'on indique d'ordinaire, mais aussi, et en proportion impor- tante, dans les sels minéraux oxygénés qui ont pénétré par les racines. Cette conclusion ressort du tableau suivant, qui pré- sente le calcul, d'après les chiffres donnés plus haut, de la quan- tité d'oxygène gagnée par les plantes dans leurs rapports 1° avec l'eau et 2° avec l'atmosphère, et la comparaison de cette quantité avec le total de l'oxygène acquis pendant la végétation. 1° Hydrogène des plantes 106 m S r — des graines 1 — pris à l'eau par les plantes. lûo 1 "^ 1 ' Oxygène emprunté par les plantes à l'eau 10o m S r X 8 = 840 mgr 2° Oxvpène libre dégagé parles plantes., 1.73i ce ,9 — contenu dans l'acide carbo- nique absorbé par les plantes 1 .527 ,,,, .4 — perdu par les plantes dans leurs rapports avec l'atmo- sphère 207 m S r ,5 = 2l37 m ? r Oxygène gagné par les plantes dans leurs rapports avec l'eau et l'atmosphère 543 m g r ] D'autre part, il y a dans les plantes : f Oxj-gène total de la matière organique. 704 m S r I54mgr — provenant des graines 7 l — acquis par les plantes en de- \ hors des graines 697 ra g r 697 111 " 1 ' La matière organique des plantes contenant 697 milligrammes d'oxygène acquis en dehors des graines et n'en tenant que 543 de ses rapports avec l'eau et l'atmosphère, il faut qu'elle ait pris 697 milligrammes — 543 milligrammes ou 154 milligrammes à une autre source. Cette source réside dans les sels oxygénés venant du sol, sulfates, phosphates et avant tout azotates. On a dit souvent que la plante verte était un appareil réducteur. Elle apparaît nettement ici sous cet aspect. 5° Des expériences telles que notre expérience III, fondées à la fois sur la mesure et l'analyse des gaz au sein desquels les plantes ont vécu et sur la détermination de la composition de ces plantes, semblent devoir fournir de très précieux renseigne- ments pour l'étude de la synthèse végétale. DE LA FORMATION D'ALDEHYDE DANS LA FERMENTATION ALCOOLIQUE Par M. RCESER Pharmacien-major de -2» classe. Eu 1854, M. Magnes-Lahens signalait la présence de l'aldé- hyde dans le vin et Leau-de-vie. MM. Maumené, Bouehardat. I. Pierre, Ordonneau, Claudon et Morin, confirmaient ce résultat soitpourlevin, soitpourdeseaux-de-vieauthentiques.MM. Gayon, Martinand, Riche et Bardy, Mohler, Claudon et Morin, retrou- vaient et dosaient l'aldéhyde dans les produits de tête de recti- fication d'alcools de fermentations industrielles (betteraves, grains ou autres matières sucrées ou amylacées). MM. Schutzen- berger et Destrem étendaient cette production d'aldéhyde à toute fermentation alcoolique faite à l'abri de l'air avec de la levure lavée. Toutes ces fermentations n'étaient pas, il est vrai, à l'abri de contaminations et de fermentations secondaires, et ne pouvaient être considérées comme faites avec des levures absolument pures. Se plaçant dans ces dernières conditions, M. Duclaux trouvait de l'aldéhyde dans la fermentation alcoo- lique du lactose. MM. Linossier et Roux observaient le même résultat dans la fermentation alcoolique du glucose sous l'in- fluence de la forme levure du champignon du muguet, levure d'ailleurs fort peu active comme ferment alcoolique. Il pouvait donc être intéressant, aujourd'hui surtout, où on a, pour déceler l'aldéhyde, des réactions très sensibles, de recher- cher si ce corps est un produit constant de la fermentation alcoolique, d'en doser les quantités, d'examiner quelques facteurs qui peuvent faire varier ces quantités, et d'essayer d'en expliquer l'origine. 42 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Nous dirons un mot, en commençant, sur les procédés de recherche et de dosages des aldéhydes, surtout de l'aldéhyde éthylique et de ses homologues. Le plus sensible, et celui auquel nous nous sommes arrêté, est le procédé colorimétrique de SchilT, basé sur la coloration violacée que prend une solution de fuchsine décolorée par l'acide sulfureux. Nous avons suivi, pour préparer cette solution, la formule de M. Gayon. Les dosages ont été effectués dans des tubes à essais étroits et calibrés à 10 c. c, dans lesquels le liquide de distilla- tion, où il s'agissait de doser l'aldéhyde, était mis en compa- raison avec d'autres liquides contenant des doses connues et graduellement croissantes d'aldéhyde. Le volume était de 10 c. c. pour toutes ces liqueurs, et le titre alcoolique était amené à être le même partout à l'aide de petites quantités d'alcool absolu ne donnant qu'une teinte à peine sensible avec le réactif. Dans chaque tube, nous ajoutions c. c. 50 de la solution de fuchsine; nous avions ainsi, au bout de 15 minutes environ, une échelle colorimétrique permettant de conclure à la teneur en aldéhyde. L'emploi d'un colorimètre eût peut-être donné un peu plus d'exactitude à nos résultats : tels qu'ils sont, ils restent comparables entre eux. Nous avons souvent contrôlé la présence de l'aldéhyde par le procédé colorimétrique d'Ehrlich au diazobenzosulfonate de sodium. La préparation de ce sel est longue et délicate : sa solution s'altère rapidement. Nous l'obtenions facilement au fur et à mesure des besoins en mettant, dans le tube à essai contenant l'aldéhyde, 3 à 4 gouttes d'une solution d'acide sulfa- nilique à 1 0/0, autant de gouttes dune solution récente d'azotate de sodium à 1/500, plus une goutte d'acide chlorhydrique. Après agitation et contact de quelques minutes, l'addition de quelques gouttes d'une solution de soude caustique à 1/10 fai- sait apparaître à la longue la coloration rose violacée. Le procédé est plus long et moins sensible que le précédent. Quant aux autres procédés basés, soit sur l'emploi du chlorhydrate de utéta-phénylène-diamine (Vindisch), soit sur la réduction du nitrate d'argent ammoniacal, ils sont encore moins sensibles. ALDÉHYDE DANS LA FERMENTATION ALCOOLIQUE. 43 I Si l'aldéhyde est un produit constant de la fermentation alcoolique, on doit en trouver dans des produits courants de fermentation, les vins par exemple ; on doit en trouver aussi dans les fermentations provoquées dans des conditions diverses, mais surtout indemnes de tout germe étranger. Sur 30 échantillons de vins, examinés sous ce rapport, j'ai trouvé partout une quantité appréciable d'aldéhyde : 25 étaient des vins de coupages commerciaux et contenaient 8l ',010 à er ,040 d'aldéhyde par litre, leur titre alcoolique oscillant de 10° 5 à 11° S; 5 autres échantillons renfermaient les doses suivantes d'aldéhyde par litre : Aldéhyde par litre. Vins des environs de Paris Un' 1- , 160 Sauterae moins de 0s r ,001 Banyuls (vin piqué) — 0S'\001 Grave ns r ,100 Algérie Guelma. 0sr,020 31 fermentations faites au laboratoire, soit avec de petites quantités de raisin (250 à 300 gr ) écrasé dans des cristaliisoirs de verre, soit avec des marcs de pressurage de moûts, délayés dans de l'eau, largement ensemencés avec des cultures pures de levures, ont donné des quantités d'aldéhyde variant de gr ,010 à 6r , 170 par litre. 77 fermentations pures ont été faites de même, au laboratoire, dans des moûts de raisin filtrés au papier et stérilisés à l'auto- clave, ou filtrés à la bougie Ghamberland. Ces moûts stériles, répartis en petite quantité dans des ballons, placés dans des conditions variées qui seront examinées plus loin, ont été ense- mencés avec des cultures pures de diverses races de levures. Toutes ces fermentations ont donné comme produits, à côté de l'alcool, des quantités très variables d'aldéhyde, même dans les cas où le milieu se prêtait peu au développement des levures, et où la fermentation ne tardait pas à s'arrêter, après une faible production d'alcool, comme cela est arrivé avec des moûts de raisin muscat. Gomme les moûts de raisin renferment, à côté des matières 44 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. sucrées, d'autres matières complexes, auxquelles on pouvait rapporter la formation d'aldéhyde, il devenait nécessaire de chercher si l'aldéhyde se retrouvait dans les fermentations de glucose dans des milieux artificiels, pauvres en matières orga- niques, et ne contenant l'azote qu'à l'état de sel ammoniacal. Ces milieux ont été l'eau de levure à 10/100 et le liquide de M. Laurent 1 , additionnés de glucose. Les levures se sont facile- ment développées après 3 passages dans le premier milieu; il n'en a pas été de même pour le second ; au o e passage, la levure de Champagne et le Saccharomyces Pastorianus donnaient seuls des cultures peu abondantes, ayant fait disparaître la presque totalité d'une petite quantité de glucose. Dans ces milieux artificiels, 42 fermentations ont été provo- quées par les mêmes levures que ci-dessus. Nous y avons toujours trouvé plus ou moins d'aldéhyde. L'ensemble de ces résultats, portant sur des analyses de vin ou de produits de fermentation, soit de moût de raisin, soit de glucose, exemptes de tout germe étranger aux levures, confirme le fait de la formation de petites quantités d'aldéhyde dans les fermentations alcooliques effectuées par ces levures. II La quantité d'aldéhyde, produite dans ces fermentations, est toujours petite, mais elle est aussi variable. Quelle est dans ces variations la part de la race de levure et quelle est celle du milieu? Pour étudier cette question, nous avons ensemencé, dans des moûts de raisin variés et dans de l'eau de levure sucrée, diverses races de levure que je dois à l'obligeance de MM. Fern- baeh, Kayser et Rietsch. Ce sont des levures de : Champagne, Santenay, Yougeot, Thann, Saint-Emilion, Jurançon, Tokay, Algérienne, Lactose, Pale-ale et le Sacc. Pastorianus. Le tableau suivant résume mes résultats. Les quantités d'aldéhyde indi- quées dans les six dernières colonnes sont exprimées en milli- grammes par litre. 1. Annales de l'inslilul Pasteur, t. III. ALDÉHYDE DANS LA FERMENTATION ALCOOLIQUE. i.» NATURE DES MOUTS DURÉE ET IEMPÉRATDRE de la FERMENTATION. u < < ES H S 1. 140 160 170 » 050 » 060 » z y- < vu o o 25 o 3 7 y, < — II. Raisin noirenvirons III. Raisin noir environs IV. Raisin blanc chas- 5 jour s à 20" o — 15M7 li — 15°- 17° 14 — 15°-17° 15 — I5°-17° 44 — 15°-17° S — 23» 1-2 — 28° 171) » 072 110 055 038 055 020 135 040 050 » 030 » » » 133 035 058 » 040 080 035 » » » 090 095 050 120 » 010' 028 » » 040 V. Raisin noir 2 . ..... . VI. Raisin blanc chas- VII. Eau de levure 10/100 VIII. Liquide Laurent . . . 1. Fermentation incomplète, il reste une grande quantité de glucose. -'. Moût très acide. Acidité en SH J 0* 10.S7S par litre. Il restait dans la fermentation des trois derniers moûts, IV, V et VI, de notables quantités de glucose. Pour l'eau de levure VII, qui contenait 6,66 0/0 de glucose, les levures avaient subi trois passages dans le milieu, pour s'y acclimater, et cinq pas- sages pour le liquide VIII de M. Laurent, glucose à 2,50 0/0; toutes ces fermentations out été faites dans des matras Pasteur. De l'examen de ces résultats, il ressort que la quantité d'al- déhyde varie d'une façon très notable pour un même moût d'une race de levure à l'autre, et, pour une même race, d'un moût à l'autre. Il y a donc là tout à la fois question de semence et question de terrain. Parmi les circonstances qui peuvent influer sur la formation de l'aldéhyde, la question d'aération pouvait être considérée comme un des facteurs les plus importants, d'autant plus que MM. Schutzenberger et Destrem rapportaient cette formation à la fermentation effectuée à l'abri de l'air par de la levure lavée. rsous avons donc provoqué des fermentations dans les ballons à deux tubulures, largement aérés, employés par M. Fern- bach, et dans lesquels le liquide est en large surface sur une 46 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. faible épaisseur, dans des matras Pasteur et dans des matras scellés où nous avions fait le vide: ces derniers étaient ouverts de temps à autre, de façon à diminuer la pression due au déga- gement d'acide carbonique. Dans les résultats résumés au tableau qui suit, nous avons introduit un nouvel élément, le poids de levure obtenue. Les quantités d'aldéhyde sont toujours des milligrammes par litre, 1 1 ei MA 1 II A S I Poids de levure obtenue. CULTI i •ASTEUI! Quantité d'aldéhyde pour 1000 JRES DURÉE ET TEMPERATURE RACES DES LEVURES. DAXS LE VIDE NATURE DES MILIEUX. FERMENTATION. Poids de levure obtenue. Quantité l'aldéhyde pour 1000 06r Osr i Champagne ,„ . _„ Santenay 11-15 jours 25° i J 083 110 )> 050 IX Moût de raisin » 180 035 040 [ Pasteurianus. 069 115 028 050 X Moût de raisin j Vougeot 000 310 046 080 11-15 jours 25°) j U ran«;on 064 060 » » 1 Champagne 060 170 025 050 XI Moût de raisin .. . „„ ) Jurançon 11-15 jours 25°< v 075 120 043 010 I Thann 079 240 037 030 / Champagne 104 100 037 040 ï Santenay 090 220 025 040 XII Moût de raisin 1 Jurançon ■12-15 jours 25° i Tokay 086 131 160 000 015 045 060 030 1 St-Émilion 118 260 022 080 | Algérienne 102 070 025 030 \ Champagne 055 140 021 030 XIII Eau de levure à 10/100. gluco- sée à 14, 100.. l Santenay . Jurançon 12-15 jours2.> | i St-Emilion 048 040 048 280 150 280 030 021 030 050 030 050 1 Algérienne 066 090 IJ37 050 [ Pasteurianus. 039 220 031 1030 XIV Eau de levure 1 Vougeot 075 040 044 030 à 10/100, giu- cosée àl5, 100. ( Thann 042 150 030 020 Tokay 039 » 027 050 i Lactose 039 280 031 050 ALDÉHYDE DANS LA FERMENTATION ALCOOLIQUE. 47 Contrairement à l'opinion de MM. Schutzenberger et Des- trem, c'est donc dans les cutures anaérobies qu'il y a le moins d'aldéhyde, et dans les matras Pasteur qu'elle est au maximum. Les cultures en matras Fernbach ne figurent pas dans ce tableau; le poids de levure y était supérieur à ce qu'il était dans les matras Pasteur. La teneur en aldéhyde y était généralement élevée et toujours supérieure à celle des cultures dans le vide; mais elle ne pouvait entrer en ligne de compte : une grande quantité d'aldéhyde avait pu s'évaporer. En comparant, dans le tableau, le poids de levure et la quantité d'aldéhyde formée, on trouve entre ces deux facteurs une certaine relation. 11 semble que la cellule levure, en évo- luant, oxyde une petite portion de l'alcool produit et le trans- forme en aldéhyde, et que cette faculté ne soit pas au même niveau chez toutes, car nous retrouvons là encore, pour un même milieu, une question de races pour les levures. Pour appuyer cette explication, on pouvait essayer de reproduire l'expérience de MM. Linossier et Roux : supprimer à la levure le sucre comme aliment ternaire et le remplacer par l'alcool. Le milieu a été l'eau de levure additionnée de petites quantités d'alcool. Les diverses races, déjà acclimatées dans l'eau de levure, l'ont été dans ce milieu par trois passages. Elles ne se sont pas toutes prêtées à cette nouvelle adaptation, et même pour celles qui se sont développées d'une façon appré- ciable, les quantités de levure étaient trop faibles pour être recueillies et pesées, même comparativement. Ces cultures ont été faites en matras Pasteur. KACE DES LEVURES. Champagne. . . Vougeot Saint-Émilion. Algérienne. Pale-ale DUREE El TEMPERATURE de la FERMENTATION. 20 jours 15-17° Témoin laissé dans les mêmes conditions de temps et de température. QUANTITÉ iol 0/0 en volume. 4.2 4.2 r ■i d'aldi'livil par litre 120 160 180 030 050 sensibles. 48 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Nous n'avons pas fait figurer au tableau les cultures en matras Fernbach pour les mêmes raisons que ci -dessus; leur teneur en aldéhyde se rapprochait de celle en matras Pasteur; une levure ne s'y est pour ainsi dire pas développée, c'est celle de pale-ale. Dans les matras Pasteur, l'acidité du milieu avait notablement augmenté, celle du témoin était de Sl ',29i en SH 2 4 par litre, elle avait presque doublé pour les trois premières levures. La levure peut donc se développer dans un milieu alcoolique sans trace de sucre, oxyder l'alcool et le transformer partielle- ment en aldéhyde. Les cultures ont été ici très languissantes, et on pourrait croire que l'aldéhyde est un produit de souffrance. Ceci n'est en désaccord avec aucun des faits rapportés dans ce travail; car, dans les fermentations les plus prospères, il y a toujours des cellules vieillies ou entourées de mauvaises conditions d'existence. Mais aucun fait n'étaye non plus cette opinion; c'est une question à étudier à part en même temps que l'influence de la température, qui n'est pas apparente dans les cas qui pré- cèdent, mais qui ne doit pas être nulle. Un point sur lequel nous appelons l'attention, c'est que certains produits de distillation de ces fermentations ont donné très nettement la coloration rose violacée de Légal avec le nitro- prussiate de soude; cette coloration coïncidait avec une teneur élevée en aldéhyde; elle n'était cependant pas constante là où existaient les plus fortes proportions d'aldéhyde, et semblait plutôt dépendre des races de levure. Est-ce un produit acéto- nique?Nous opérions sur de trop faibles quantités pour essayer de nous en rendre compte. Nous n'avons jamais obtenu les réactions colorées du furfurol. Enfin, dans les tâtonnements pour trouver un milieu artificiel, nous avions essayé une solu- tion de peptone à 1/1000; dans cette solution, certaines levures ont immédiatement donné des spores ; les autres s'y sont mal développées. III On peut rapporter le fait de la production de l'aldéhyde à plusieurs causes : A une oxydation directe de l'alcool par l'oxygène. Qu'il s'en forme dans ces conditions particulières, cela est fort possible, ALDÉHYDE DANS LA FERMENTATION ALCOOLIQUE. 49 l'aldéhyde de cette provenance ne fait que s'ajouter à celle existant du fait de la fermentation; A la dislocation de la molécule sucrée, comme l'avançaient MM. Schutzenberger et Destrem, et au même titre que l'acide succinique et la glycérine de la fermentation alcoolique. L'al- déhyde provient-elle du sucre ou de l'alcool? L'alcool se pro- duisant en présence et aux dépens du sucre, la question semble difficile à résoudre. Nous avons pourtant, comme argument, l'expérience où nous avons observé une formation d'aldéhyde par la levure, dans des milieux où il y avait absence complète de glucose, remplacé par de l'alcool ; A l'action de la levure sur des substances organiques, autres que les sucres, qui se trouvent dans les moûts naturels et artifi- ciels. Pour l'alcool, nous rentrons dans le cas précédent. Pour les autres substances, nous pouvons nous reporter aux milieux artificiels, où n'entraient que des sels cristallisés et du glucose, et où il y avait formation d'aldéhyde. Nous ferons entrer tous ces faits dans un même ordre, peut-être provisoire, en nous repré- sentant la formation d'aldéhyde comme résultant de l'élabora- tion vitale de la cellule de levure, comme un produit de travail intérieur comparable à l'acide acétique et à la leucine. Dans les vins et eaux-de-vie, l'aldéhyde est généralement en petite quantité. Gela peut tenir aux oxydations qui se produisent dans le chapeau lors de la fermentation, à l'évaporation pendant l'encuvage et surtout le soutirage, aux combinaisons consécu- tives que l'alcool forme avec les acides pour donner les éthers, avec l'aldéhyde pour donner l'acétal, que l'on a signalé parmi les produits volatils du vin. Si l'on considère que l'aldéhyde, dans le tableau de MM. Du- jardin-Beaumetz et Audigé, arrive en première ligne comme pouvoir toxique (la dose moyenne, par kilo d'animal, étant de 1 à 1,25; celle de l'alcool butylique étant de 1,28, celle de l'al- cool amylique 1,10 à 1 50), l'on ne peut que se ranger à l'avis émis par M. Riche, lors de la longue discussion sur le vinage à l'Académie de Médecine : les eaux-de-vie peuvent être et sont dangereuses autant et plus que les alcools d'industrie; c'est d'ailleurs la conclusion tirée aussi par M. Mohler des coefficients d'impureté des eaux-de-vie naturelles et artificielles. REVUES ET ANALYSES LA THÉORIE DES ALEXOCYTES REVUE CRITIQUE. Hankin. Sur l'origine et la présence des alexines dans l'organisme, Centralbl. fiir Bakteriol. T. XII, nos 22 et 23, pp. 777 et 809. — Hankin et Kanthack. Sur la fièvre produite par l'injection des cul- tures stérilisées de Vibrio Metchnikovi, Proceedings ofthe Cambridge Philosophical Society, 4892, Mars, p. 311. — Kanthack. Leucocytose aiguë, provoquée par des produits bactériens, Brit. med. Journal. — Kanthack. Immunité, phagocytose et chimiotaxie, Ibid., p. 98o. M. Hankin est entré dans une voie nouvelle dans l'étude de cette question si compliquée de l'immunité. Depuis plusieurs années il cher- chait un moyen de réconcilier la théorie cellulaire de l'immunité avec la théorie humorale en général, et les théories des phagocytes et du pouvoir bactéricide des humeurs en particulier. Ces tentatives l'ont amené à formuler une théorie nouvelle qui peut être désignée sous le nom de « théorie des alexocytes ». Les alexocytes sont des cellules du sang, décrites par M. Ehrlich sous le nom de leucocytes éosinophiles. Ces éléments sécrètent des alexines, ou substances bactéricides qui se répandent dans le plasma sanguin et dans d'autres liquides de l'organisme. D'après M. Hankin, « les cellules de l'organisme luttent contre les microbes non seulement à l'aide de leur propriété phagocytaire ; il existe encore d'autres cellules, caractérisées par la présence des granulations éosinophiles, qui sécrè- tent des substances bactéricides » (Centralbl., p. 824). La démonstration de cette conclusion résulte, pour M. Hankin, d'une série d'expériences, en partie fort compliquées, et tendant à prouver que le sang des lapins est d'autant plus bactéricide qu'il renferme plus de leucocytes éosino- philes. M. Hankin a cru avoir aussi établi que l'augmentation du pou- voir bactéricide du sang est surtout marquée lorsque les cellules éosi- nophiles se sont débarrassées d'un grand nombre de leurs granulations. L'étude du sang et du sérum des chiens et des rats n'ayant donné à ce point de vue que des résultats incertains, M. Hankin a concentré toute son attention sur les humeurs des lapins. Il s'est tellement fié à cette méthode d'expérimentation in vitro, qu'il n'a pas jugé à propos d'étudier les phénomènes qui se passent dans l'animal vivant. REVUES ET ANALYSES. 54 Il est vrai que clans une étude antérieure, faite en collaboration avec M. Kanthack, M. Hankin a abordé la question du rapport qui existerait entre les leucocytes du sang et le pouvoir bactéricide de ce liquide. D'après ces recherches, l'augmentation dans le nombre des leucocytes amènerait un renforcement de la propriété bactéricide du sang, quoique ce pouvoir ne se trouve pas en proportion directe avec le degré de la leucocytose. Mais il est évident que si l'on veut se faire une idée des éléments de la lutte de l'organisme contre les microbes, il faut avant tout ana- lyser les phénomènes qui l'accompagnent. Il est donc indispensable d'étudier les choses comme elles se passent dans les exsudats, provo- qués par les microbes. Cette question a été abordée par M. Kanthack 1 . Ce savant ne s'exprime pas d'une façon précise sur le rôle bactéricide des sécrétions éosinophiles et on n'a par conséquent pas le droit de confondre ses idées avec la théorie des alexocytes de M. Hankin; néanmoins les opinions des deux auteurs anglais présen- tent beaucoup d'analogie. Pour M. Kanthack 3 , la lutte de l'organisme contre les microbes est surtout préparéeparlescelluleséosinophiles, c'est-à-dire parcette variété des leucocytes qui se distinguent par l'absence complète de propriété phagocytaire. Les microbes et les produits microbiens provoquent la leucocytose du sang, qui est suivie de la diapédèse inflammatoire. Mais cette réaction n'est accomplie que par les éléments non phagocytaires. Même le pus est presque exclusivement composé de cellules éosino- philes, incapables d'englober les microbes. Les phagocytes n'inter- viennent que plus tard, et terminent le combat qui a été commencé et conduit en dehors d'une action phagocytaire quelconque. Les cellules éosinophiles, constituant l'exsudat en général et le pus en particulier, agissent en détruisant les microbes. Le pus est un milieu très destruc- tif non seulement pour les microbes, mais même pour des corps beau- coup plus résistants. Les expériences qui servent de base à cette théorie ont été faites sur la grenouille et le lapin; mais M. Kanthack, dans ses publications, leur attribue une importance générale. Il insiste sur ce que les phéno- mènes phagocytaires dépendent de l'action préalable des éléments éosinophiles, et reproche à plusieurs reprises aux auteurs qui se sont occupés de la pi igocytose d'avoir ignoré les leucocytes éosinophiles, non phagocytaires. Commençons à répondre à ce dernier reproche, car il nous con- 1. La partie du mémoire de ce savant concernant la destruction des bactéries dans l'organisme de la grenouille sera discutée ailleurs. 2. Ses vues on été exposées dans le Journal des Gonn. méd., 1892, pp. 417, 425. 52 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. duira à résumer les connaissances acquises sur le rôle des différentes variétés de leucocytes dans la lutte contre les microbes. Dans le résumé que nous avons donné dans nos Leçons sur la pathologie comparée de l'inflammation ', nous avons insisté sur ce fait que les leucocytes non éosinophiles, ou neutrophiles, qui constituent la grande majorité des globules blancs dans le sang et dans le pus, sont de vrais phagocytes, tandis que les cellules éosinophiles, quine représentent qu'une infime minorité des leucocytes, ne le sont pas. Ce résultat général était basé sur les recherches d'un grand nombre de savants, ainsi que sur des investigations personnelles. Dès les premiers travaux de M. Ehrlich et de ses élèves, il avait été établi que l'augmentation du nombre des leucocytes éosinophiles ne se manifeste que dans des cas exceptionnels. Voici comment M. Ehrlich résume ses observations dans un de ses premiers mémoires 2 sur le sang, paru il y a plus de douze ans. « Dans toutes les leucocytoses aiguës, il n'y a augmentation que des formes mononucléaires et poly- nucléaires; les cellules éosinophiles semblent tout au contraire dimi- nuées. » M. Schwarze 3 confirme, dans sa thèse, cette manière de voir et ajoute : « Nous n'avons pu constater d'augmentation de leucocytes éosinophiles ni dans les leucocytoses aiguës (p. ex. dans la fièvre récurrente), ni dans les leucocytoses chroniques (posthémorrhagiques). Le seul processus pathologique dans lequel les cellules renfermant des granulations éosinophiles soient notablement augmentées, c'est la leu- cémie. » Ceci est pour l'homme. Pour les animaux, une constatation ana- logue a été pour la première fois fournie par M. Ribberl 4 . Ce savant a démontré que dans la leucocytose et la diapédèse provoquées chez le lapin par l'injection des spores de champignons, ce sont seulement les leucocytes polynucléaires ordinaires, non éosinophiles, qui manifes- tent la réaction. Les recherches de ces dernières années, s'étendant à la leucocytose du sang et à la formation des exsudats, c'est-à-dire visant le début et la fin de la réaction leucocytaire, ont été très nombreuses. Je ne citerai que quelques exemples pour démontrer que cette voie d'investigation a été suivie avec succès avant les travaux de MM. Hankin et Kanthack. M. Fink 8 a examiné à ce point de vue le pus de l'homme dans diverses affections aiguës et chroniques. Son résultat général est que 4. Paris, Masson, 1892. "2. Zeitschrift fur Klinische Medicin, 1880, p. 560. 3. Ueber eosinophile Zellen. Diss. Berlin, 1880. 4. Unlergang pathogener Schimmelpilze im Kôrper. Bonn, 1887, p. 77. 8. Beitr. z. Kenntn. d. Eitert u. d. Sputums. Elbcrield, 1890. REVUES ET ANALYSES. 53 « les cellules éosinophiles dans le pus sont comparativement rares » (p. 15). Sur 18 cas, étudiés par lui, 12 ont fourni un pus privé de cellules éosinophiles; dans d'autres il ne les a trouvées qu'en petit nombre. M. Fink, presque en même temps que MM. Gollasch et Ga- brilchevsky, a fait cette constatation intéressante que les crachats des aslhmatiques renferment beaucoup de leucocytes éosinopiles. Cette notion, que le pus de l'homme contient presque exclusive- ment des cellules neutrophiles, a passé dans les traités généraux 1 . Le fait que, dans la leucocytose de l'homme, ce sont encore les cellules neutrophiles qui prédominent de beaucoup sur les autres espèces de leucocytes, a été, d'une façon générale, établi par M. Rieder 2 dans sa monographie soigneuse delà leucocytose. Dans les recherches sur la leucocytose provoquée par l'injection de la tuberculine, on a vu une augmentation du nombre de toutes les formes leucocytaires, mais ce sont surtout les neutrophiles qui pren- nent part à la leucocytose. Les éosinophiles ne présentent qu'une aug- mentation de peu d'importance, n'atteignant même pas la limite nor- male (5-10 0/0 d'après Gollasch). D'après M. Tchistowitch 3 « la leucocytose aiguë (après tuber- culine) dépend surtout de l'augmentation du nombre des éléments polynucléaires, et souvent aussi de celui des leucocytes mononucléaires possédant un noyau lobé. Pour ce qui concerne les autres espèces de leucocytes 4 , leur nombre absolu augmenteaussi dans laleucocytose très prononcée. D'autres fois ils restent sans changement notable et peuvent même diminuer ». M. Botkin 5 a confirmé d'une façon géné- rale ces résultats; ce n'est que dans les cas où la réaction après la tuberculine était accompagnée d'éruption cutanée que le nombre des éosinophiles présentait une augmentation plus considérable. Toutes ces données, auxquelles on pourrait en ajouter d'autres, démontrent d'une façon très nette que les éosinophiles ne se rencon- trent en général qu'en très petit nombre dans les processus réaction- nels de l'organisme. Ce n'est que dans des cas tout à fait particuliers (leucémie, asthme bronchial, exanthèmes) que cette variété de leuco- cytes se présente avec une grande fréquence. Cette conclusion est corroborée par l'étude de la répartition des éosinopiles dans la série animale. Rares en général, ces cellules pré- sentent chez certaines espèces de vertébrés à sang froid un dévelop- pement considérable. Assez fréquentes chez la grenouille (surtout en 4. V. Limbeck. Grundr. d. Klin. Pathol. d. Blutes, 1892, p. 133. 2. Beitr. s. Kennt. d. Leucocytose, 1892, p. 200. 3. Berl. Klin. Woch., 1891, p. 838. 4. Entre autres les éosinophiles. 5. Deutsche mcd. Woch., 1892, p. 321. 54 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. hiver), elles le sont beaucoup plus chez les couleuvres, comme cela a été démontré par M. Saint-Hilaire dans mon laboratoire. Ainsi la rareté des cas de développement considérable des éosino- philes dans les maladies et chez les animaux, ne permet pas d'attri- buer à ces cellules un rôle d'une portée aussi générale que le veulent MM. Hankin et Kanthack. Il est vrai que ces savants s'appuient sou- vent sur l'exemple du lapin, chez lequel les vraies éosinophiles consti- tuent, d'après leurs recherches, la grande majorité des leucocytes. Ainsi M. Hankin (Centralbl., p. 781) affirme que le plus grand nombre des leucocytes du lapin qui apparaissent pendant la leucocytose sont des cellules éosinophiles d'Ehrlich. 11 faut cependant observer que déjà en 1880 il a été établi par MM. Ehrlich et Schwarze que le sang du lapin et du cobaye est très riche en leucocytes psevdo-éosinophiles, ou amphophiles, qui ne doivent point être confondus avec les vraies éosinophiles, et qui correspondent aux leucocytes neutrophiles de l'homme. Ces cellules amphophiles et polynucléaires, sont en même temps des phagocytes très accusés. Par contre les leucocytes éosinophiles sont très rares dans le sang des deux espèces de rongeurs mentionnées. Il est donc inexact d'affirmer que le pus de ces animaux soit constitué par des éléments éosinophiles, non phagocytaires. Cet exsudât, comme tant d'autres, est composé presque exclusivement par des phagocytes qui dans certains cas (homme) renferment des grains neutrophiles, dans d'autres (lapins, cobaye) des granulations pseu- do-éosinophiles, ou amphophiles. Chezbeaucoup d'animaux, ces cellules ne paraissent point renfermer de granulations, ou bien celles-ci n'ont pu encore être révélées par nos méthodes de coloration. L'essentiel, ce n'est pas le genre de granulations, mais bien la propriété phagocytaire des globules de l'exsudat. Le résultat auquel nous conduit cet examen des faits acquis au sujet des granulations leucocytaires est tout à fait conforme avec celui qui découle de la recherche des phénomènes phagocytaires. Contrai- rement à l'affirmation de M. Kanthack, que la phagocytose ne débute que tardivement et à la suite d'une action préalable des éosinophiles, il est solidement établi que l'englobement des microbes par les phagocytes s'effectue avec une grande rapidité. Chez la grenouille, l'animal qui a servi aux recherches de M. Kanthack, les leucocytes renfermant des microbes ont été constatés par M. Trapeznikoff 1 (et je puis confirmer ses observations, faites dans mon laboratoire) déjà trois quarts d'heure après l'injection sous-cutanée. Chez le pigeon, M. Czaplewsky ', (que l'on ne saurait accuser de sympathie pour la \. Annales de l'Inst. Past., 1891, p. 367. 2. Zeits. ehr. /'. Hi/g., 1892, p. âtë. REVUES ET ANALYSES. 55 théorie des phagocytes) a vu des leucocytes renfermant des bactéridies une demi-heure après l'inoculation sous la peau. Trois heures après l'introduction de spores charbonneuses sous la peau de la poule, M. Trapeznikoff a observé une accumulation considérable de leuco- cytes, dont un grand nombre étaient remplis de spores. Bien plus vite s'effectue l'englobement dans les cas où le virus a été introduit directement dans le sang. M. Werigo 1 a vu que l'englobement par les phagocytes commence aussitôt après l'injection des microbes. Souvent on observe dans un exsudât encore séreux, développé à la suite d'une injection récente de bactéries, une masse de leucocytes chargés de microbes, et sans qu'il y ait de cellules éosinophiles, même en petit nombre. Gomment admettre alors cette action préalable des sécrétions éosinophiles supposée par M. Kanthack? La constatation faite tant de fois 2 , que les microbes se développent avec une grande rapidité dans les exsudats retirés de l'organisme réfractaire et transportés dans une étuve, plaide aussi contre les théories de MM. Kanthack et Hankin. Ces exsudats, au moment de leur extraction de l'organisme, ne renferment que des microbes englo- bés par les leucocytes, ou bien contiennent une quantité inappréciable de bactéries libres. Ils devraient donc être remplis par les sécrétions éosinophiles bactéricides, et cependant, dès que les bactéries ne sont pas gênées par les phagocytes, elles se reproduisent dans les cellules et envahissent l'exsudat. Ce fait, comme tant d'autres qui ont été invoqués contre la théorie du pouvoir bactéricide des humeurs, prouve en même temps l'impos- sibilité d'accepter la théorie des alexocytes. De quelque côté que nous envisagions cette tentative d'expliquer les phénomènes de résistance de l'organisme contre les microbes, toujours nous nous heurtons à des difficultés insurmontables. Avant de rechercher les sources des alexines, il aurait fallu d'abord prouver l'existence réelle de ces corps et démontrer leur rôle dans l'immunité. Or, plus on a étudié et appro- fondi la question du pouvoir bactéricide des humeurs, plus on a dû se persuader qu'il est impuissant à expliquer les phénomènes de l'im- munité. Même dans les exemples les plus classiques de ce pouvoir bactéricide, on a constaté que l'immunité est due à une action cellu- laire. Il a été notamment prouvé que ce sont les phagocytes qui détruisent les bactéridies vivantes chez le rat blanc et les vibrions avicides vivants chez les cobayes vaccinés. Après cette critique générale, qui suffit à démontrer que les cellules éosinophiles sont loin de présenter la fréquence nécessaire pour expli- 1. Ces Annales, 1892, p. oOo. 2. Ann. de l'Inst. Pasteur. 1891, p. 474 ; 1892, p. 303. 56 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. quer les phénomènes de la lutte de l'organisme contre les microbes, il est inutile d'entrer dans les détails du travail de M. Hankin. Il suffit du reste de comparer les expériences de cet auteur entre elles pour voir que les résultats qui en découlent sont dépourvus de la netteté et de la conformité indispensables dans une question si délicate. Le nombre des colonies qu'on peut tirer d'un même liquide de semence, quand on le sème sur des plaques de gélatine, est assez va- riable pour qu'on accueille avec une grande réserve les conclusions tirées de cette méthode de travail. Il est évident aussi qu'une théorie qui a la prétention d'avoir une portée générale, ne doit pas être basée sur l'étude d'une seule espèce animale, d'autant plus que le lapin, choisi par M. Hankin, se distingue par cette particularité que la grande majorité de ses phagocytes renferment des granulations pseudo- éosinophiles. Il est incontestable que la question du rôle et de l'origine des gra- nulations éosinophiles est très intéressante à plusieurs points de vue. Mais le manque de nos connaissances à ce sujet ne doit nullement faire obstacle à l'appréciation des phénomènes phagocytaires. Très répandus parmi les invertébrés complètement privés d'éléments éosi- nophiles, les phagocytes présentent une extension si générale qu'ils ne peuvent même pas de loin être comparés avec les cellules éosino- philes, si rares en général, et ne se développant abondamment que dans quelques cas isolés. L'étude du pouvoir bactéricide des humeurs parle de son côté contre l'hypothèse d'une sécrétion alexique des éosinophiles. J'ai déjà fait observera M. Hankin en 1891 (ces Annales, p. 54) que toute théorie d'origine cellulaire des substances bactéricides des humeurs doit avant tout tenir compte de ce fait que l'humeur aqueuse, liquide dépourvu d'éléments cellulaires, possède une propriété bactéricide très prononcée. D'après tout ce que nous savons et sur l'humeur aqueuse et sur les cellules éosinophiles, nous n'avons pas le moindre droit d'admettre un rapport quelconque entre les deux. Après tout ce qui a été brièvement exposé dans cette revue, il ne reste qu'à conclure que la théorie des'alexocytes, malgré son ingé- niosité, ne peut être admise ni comme prouvée, ni comme probable. El. Metchnikoff. SUR LE MECANISME DE LA COAGULATION REVUE CRITIQUE Dans les travaux déjà nombreux qui ont porté sur les substances albuminoïdes et coagulables, il n'en est encore aucun, à ma connaissance, où se trouve abordée d'une façon directe l'étude des causes du phé- nomène de la coagulation. Presque partout on l'a assimilé, en gros, au dépôt d'un sel dans une liqueur où il est devenu insoluble, et on s'est cru autorisé, par cette analogie, à considérer comme différentes les matières albuminoïdes qui se coagulaient dans des conditions dif- férentes, à des températures inégales, ou sous l'influence de divers réactifs, ou de doses inégales du même réactif. Des corps ainsi séparés, on s'est hâté défaire l'analyse élémentaire, oubliant que cette analyse ne peut avoir de signification précise que lorsqu'elle porte sur un corps déjà bien défini, dont elle donne la com- position. L'idée de chercher dans l'analyse élémentaire un complément d'information, un caractère distinctif qu'on ne trouvait pas ailleurs, cette idée, disons-nous, était d'autant plus fâcheuse que ces matières coagulables, on le savait, s'entraînent facilement les unes les autres en se déposant, et que par conséquent, rien ne garantissait d'avance ^ho- mogénéité du produit obtenu. En fait, l'expérience s'est chargée d'aver- tir les savants de Terreur commise, en donnant des compositions iden- tiques pour des précipités obtenus dans des conditions diverses, des compositions différentes pour des corps obtenus dans des conditions en apparence identiques. C'est du pur fétichisme que d'accorder, dans ces conditions, une créance quelconque à l'analyse. L'échec tenait à ce que la réaction de coagulation n'est pas une réaction définie. C'est ce que j'ai démontré d'une façon irréfutable, je crois, en me servant du sulfate de quinine. Les raisons qui ont paru suffisantes pour distinguer les matières albuminoïdes en nucléines, globulines, albumines, permettent avec tout autant ou tout aussi peu de raison de distinguer des sulfates d'albumoquinine, de globuloquinine, de nucléoquinine, etc., et on pourrait en dire autant pour d'autres sels d'alcaloïdes. Comme cela est manifestement impossible, ces raisons sont donc illusoires, et tout se trouve remis en question au sujet de la distinction des diverses matières albuminoïdes .! Nous trouverons, dans 58 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. la suite de ce travail, un nouvel argument concluant dans le même sens. Tout ceci nous dit bien que la coagulation n'est pas un phénomène comparable à la précipitation du sulfate de baryte ou du chlorure d'ar- gent, ou même du phosphate ammoniaco-magnésien, bien que ces der- niers précipités ressemblent un peu à ceux des matières albuminoïdes. Mais où sont les différences? A quoi la coagulation doit-elle son carac- tère spécial? Pourquoi est-elle à la fois un phénomène banal et très particulier, banal en ce qu'il peut être provoqué par les causes les plus diverses, particulier en ce sens qu'il ne se présente que dans cer- taines substances, lesquelles ne semblent pas pouvoir subsister sans le présenter! Voilà des points essentiels sur lesquels la science ne nous dit rien, ou ne nous fournit que des réponses vagues et contradictoires. La plus nette en apparence est celle qui voit dans la coagulation un phénomène de soudure moléculaire. On sait ou on croit savoir depuis longtemps que les matières albuminoïdes ont un poids molécu- laire trèsélevé, c'est-à-dire contiennent un très grand nombre d'atomes; on pense aussi, surtout depuis les travaux de Graham, qu'elles ont aussi une grosseur moléculaire considérable, c'est-à-dire que leurs molécules peuvent se souder de façon à former des complexes volu- mineux. C'est par la grosseur de la molécule des colloïdes que Graham expliquait comment ces substances ne passent pas par les pores des membranes organiques et ne sont pas dialysables. Mais cette idée n'était évidemment pas nette dans son esprit. La preuve c'est qu'il croyait que ces substances colloïdes pouvaient entrer en solution par- faite comme les sels. Comment comprendre dès lors que la grosseur des molécules fût différente dans une solution de gomme non dialy- sable et dans une solution de sel marin de même concentration. Pour que la grosseur des groupements d'une même quantité de matière fût beaucoup plus grande dans le cas de la gomme, il fallait évidemment que la matière fut autrement distribuée, et que l'homogénéité de la solution cessât d'être absolue, au moins dans l'un des liquides. Quoi qu'il en soit, cette soudure moléculaire une fois admise dans le liquide, on pouvait admettre qu'elle se continuait et produisait des groupements de plus en plus volumineux à mesure que le liquide se coagulait, de sorte qu'à pousser les chosesà l'extrême, toute la caséine d'un lait formait une masse unique, résultant de la soudure de toutes les molécules, lorsque le lait s'était caillé. Toutefois, cette conception, très simple en apparence, n'expliquait pas tout le phénomène. Dans une solution saline qui cristallise, tous les éléments présents dans la liqueur se réunissent en masses de plus en plus volumineuses, et on peut, avec quelques précautions, assembler en REVUES ET ANALYSES. 59 un -eul cristal régulier tout l'alun contenu dans une liqueur. Personne ne consentira pourtant à assimiler la coagulation et la cristallisation. Le mode d'union des éléments, de soudure si on veut, n'est pas le même. Les éléments d'un cristal se dissocient facilement et rentrent en solution : une matière coagulée est plus résistante, devient parfois tout à fait insoluble. La soudure qui en a réuni les particules semble être plus forte, et, de là à l'envisager comme un phénomène chi- mique, il n'y avait qu'un pas, facile à franchir avec nos idées actuelles. Il suffisait, par exemple, d'admettre que deux molécules se soudent, soit par leurs atomicités libres, si ce sont des chaînes ouvertes, soit avec élimination d'une molécule d'eau, si ce sont des chaînes fermées. Et c'est ainsi que s'est constituée l'explication la plus généralement acceptée des phénomènes de coagulation. Je pourrais me dispenser de la discuter, car elle est restée jus- qu'ici purement hypothétique. Il n'est pas facile d'observer les effets du départ d'une molécule d'eau dans la soudure de deux molécules lorsque celles-ci sont déjà compliquées, à plus forte raison lorsque les deux groupements qui se soudent sont déjà des complexes molécu- laires. Mais je voudrais pourtant montrer que lorsqu'il s'agit des matières albuminoïdes ou plus généralement des corps colloïdes, tous les raisonnements dans le genre de celui qui précède sont viciés par une cause d'erreur, l'oubli de l'un des caractères principaux de ce même corps colloïdal sur lequel on raisonne. Pour le faire, je prendrai un exemple dans un travail, très intéres- sant du reste, de MM. Linder et Picton ' sur quelques hydrosulfures métalliques. MM. Linder et Picton ont observé que beaucoup de sul- fures métalliques, quelle que soit la façon de les préparer, retiennent obstinément un peu d'hydrogène sulfuré en excès, qui ne se laisse éliminer ni par les lavages ni par un courant d'hydrogène, ni même quelquefois par la chaleur. Au moins dans ce dernier cas, l'élimination de l'hydrogène sulfuré en excès est souvent lente. C'est ainsi que du sulfure de mercure sec, chauffé dans l'hydrogène sec, n'avait pas encore perdu tout son hydrogène sulfuré au bout de 17 heures. MM. Linder et Picton n'hésitèrent pas à considérer cet hydrogène sulfure, si obstinément retenu, comme combiné avec le sulfure métal- lique, toutes les fois au moins que la proportion conservée est cons- tante ou à peu près constante, et ils arrivent ainsi à admettre comme démontrée l'existence de composés dans lesquels, pour prendre l'exemple cité plus haut, il y aurait une molécule d'hydrogène sul- furé combinée avec 31 ou même 62 molécules de sulfure de mercure. Le lien de ces phénomènes avec ceux que nous étudions est évident. 1. Journal of Chem. Soc, février 4892, p. 114. 60 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Le premier précipité obtenu est un sulfure (MS) ra ,H ï S où n a une valeur relativement petite. Sous certaines influences, ce composé élimine de l'hydrogène sulfuré, comme les matières albuminoïdes en se coagulant éliminent de l'eau; on a ainsi un nouveau composé (MS) rel ,H 2 0, où n 1 est plus grand que n, et ainsi de suite. Avec le cuivre, l'hydrosulfure 7CwS,H 2 S passe, sous l'action des acides, par des états successifs exprimés plus ou moins approximativement par les formules 9CmS.H 2 S, et 22CwS,H 2 S, jusqu'à arriver finalement à la molécule composée de (Cuë) n seule, où n est probablement plus grand que 22, résultat qui confirme les autres preuves du caractère com- plexe des sulfures... Avec le mercure, en supposant que le précipité soit un composé défini, la molécule (Hr/S) ra serait certainement com- posée d'au moins 62 molécules d'Eh/S. Notons que ces molécules complexes ont, comme l'ont très bien montré MM. Picton et Linder, quelques-unes au moins des principales propriétés des colloïdes, ne sont ni diffusibles ni diaiysables, sont coagulables soit par les acides, soit par les sels, soit par l'ébullition, donnent la réaction de Tyndall, etc. Voilà donc en action sous nos yeux, et accessible en apparence à l'expérience, un mécanisme de soudure moléculaire analogue à celui que nous avons admis tout à l'heure pour l'explication des phénomènes de coagulation. Mais l'objection est toujours la même : rien ne prouve que les hydrosulfures de MM. Linder et Picton soient des composés définis. Quand on les étudie sans idées préconçues, voici ce qu'on voit. Il y a des métaux, comme l'arsenic, avec lesquels il n'en est pas question. « Pour ce corps, après un grand nombre d'essais et l'emploi de méthodes variées, toutes les tentatives pour obtenir des résultats con- cordants ou définis ont dû être abandonnées » (/. c, p. 27). Pour le cuivre, au contraire, chaque mode de préparation a, pour ainsi dire, fourni son hydrosulfure, à composition à peu près constante. Entre ces deux extrêmes se placent les autres métaux étudiés. Là où la composi- tion était à peu près constante, il était toujours facile de trouver une formule chimique représentant à peu près les résultats. Quand on consent à mettre 62 molécules de sulfure de mercure dans une molé- cule d'hydrosulfure, le calcul peut serrer de près l'expérience : mais ce calcul, par lui-même, ne signifie rien si le corps auquel il s'applique n'est pas défini par ailleurs. Le seul caractère signalé pour ces hydrosulfures, c'est qu'ils don- nent des résultats concordants à l'analyse, quand ils sont préparés dans les mêmes conditions, et qu'ils sont ordinairement assez stables. Or, c'est là aussi le caractère de toutes les actions de teinture, de tous les phénomènes d'adhésion moléculaire. Là où les sulfures de MM. Linder REVUES ET ANALYSES. 61 et Picton sont colloïdaux, ils ont pu entraîner, en se précipitant, un peu de l'hydrogène sulfuré de la liqueur, contracter avec lui une union plus ou moins stable, mais qui diffère d'une combinaison véritable par son caractère mal défini, par la disproportion entre le poids du sulfure et le poids de l'hydrogène sulfuré, par la variabilité dans les propor- tions suivant les conditions de précipitation, bref, par tous les carac- tères que MM. Picton etLinder signalent avec soin dans leurs hydro- sulfures, et qu'ils s'attachent à oublier pour en faire ensuite des composés définis. Il est clair ici qu'il ne faut pas pousser les choses à l'extrême et voir partout des adhésions moléculaires. Il est sûr, pour ne pas sortir de notre sujet, que les métaux alcalins, par exemple, donnent des hydrosulfures bien définis, ft'une manière générale, les adhésions moléculaires se rattachent par un bout de la chaîne aux actions chi- miques vraies, si par l'autre elles confinent aux simples mélanges physiques. Je ne demande donc pas qu'on voie partout des adhésions moléculaires, je voudrais seulement qu'on ne voie pas partout des combinaisons chimiques '. Concluons donc que rien ne nous autorise à voir dans la coagula- tion une série continue de condensations moléculaires. Cette concep- tion semble plus invraisemblable encore quand on l'applique au sulfate de quinine. Voici un sel cristallisé, défini, soluble dans l'eau. Sa i. Un exemple, qui nous ramène à l'objet de ce travail, va nous montrer nettement la différence des deux points de vue. Dans l'hémoglobine cristal- lisée, on trouve des quantités de fer un peu variables, mais qui oscillent autour du chiffre de 0,42 % dans l'hémoglobine de chien. En voulant faire entrer cette minime quantité de fer dans la molécule, Preyer s'est trouvé conduit à la formule empirique G 900 H 960 Az 13i FeS 2 179 . Le poids moléculaire est peut- être encore plus grand, mais il n'y a pas de formule plus simple dans laquelle entrent 0,42 °/ de fer. Eh bien! je crois qu'on n'a pas le droit d'admettre, sans plus ample informé, que le fer, le soufre de l'hémoglobine, de même que celui des autres matières albuminoïdes, sont du fer, du soufre combinés, plutôt que du fer, du soufre, appartenant à une combinaison colloïdale ou non, entraînée par l'albu- mine, l'hémoglobine, qui, elles, sont des corps colloïdaux. Il y aurait alors adhésion moléculaire, non pas combinaison, et on s'expliquerait alors comment dans l'hémoglobine du sang de chien, Hoppe-Seyler a pu trouver 0,39 °/ de soufre et 0,43 °/ de fer, tandis que Jacquet y trouvait 0,57 % de soufre et 0,33 % de fer; comment dans l'hémoglobine du cheval, Kossel a trouvé 0,65 /° de soufre et 0,47 % de 1er, tandis que Zinoffsky y trouvait 0,39 °/ de soufre et 0,33 o/ de fer. De pareilles différences dans le sang d'une même espèce ont de quoi surprendre, surtout quand on songe à la modification énorme qui en résulte dans la formule de l'hémoglobine, quand on y veut faire entrer à toute force la quantité de fer constatée par l'expérience. C'est ainsi que pour Hufner, l'hémoglobine de sang de bœuf, qui contient 0,40 °/ de fer, doit être représentée par la formule C 636 H 1025 Az 16 * FeS 3 O 181 . En cherchant bien, on trouverait sûrement, en suivant ces erre- ments, que l'hémoglobine d'un animal qui digère a une formule tout à fait diffé- rente de celle d'un animal qui est en appétit, et que les tissus d'un être vivant varient aussi aisément que les images d'un kaléidoscope, en ce qui concerne l'ar- rangement de leurs molécules. 62 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. solution, qui contient 2 grammes environ de sel par litre lorsqu'elle est saturée à la température ordinaire, est dialysable, et passe sans y rien laisser au travers des filtres de porcelaine. C'est donc une solution parfaite, dont les éléments salins auraient, d'après la théorie de la condensation moléculaire, un long chemin à parcourir pour passer de leur état de dilution à celui de complexes moléculaires se déposant sous forme de cristaux, et pourtant l'introduction de un ou deux millièmes de sulfate d'ammoniaque suffit à amener ce changement profond, et à déterminer ces soudures successives aboutissant à l'appa- rition de cristaux visibles à l'œil nu. Ceux qui ont la foi peuvent ne pas trouver cela surprenant, mais les autres ont le droit de crier à l'invraisemblable. Il resterait, pour terminer, à envisager une autre théorie de la coagulation dans laquelle on admet que la substance qui se coagule ne le fait que parce qu'elle quitte une combinaison déjà faite, ou qu'elle entre dans une combinaison nouvelle. C'est ainsi, par exemple, que pour Hammarsten, la caséine du lait, qu'il considère comme soluble, se dédouble sous l'influence de la présure en coagulum insoluble et en protéine soluble. Pour MM. Arthus et Pages, l'insolubilité du caséum résulterait d'une combinaison avec les sels de chaux. J'ai combattu ces deux théories dans mes travaux sur le lait; j'y reviens encore dans ce numéro, et les objections que je leur ai faites peuvent s'appliquer à toutes les théories semblables; c'est qu'aucune d'elles n'est démon- trée par les faits qu'on cite à son appui. J'aurai du reste l'occasion de les retrouver quand j'étudierai prochainement la coagulation des trois matières albuminoïdes les mieux connues, l'albumine, la caséine et la fibrine. E. Duclaux. PERSONNES MOUTES DE MAGE. 63 INSTITUT PASTEUR Personnes mortes de rage après le traitement : Schirch Louis, 32 ans, de Djdjelli (Algérie), mordu au poignet droit (5 morsures pénétrantes), le 22 août, par un chien que M. Dupuy, vétéri- naire à Djidjelli, a reconnu enragé. Traité à l'Institut Pasteur du 28 août au 11 septembre; mort le 24 octobre. Le 21 octobre, à la suite d'une marche sous une pluie battante, Schirch avait été pris de fièvre et avait dû s'aliter. Les premiers symptômes rabiques sont apparus le 22. Scherr Emile. 35 ans. d'Oran, mordu le 9 octobre à la main droite (une morsure peu pénétrante), par un chien que M. Bremond, vétérinaire à (Iran, a reconnu enragé. Traité à l'Institut Pasteur du 16 octobre au 30 octobre, mort le 9 décembre. D'Almeida Joad-.Ioai.him, d'Aveiro (Portugal), mordu le 28 novembre (7 morsures pénétrantes situées sur la joue et sur la paupière gauche, cau- térisées à l'eau-forte un quart d'heure après), par un chien reconnu enragé à ses allures et à ses méfaits. (Lettre du consul de Portugal à Paris.) Traité à l'Institut Pasteur du 7 décembre au 27 décembre. Les premiers symptômes rabiques se sont manifestés dans le trajet de Paris à Bordeaux. L'enfant est mort le 30 décembre à l'hospice de Bordeaux. Personne prise de rage pendant le traitement : Guillon Augustlxe, 17 ans, de Voiron (Isère) ; mordue le 13 décembre (deux morsures pénétrantes situées sur les deux faces de la lèvre inférieure), par un chien inconnu qui a parcouru le pays en mordant sur son passage un grand nombre d'animaux et qu'on n'a pu rejoindre. La jeune Guillon est arrivée à l'Institut Pasteur le 16 décembre. Le 2 janvier, au cours du traitement, se sont manisfestés les premiers symp- tômes rabiques, la mort est survenue le 4 janvier. 64 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. INSTITUT PASTEUR STATISTIQUE ' DU TRAITEMENT PRÉVENTIF DE LA RAGE. — DÉCEMRRE 1892. Morsures aux mains Morsures à la tête l simples. . . et à la figure j multiples . . Cautérisations efficaces — inefficaces Pas de cautérisation simples. . . multiples . . Cautérisations efficaces — inefficaces Pas de cautérisation Morsures aux mem- ( simples . . . bres et au tronc j multiples . . Cautérisations efficaces — inefficaces Pas de cautérisatio?i Habits déchirés Morsures à nu Morsures multiples en divers points du corps Cautérisations efficaces — inefficaces Pas de cautérisation Habits déchirés Morsures à nu Totaux. Français et Algériens Etrangers A 1) 1 1» » » » » » » » » ^, )) » o » » » 1 » » » » 1 1 » » » » 1 » » » 19 » » » 20 » 1 ! 8 » y 2 » » » » 1 » » » 13 3 » » 14 2 » » 20 1 » » 8 » 1 1 i » t » » » » » 2 1 » » » » i » 1 » » 2 — — — 4| 5 1 j 1 201 40 14 14 28 58/ « fi 18( 7b I Total général 113 Les animaux mordeurs ont été : chiens, 112 fois ; âne, 1 fois : Le Gérant : G. Masson. Sceaux. — Imprimerie Charaire et G'«. 7™ ANNÉE FÉVRIER 1893. . N» 2. ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR CONTRIBUTION A L'ÉTUDE DU TÉTANOS PRÉVENTION ET TRAITEMENT PAR LE SERUM ANTIT XI QUE Par MM. E. ROUX, L. VAILLARD, Chef de service à l'Institut Pasteur. Médecin-major de l'e classe, Professeur au Val-de-Grace. I La découverte des propriétés thérapeutiques du sérum des animaux, immunisés contre certaines maladies virulentes, est, assurément, une des plus intéressantes qui aient été faites en médecine dans ces dernières années. Il est juste de rappeler que ce sont MM. Richet et Héricourt qui ont signalé, les premiers, le pouvoir préventif du sang des animaux rendus réfractaires contre une septicémie spéciale qu'ils ont étudiée. Mais, c'est seulement depuis la note de MM. Behring- et Kilasato, insérée en décembre 1890, dans le n° 49 de la Deutsch. Med. Woch., que la sérum-thérapie s'est révélée avec toute son importance. Les expériences de MM. Behring - et Kitasato ont été faites sur deux maladies toxiques par excellence, la diphtérie et le tétanos ; elles sont surtout démonstratives pour cette dernière affection. Dans leur première communication, ces savants établissent les propo- sitions suivantes : « 1° Le sang- d'un lapin réfractaire au tétanos est capable de détruire les toxines du tétanos. « 2° Cette propriété peut se démontrer pour le sang- extrait des vaisseaux et pour le sérum, débarrassé de toute cellule, qui en provient. o 66 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. « 3° Cette propriété est si durable, qu'elle persiste môme après la transfusion dans l'organisme d'autres animaux; elle permet ainsi un traitement de l'affection. « 4° Cette propriété manque dans le sang- d'animaux non réfractaires, et le poison tétanique peut se retrouver après leur mort dans le sang et les autres humeurs. » Les auteurs ne donnent qu'un bref résumé de leurs expé- riences : « On injecte dans le péritoine de six souris cc ,2de sérum, on les inocule 24 heures après en même temps que des souris témoins. Celles-ci meurent au bout de 48 heures, les six souris vaccinées n'éprouvent rien. — On peut employer ce sérum d'une façon thérapeutique, en inoculant d'abord les animaux avec le liquide virulent et en leur injectant ensuite le vaccin. Les ani- maux ainsi traités survivent. — Nous avons constaté que ce sérum est capable de détruire une quantité énorme de poison tétanique. — Toutes les souris survivantes sont devenues réfrac- taires d'une façon durable. Plus tard nous leur avons injecté des cultures de bacilles vivants sans les rendre malades. » Quelques jours après la publication de cette note si impor- tante, M. Behring- terminait un travail sur la vaccination des animaux contre la diphtérie (Deutsch. Med. Woch, n° 50) par les phrases suivantes : « Dans notre travail en commun avec Kitasato, nous n'avons peut-être pas été suffisamment explicites sur l'influence curatrice de la transfusion du sang' de lapins réfractaires. Je précise : les souris ne sont pas seulement rendues réfractaires elles-mêmes, non seulement elles n'éprouvent pas d'accidents tétaniques, si, aussitôt après l'infection, elles reçoivent dans le péritoine du sang de lapin réfractaire, mais elles peuvent être guéries par la transfusion quand les accidents sont déjà très accentués. Une souris a plusieurs de ses extrémités très contracturées, elle semble devoir mourir en peu d'heures : il suffit alors de lui faire cette transfusion /unir la guérir presque à coup sur, et cela si rapidement que, quelques jours après, elle né paraît pas avoir été malade. Quant à la possibilité d'une guérison dans les cas suraigus, il ne peut en être question. » En mars 1891, MM. Tizzoni et Cattani (Sur la manière de conférer à certains animaux l'immunité contre le tétanos, Archives italiennes de Biologie), conlirment la propriété anti- toxique du sang - des animaux immunisés. Mais, ajoutent-ils, CONTItlIîUTION A L'ÉTUDE DU TETANOS. 67 « pour ce qui concerne le pouvoir thérapeutique des injec- tions de sérum du sang - d'un animal réfractaire, nous avons vu que, non seulement chez les lapins, mais encore chez les rats, même quand l'intoxication tétanique a été déterminée par une petite dose de poison I à 2 gouttes), et que l'injection du sérum est exécutée avant que les phénomènes tétaniques apparaissent, i heures par exemple après l'injection du poison, on ne parvient pas à empêcher ni à arrêter le développement du tétanos. » Dans la même année 1891, l'un de nous (Sur les propriétés du sérum des animaux réfraclaires au télanos, Soc. de Biologie) confirme la découverte de MM. Behring et Kitasato, sur le pou- voir antitoxique et immunisant du sérum des lapins rendus réfraclaires au tétanos, mais il ne peut vérifier ses propriétés thérapeutiques. Il mentionne en outre que, contrairement à l'as- sertion de MM. Behring 1 et Kitasato, l'immunité qui suit les injections de sérum n'est pas durable, qu'elle diminue et peut même disparaître après le quinzième jour. Au Congrès d'hygiène tenu à Londres, en août 1891, M. Kita- sato, aux applaudissements de toute la section de bactériologie, a affirmé de nouveau les merveilleux effets du sérum antiloxique, qui guérit les souris tétaniques, même lorsqu'elles sont déjà très malades. Une méthode, ainsi présentée à l'attention des médecins, ne devait pas tarder à être appliquée à l'homme. M. Kitasato fit lui- même, il est vrai dans de mauvaises conditions, un essai qui ne réussit pas, sur un enfant atteint de tétanos, dans la clinique de M. Baginsky. Puis fut publiée en Italie toute une série d'observations de tétanos humain, guéri avec l'antitoxine préparée par MM. ïizzoni et Cattani. En France, M. Rénona rapporté dans ces Annales (avril 1892) deux cas de télanos traités par des injections de sérum de lapins immunisés. Les malades de M. Rénon avaient reçu de fortes doses d'un sérum très actif (57 c. cet 80 c. c), représentant une quantité d'antitoxine supérieure à celle qui avait été donnée aux malades italiens; ils succombèrent cependant à un tétanos caractérisé. Le traitement qui avait si merveilleusement réussi à MM. Behring et Kitasato, sur les animaux, ne se montrait donc pas toujours aussi efficace chez l'homme. Ces différences dans les résultats pouvaient s'expliquer par une application défec- 68 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. tueuse de la méthode. On ne savait, en effet, ni le pouvoir antitoxique que doit avoir le sérum, ni les doses qu'il en faut injecter pour obtenir un effet utile. Les renseignements sur le traitement des animaux faisaient presque complètement défaut : les inventeurs de la thérapie par le sérum s'étaient bornés aux détails très brefs que nous avons rapportés; ils n'avaient, donné aucune élude détaillée qui pût fournir une base solide pour le traitement du tétanos humain. C'est seulement au mois d'août 1892, que M. Kitasato a publié, dans le Zeits. f. Hijtj., un travail sur la thérapeutique du tétanos chez les animaux tels que les souris et les cobayes. Une partie des expériences ont trait à la prévention de la maladie ; elles montrent que les animaux qui reçoivent le sérum avant la toxine ou aussitôt après sont préservés d'une manière constante, même si la dose est faible. Mais le tétanos survient toujours quand le sérum est injecté dans les 12 à 24 heures qui suivent l'injection ; il est le plus souvent curable, parfois il est mortel. La quantité de sérum nécessaire pour prévenir le tétanos est d'autant plus forte que l'on intervient plus tard après l'in- fection. Sur le traitement du tétanos déclaré, M. Kitasato ne cite que deux expériences ; une, qui a été faite sur les cobayes, est plutôt, à notre avis, un essai de prévention que de guérison du tétanos; nous la discuterons plus loin. Il reste donc une expé- rience sur 12 souris infectées par une écharde de bois, imprégnée de spores chauffées à 80°, introduite sous la peau. Tous ces ani- maux présentent, déjà 35 heuresaprès, des symptômes de tétanos; deux servenlde témoins et meurent tétaniques après 55 heures. Dix souris sont traitées et reçoivent à la 48 e heure le. c. de sérum dans le péritoine : l'activité de ce sérum est de 600,000 environ. Le lendemain les symptômes se sont aggravés; nouvelle injection de le. c. de sérum. Cinq des souris succombent après 80 heures. Aux autres on pratique une troisième injection de 1 c. c. Les symptômes de tétanos s'arrêtent, et les animaux se rétablissent après avoir conservé pendant des semaines de la contracture des membres atteints. Tel est le document le plus circonstancié publié par M. Kita- sato sur le traitement des animaux tétaniques. Il n'y est plus question de guérir « les souris dont plusieurs extrémités sont contractées et qui semblent devoir mourir en peu d'heures » ; il CONTRIBUTION A L'HTUDE DU TÉTANOS. 69 en ressort au contraire <]ue le sérum n'est eflicace que s'il est très actif, que si le tétanos a une marche lente, et que si le traitement estappliqué dès l'apparilion des premiers symptômes. Récemment, M. Behring aconsacré à la « sérum-thérapie » une importante monographie (Dos Tetanusheilserum, Leipzig-, 1892). Il rappelle qu'il a pu guérir des souris atteintes de tétanos très avancé, et il relate des expériences nouvelles sur laguérison de moutons, d'un cheval, et aussi d'un homme atteints de tétanos. Les expériences sur le mouton sont au nombre de quatre. L'une d'elles est une expérience de prévention (Exp. n° 4) : une brebis de 50 kilog. reçoit 20 c. c. de culture tétanique et en même temps 50 c. c. d'un sérum dont l'activité est 10 millions; elle reste bien portante. Dans une autre expérience (n° 1), l'inter- vention est trop tardive pour être eflicace : une brebis, atteinte de tétanos très avancé, meurt malgré l'injection de 100 c. c. de sérum. Deux moutons (Exp. n° 2 et n° 3) sont inoculés avec 1 c. c. d'une culture tétanique traitée par le chloroforme, et qui tue la souris au 1 /2000 e de centimètre cube; trois jours après les animaux ont les muscles abdominaux rigides, et la démarche raide; on leur injecte 50 c. c. de sérum. Les symptômes dispa- raissent entre le 5 e et le 8 e jour, et le 9 e jour tout signe de con- tracture a disparu. Ces derniers faits seraient tout à fait démons- tratifs si on avait inoculé en même temps des animaux témoins. Le mouton est, en effet, un animal assez résistant au tétanos, et sa réceptivité varie avec les individus. M. Behring dit bien que la dose injectée était sûrement mortelle pour des animaux de même âne et de même poids; nous en serions plus certains encore s'il avait pris deux animaux de contrôle. Nous avons vu des moutons ne pas prendre le tétanos après l'injection de 2 c. c. d'une culture qui tuait le cobaye au 1/3000 8 de centimètre cube. Cette réserve que nous faisons sur la sévérité du tétanos donné aux brebis de M. Behring est encore appuyée par la rapidité de la disparition des contractures. Elles avaient cessé dès le 5 e jour. Cela est tout à fait exceptionnel. Dans les expériences de M. Kitasato, les souris qui guérissent restent pendant des semaines avec les membres raidis; il en est toujours ainsi. Même, quand l'injection du sérum est faite aussitôt après celle de la toxine, la rigidité du membre inoculé persiste longtemps. M. Behring lui aussi, dans une conférence qu'il vient de faire 70 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUil. et dont nous trouvons une analyse dans le Berliner Klinische Woch., n° 4, 1893, p. 104, nous avertit que les guérisons ne sont point instantanées, que les contractures durent un temps assez long. Il faut donc regretter que l'absence de témoins enlève un peu de sa rigueur à cette intéressante expérience. L'essai fait sur le cheval est moins probant encore; il s'agit d'un cheval en cours d'immunisation depuis quelques semaines, et chez lequel une injection que l'on supposait vaccinale déter- mine des symptômes tétaniques. L'immunisation avait été com- mencée le 22 août; le 16 septembre on fait une injection de 2c. c. de culture traitée par le chloroforme; le 19 septembre surviennent de la raideur des muscles, de l'écartement des membres, du redressement de la queue, de la contracture du corps clignotant, etc. Du 19 au 21 septembre l'animal reçoit un litre de sang délibriné antitoxique, sous la peau. Les phéno- mènes tétaniques décroissent et le 27 la guérison est complète. Plusieurs fois, chez des animaux en cours d'immunisation, nous avons observé, à la suite d'une injection de toxine un peu forte, des symptômes graves de tétanos qui, dans la majorité des cas, disparaissaient sans traitement aucun. L'observation de tétanos humain contenue dans la monogra- phie de M. Behring a été prise par JVI: Rotter. Le patient a reçu 250 grammes d'un sérum dont l'activité était d'un million. La maladie était de gravité moyenne, et M. Rotter croit qu'elle aurait guéri avec les traitements ordinaires. A la lecture de toutes ces dernières publications sur la sérum- thérapie du tétanos, on est frappé de ce que les guérisons semblent devenir plus difficiles à mesure que les essais se multiplient et que l'activité du sérum augmente. Au début, avec le sérum de lapins simplement rendus réfractaires au tétanos et non hypervaccinés, les résultats étaient excellents avec de très faibles doses. Aujourd'hui, avec un sérum thérapeutique d'une activité de 10 millions, ils sont moins satisfaisants. Ce que nous disons ici n'est pas une critique adressée à une méthode dont la découverte a excité notre admiration : nous voulons seulement faire sentir combieu actuellement est nécessaire une étude expérimentale et systématique. Il faut savoir, d'une façon précise, ce que donne la sérum-thérapie sur les animaux, pour pouvoir l'appliquer à l'homme dans les meilleures conditions. CONTRIBUTION A L'ÉTUDE DU TETANOS. 71 II PRÉPARATION DU SÉRUM ANTITÉTANIQUE. Avant d'exposer nos expériences sur la prévention et le traitement du tétanos, nous devons dire quels sont les meilleurs procédés pour obtenir le sérum anti toxique. C'est un fait aujourd'hui bien établi que le sérum des ani- maux, naturellement réfractaires au télanos, n'a aucun pouvoir antitoxique. La poule ne prend pas le tétanos, soit qu'on lui injecte de fortes doses de toxine, soit qu'on l'inocule avec des bacilles purs ou associésàd'autres microbes; cependant, son sang mélangé avec du poison tétanique n'exerce aucune action sur celui-ci, alors même que le contact est prolongé et que la quantité du sang est très grande par rapport à celle de la toxine. L'immu- nité de la poule contre le tétanos n'est donc point due à une propriété antitoxique du sang. Il est facile, toutefois, de rendre le sang d'une poule antitoxique; pour cela il suffit d'introduire dans son-corps une forte dose de poison tétanique (30 à 40 c. c. dans le péritoine). Pendant les trois ou quatre jours qui suivent immédiatement l'opération, le sang est toxique, il donne le tétanos aux souris; le poison circule dans les vaisseaux avec le liquide sanguin, mais bientôt il disparaît, et après 14 jours environ, le sérum fourni par la poule manifeste un énergique pouvoir antitoxique. Chez les animaux sensibles au tétanos, comme les lapins, on peut créer un état réfractaire sans donner à leurs humeurs une propriété antitoxique appréciable. L'un de nous a montré qu'un lapin qui a reçu dans le tissu cellulaire sous-cutané de petites doses de spores tétaniques privées de toxine et additionnées d'un peu d'acide lactique, reste bien portant quand, dans la suite, on lui injecte une quantité de poison tétanique supérieure à celle qui tue sûrement des lapins de même poids. L'immunité ainsi établie est très persistante et cependant, si les inoculations de spores et d'acide lactique n'ont pas été trop multipliées, le sang de l'animal n'a pas de pouvoir anlitoxiquc saisissable i 100 vol. de sang pour 1 vol. de culture liltrée . Pour le faire apparaître, faisons, comme chez la poule, une injection de culture tétanique liltrée (3 à 5 c. c. 72 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. suffisent), et après quelques jours nous pourrons constater que le sang du lapin, mélangé à de la toxine tétanique, la rend inotfensive. Ces expériences prouvent donc que l'immunité pour le tétanos peut exister indépendamment d'une propriété anti- toxique du sang, et que celle-ci apparaît seulement chez les ani- maux qui ont reçu des doses notables de poison tétanique. La propriété antitoxique du sérum est d'autant plus marquée que la quantité de toxine introduite dans le corps est plus grande. Telles sont les données qui doivent nous guider pour la prépa- paration du sérum anlitoxique. Au début de leurs recherches, MM. Behring etKitasato con- féraient l'immunité aux lapins en leur inoculant une culture de tétanos, puis en leur injectant une solution de trichlorure d'iode. Aujourd'hui ils préfèrent ajouter le trichlorure d'iode à la toxine tétanique, et, après un contact suffisant, introduire sous la peau des doses croissantes de ce mélange, qui est d'autant moins dange- reux qu'il contient plus de trichlorure d'iode. Ce procédé n'est pas inoffensif : il faut graduer les injections avec prudence pour éviter que les animaux ne deviennnent tétaniques au cours de la vaccination. MM. Behring et Wernicke ont ainsi immunisé des lapins, des brebis et des chevaux (avec l'aide de M. Schulz) : tous ces animaux ont donné un sérum très antitoxique. MM. Brieger, Wassermann etKitasato conseillent un autre moyen de vaccination qui réussirait, à tout coup, sur les lapins, et qui consiste à injecter des doses graduellement croissantes d'un mélange de culture téta- nique sans spores (1 partie) et de bouillon de thymus (2 parties). Dès l'heure où MM. Behring et Kitasato annonçaient leurs premiers résultats, nous étions en possession de méthodes sim- ples et sûres pour donner rapidement l'immunité contre le téta- nos aux diverses espèces animales (V. ces Annules, t. Yl, p. 224). Dans celle que nous avons adoptée, on se sert de cultures téta- niques en bouillon peptonisé, âgées de quatre à cinq semaines î ces cultures, filtrées sur terre poreuse, fournissent un liquide clair qui est notre toxine tétanique extrêmement active, puisque 1/4000 de ce. tue une souris. Cette toxine, mélangée aune solu- tion iodée, perd en grande partie ses propriétés nuisibles, et cons- titue le liquide vaccinal, qui n'est nullement caustique. Pour fixer les idées, nous citerons comme exemple la vaccination d'un lapin du poids de 2 kilog. 500. CONTRIBUTION A L'ÉTUDE DU TÉTANOS. 73 Le premier jour de l'expérience, le lapin reçoit sous la peau un mélange de 3 c. c. de toxine et de 1 c. c. de solution de Grain. Le cinquième jour de l'expérience, le lapin reçoit sous la peau un mélange de 5 c. c. de toxine et de 2 c. c. de solution de Gram. Le neuvième jour de l'expérience, le lapin reçoit sous la peau un mélange de 12 c. c. de toxine et de 3 c. c. de solution de Gram. Huit jours après cette troisième injection, l'animal donne un sérum qui, mélangé à son volume de toxine, rend celle-ci inoffen- sive. Dès ce moment, on peut, sans dang-er, injecter de la toxine pure, soit successivement : S c. c, 10 c. c, 15 c. c, 20 c. c, 30 c. c, 40 c. c, en ayant soin de laisser un intervalle de huit jours entre chaque opération. Dans la suite, on rapprochera les injections, et on les fera dans le péritoine ou dans le sang lors- qu'on en sera arrivé à introduire d'un seul coup de grandes masses de toxine. Des lapins, ainsi immunisés, reçoivent en une seule fois, sans manifester autre chose qu'une élévation de tem- pérature de quelques dixièmes de degré, 100 c. c. ou même 120 c. c. d'une culture filtrée dont c. c. 0002o suffisent à tuer une souris. Ce procédé d'immunisation est rapide et sans inconvénient : il réussit également bien sur le cobaye, le cheval, la brebis, la vache. Dans les documents qui fout suite à ce mémoire, le lecteur trouvera des exemples de vaccination d'un cheval et d'une vache pratiquées par M. Nocard. Plus l'animal que l'on veut vacciner est sensible au tétanos, plus on prolongera les injections de toxine iodée. Ainsi, on ne commencera à injecter au cheval delà toxine pure que lorsqu'on aura constaté que son sang est anti toxique. Nous ne connaissons pas la modification que l'iode fait subir à la toxine :1a réaction se produit pour ainsi dire instantanément dès que le mélange est fait ; il est inutile d'attendre que la teinte de l'iode ait disparu. Beaucoup d'autres agents modifient le poison tétanique ; la chaleur, l'acide carbonique sous pression, . le permanganate de potasse, etc., diminuent son activité etpeu- vent servir à préparer des liquides vaccinaux, mais aucun n'est d'un maniement aussi facile que l'iode et ne donne de meilleurs résultats. 74 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Pour exalter le pouvoir autitoxique du sérum de son cheval immunisé, M. Behring lui injecte sous la peau, en une seule séance, jusqu'à 100 c. c. de culture complète, c'est-à-dire non débarrassée des bacilles. Ces injections causent une tuméfaction locale et une réaction fébrile qui dure un à deux jours. Les mêmes quantités de culture, introduites dans le tissu cellu- laire, déterminent une faible élévation de température et des phénomènes locaux insignifiants, si elles ont été filtrées. Il semble donc que dans les cultures tétaniques il y ait, outre la toxine, des substances pyrétogènes qui sont retenues par la terre poreuse. Celles-ci paraissent, d'ailleurs, ne joueraucun rôle dans la vaccination, car le sérum d'un cheval, traité par des cultures filtrées, est tout aussi antitoxique que celui de l'animal qui a reçu la culture avec les bacilles, et qui a eu beaucoup de fièvre et des tumeurs. La notation proposée parM. Behring pour indiquer l'activité d'un sérum est très commode et nous l'avons adoptée. Comme lui, nous mesurons celle activité d'après la quantité de sérum nécessaire pour immuniser un gramme de souris. Quand nous disons d'un sérum qu'il est actif au millionième, cela signifie qu'un centimètre cube de ce sérum suffit à immuniser mille kilogrammes de souris; ouencore, qu'une sourisde 20 grammes sera rendue réfraelaire par l'injection de 2 cent-millièmes de c. c. du même sérum. Les souris doiventtoujours êtreéprouvées avec la même dose de toxine, qui leur sera injectée, non pas immé- diatement, mais seulement dix à douze heures après le sérum, afin que celui-ci ait eu tout le temps d'agir. En effet, la quantité de sérum qui immunise pour une dose fixée de poison est impuissante contre une dose plus forte; il faut donc bien con- naître l'énergie de la toxine d'épreuve ', et comme la résistance individuelle des souris est variable, il est préférable d'employer une dose de toxine supérieure à la dose mortelle minima, et d'o- pérer chaque fois sur plusieurs sujets. C'est ce que nous avons fait : aussi les chiffres qui indiquent l'activité de nos sérums sont plutôt au-dessous de la réalité. Malgré ces précautions, et l'ap- parence mathématique de la notation, celle-ci n'a pas une valeur absolue : elle donne des indications suffisamment exactes 1. Nous conservons la toxine à l'abri de l'air et de la lumière, à basse tempé- rature : dans ces conditions, son affaiblissement est très lent. CONTRIBUTION A L'ÉTUDE DU TETANOS. 75 et surtout faciles à comparer; c'est tout ce que l'on peut lui demander. Les jeunes cobayes, qui sont très sensibles à l'action du poison tétanique, peuvent aussi servir pour ces mesures : nous avons constaté, à maintes reprises, que la dose de sérum qui immunise un gramme de souris rendaussiréfractaire un gramme de cobaye. Le pouvoir antitoxique se mesure, in vitro, d'après la quan- tité de sérum nécessaire pour rendre inofîens'f un volume donné d'une toxine dont l'activité est connue 1 . La propriété immuni- sante du sérum croît avec la propriété antitoxique. L'immunité persiste, chez les animaux, longtemps après la cessation des injections vaccinantes; ainsi, des lapins immuni- sés, il y a près de deux ans, par l'introduction de 50 c. c. de toxine iodée et de 15 c. c. de toxine pure, et qui n'ont rien reçu depuis, résistent encore aujourd'hui à des doses de poison tétanique mortelles pour des lapins neufs de même poids. Le pouvoir antitoxique de leur sang est très affaibli, mais il est encore appré- ciable. Cette décroissance est, d'ailleurs, constante dès que l'on suspend les injections de toxine; elle est déjà manifeste dans les quinze à vingt jours qui suivent la dernière injection vacci- nale, et elle s'accuse de plus en plus â . Il importe donc, pour avoir un sérum très actif, de faire périodiquement des injections de toxine aux animaux qui le fournissent. Non seulement on empêche ainsi l'aiïaiblissement des pouvoirs antitoxiques et immunisants, mais on l'accroît sans cesse en proportion des quantités de toxine injectée'. Chaque nouvelle introduction de i. Il y aurait avantage, pour désigner l'activité d'une toxine, à employer une notation analogue à celle de M. Behring pour le pouvoir immunisant du sérum. Ainsi, une toxine d'une activité de dix mille serait une toxine dont 1 c. c. tue- rait 10 kilog. de souris. La toxine type pour la mesure du pouvoir antitoxique serait préparée par dilution, de manière que 0^,0001 fasse périr 1 gramme de souris. 2. Exp. — Le sérum d'un lapin vacciné manifeste, douze jours après la der- nière injection de toxine, une activité de 100,000, un mois après, celle-ci n'est plus que de 5,000; quinze jours plus tard, elle est tombée à 2,000. Un autre lapin donne un sérum d'une activité de 16,000 : vingt jours après l'in- terruption des injections de toxine, l'activité du sérum n'est plus que de 10,000. 3. Après avoir reçu 220 c. c. de culture filtrée à toxicité entière, un lapin fournit un sérum d'une activité de 16,000. Dans les vingt jours qui suivent, on injecte à ce lapin 100 c. c. de culture filtrée; une semaine après, le pouvoir immunisant du sérum est de 50,000. L'animal reçoit, dans les cinquante-six jours qui suivent, 200 c. c. de culture filtrée; l'activité du sérum passe à 300,000 pour atteindre 1,000,000 quarante-cinq jours après, à la suite de l'injection de 200 c. c. de culture filtrée. ?6 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. poison tétanique exalte l'activité du sérum, et il semble que l'expérimentateur puisse ainsi l'augmenter indéfiniment. M. Behring insiste sur ce que chaque injection de toxine amène une diminution du pouvoir immunisant du sérum, une partie de l'antitoxine du sang- étant utilisée aussitôt pour la des- truction de la toxine qui vient d'y pénétrer. Si la dose de poi- son introduite d'un seul coup est très considérable, ou si les injections sont abondantes et renouvelées tous les jours, la pro- priété antitoxique du sang disparaîtra momentanément. D'après les observations que M. Behring a faites sur le cheval, il peut même arriver que le sang, d'immunisant qu'il était, devienne toxique. Ce savant a, en effet, constaté qu'à la suite de ces injections massives et répétées, l'urine de l'animal, d'abord pré- ventive, faisait mourir les souris. 11 faut alors attendre une quinzaine de jours pour que le pouvoir antitoxique du sérum atteigne le taux ancien qu'il dépassera ensuite. Un point à signa- ler dans cette intéressante expérience, c'est qu'au moment où le sang ne contient plus d'antitoxine, mais au contraire charrie de la toxine, le cheval ne prend point le tétanos. Son immunité ne peut cependant pas être attribuée au pouvoir antitoxique de son sérum, puisque celui-ci a momentanément disparu. Ses cellules sont insensibles au poison tétanique ; il existe donc, à côté de l'immunité antitoxique, une autre immunité qui est l'accoutumance au poison. Nous avons également remarqué cette diminution du pou- voir immunisant du sérum chez les animaux auxquels on injecte des doses massives de toxine; mais, dans nos expériences, elle n'était pas aussi considérable que dans celles de M. Behring. Ainsi, l'urine de notre cheval, recueillie après l'introduction, eu une seule fois, de 2o0 c. c. de culture tétanique filtrée, n'était pas toxique pour les souris à la dose de 1 c. c. A un lapin immunisé, du poids de 3k, 300, qui fournit un sérum dont l'acti- vité est de 300,000, on injecte dans une veine, et d'un seul coup, 100 c. c. do toxine. Le sang extrait trente minutes après l'injec^ tion donne un sérum dont l'activité est de 200,000. La diminu- tion est petite, surtout si l'on tient compte de la dilution produite par l'apport, dans la circulation, d'une masse de liquide égale environ au tiers de celle du sang. En procédant par injections massives (50 c. c. pour un lapin, CONTRIBUTION A L'ÉTUDE DU TÉTANOS. 77 200 à 300 o. c. pour un cheval) espacées de dix en dix jours, on élèvera continuellement le pouvoir antitoxique, et l'on pourra puiser le sérum une dizaine de jours après l'opération. Les pro- cédés que nous venons d'exposer nous ont servi à immuniser un certain nombre d'animaux, lapins, chevaux, vaches. Nous avons imité M. Behring en nous adressant à des espèces de grande taille qui fournissent assez de sérum pour entreprendre le traitement de l'homme. M. Nocard a bien voulu nous prêter son concours pour la vaccination des chevaux et de la vache. L'activité du sérum d'un des chevaux dépasse aujourd'hui 10,000,000; c'est ce degré d'activité que M. Behring regardait comme particulièrement favorable aux essais thérapeutiques. Le lait de la vache est aussi une source d'antitoxine très active. Pour garder le sérum en provision, nous le desséchons dans le vide et nous le conservons à l'état sec; au moment de s'en servir, il est dissous dans six fois son poids d'eau distillée stérile. La dessiccation ne diminue pas son efficacité et permet de le conserver indéfiniment. III PROPRIÉTÉS DU SÉRUM ANTITOXIOUE. Les propriétés si remarquables du sérum sanguin des ani- maux immunisés contre le tétanos, se manifestent par des faits, faciles à vérifier, et devenus classiques depuis les mémoires de MM. Behring- et Kitasato. Mélangeons parties égales de ce sérum et de toxine tétanique mortelle pour le cochon d'Inde à la dose de c. c. 003, et injectons des volumes de ce mélange contenant 2 c. c.,3 c. c,5c. c, de culture filtrée à des cobayes;ceux-ci ne pré- senteront, dans la suite, aucun symptôme de tétanos. L'action du sérum s'exerce aussi bien dans l'organisme vivant que dans les verres à expériences. Chez un lapin immunisé, introduisons, d'un seul coup, 1 20 c. c. de culture tétanique filtrée, par une veine de l'oreille, et recueillons le sang trente minutes après l'opération ; non seulement il n'est pas toxique pour les souris, mais il leur donne l'immunité. Il est facile d'obtenir des sérums dout l'activité paraît véritablement extraordinaire. Un de nos chevaux immu- 78 ANxNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. nisés donne un sérum dont une partie rend inoffensives, in vitro; trente parties de toxine. La substance antitoxique contenue dans ce sérum contracté-t- elle une combinaison définie avec la toxine, à la manière d'un acide qui sature un alcali, ou se comporte-t-elle comme un fer- ment qui provoquerait un dédoublement encore inconnu de la toxine? Il semble qu'un corps qui agit en proportions si faibles ne puisse être comparé qu'aux enzymes auxquels il ressemble d'ailleurs sous beaucoup d'autres rapports. Mais il faut remar- quer que nous n'avons aucune idée de la quantité réelle d'anti- toxine contenue dans un volume de notre sérum, non plus que de celle de toxine renfermée dans 30 volumes de notre culture filtrée ; ces quantités sont peut-être justement équivalentes et capables de s'unir en une combinaison définie. Dans l'état actuel de nos connaissances, la question est d'autant plus difficile à résoudre, qu'en dehors de l'action sur les animaux, nous n'avons pas de moyen de déceler la toxine et l'antitoxine. Jusqu'ici aucun artifice ne nous a réussi pour séparer la toxine et l'antitoxine versées Tune dans l'autre ; ni la filtration sur terre poreuse, ni la dialyse, ni les précipitations ne nous ont donné de résultats 1 . D'ailleurs, les propriétés de ces deux substances sont très semblables, et les agents physiques ou chimiques qui altèrent l'une détruisent également l'autre. Dans de pareilles conditions, il est donc très malaisé de savoir si un animal qui reçoit un mélange de sérum et de culture filtrée reste indemme parce que le poison n'existe plus dans le liquide inoculé, ou bien parce que le sérum immunisant a rendu ses cellules insensibles à la toxine qui reste alors sans effet. Nous citerons quelques expériences qui, sans dévoiler le mécanisme de l'action de la toxine sur l'antitoxine, montrent que tout se passe comme si ces deux corps se détruisaient mutuellement. L'action de l'antitoxine sur la toxine est instantanée : dès que le mélange est fait, il est inoffensif pour les animaux. Quand on verse des quantités graduellement croissantes de toxine dans un volume donné de sérum, il arrive un moment où le pouvoir antitoxique de celui-ci est anéanti; le liquide contient de la 1. La toxine tétanique, qui passe en partie à travers le parchemin quand elle est dans du bouillon, ne dialyse plus si elle est mélangée à un liquide albumineux. CONTRIBUTION A L'ÉTUDE DU TETANOS. 79 toxine libre et donne le tétanos aux animaux qui le reçoivent. Le sérum d'un lapin en cours de vaccination est très anti- toxiquo in ritro, il rend inoffensif son volume de culture filtrée, mais son pouvoir préventif est faible, 1 c. c. n'immunise pas un cobaye de 250 grammes contre 1/15'' de c. c. de culture filtrée. On verse dans un verre parties égales de ce sérum et de la culture filtrée. Après une heure de contact, on injecte à un cochon d'Inde, une quantité du mélange contenant exactement 1/15° de c. c. de l'un et de l'autre. Or, ,-, ',003 de la toxine suffisent à donner au cobaye un tétanos fatal: la quantité de poison injectée dépasse donc de beaucoup la dose mortelle. D'autre part, la proportion de sérum est trop minime pour immuniser, puisque cet effet n'est pas obtenu avec I c. c. Cependant l'animal ne présente aucun symptôme de tétanos. Il semble donc que la toxine ait été véri- tablement détruite par l'antitoxine. Exagérant la preuve, injectons à plusieurs cobayes des volumes du même mélange renfermant 2, 3, 4, 5 c. c. de la culture filtrée et un égal volume de sérum. Aucun d'eux ne devient tétanique. Il est certain, cependant, que les doses de sérum qu'ils ont reçues sont absolument impuissantes à pré- munir ces animaux contre les fortes quantités de toxine qui leur étaient associées. En effet, un cobaye auquel on injecte 3 c. c. de ce même sérum, et immédiatement après et dans un point voisin, seulement 1/2 c. c. de culture filtrée, prend un tétanos très grave dont il finit pourtant par guérir. Le fait suivant est de même ordre : le sérum d'un lapin est antitoxique in vitro, mais son pouvoir préventif n'est pas encore très élevé, puisqu'il en faut environ 1 c. c. pour immuniser un cobaye contre une dose moyenne de toxine. Ce sérum est mélangé à un volume de culture filtrée égal au sien ; après trente minutes de contact, on ajoute de l'eau stérile, et on injecte à un cobaye une quantité telle de la dilution, que l'animal reçoit l/300 e de c. c. de culture, dose plus que suffisante pour le tuer, et 1/300 5 de c. c. de sérum, dose impuissante àl'immuniser. Ilreste bien portant, tandis qu'un cobaye, de même poids, auquel on in- jecte 1/150'" de c. c. du même sérum et douze heures après l/600 e ce c. c. de toxine, succombe au tétanos le 5° jour. Si le premier cobayeestrestéindemne,cen'estpasparce qu'il aétéimmunisépar le sérum, mais parce que la toxine n'existait plus dans le mélange. 80 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. L'injection d'un peu de sérum à un animal sensible, si elle est faite quelques heures avant l'infection, lui permet de résister à une dose de culture sûrement mortelle pour les animaux de même poids. On peut obtenir des sérums qui immunisent à des quantités infiniment petites. Nous avons dit que nous possé- dions un cheval dont le sérum est actif au dix-millionième de c. c. Cette minime portion n'est préventive que pour une dose déter- minée de toxine, elle serait insuffisante pour une dose plus grande. En augmentant le volume du sérum injecté propor- tionnellement à celui de la toxine que l'on veut employer, on rendra les animaux insensibles à des masses de poison tétanique. Le sérum confère donc aux animaux une immunité véritable, comme l'ont établi MM. Behring et Kitasato; mais, contraire- ment à l'opinion de ces auteurs, l'immunité ainsi donnée n'est pas durable, elle diminue rapidement quelle que soitlaquantité de sérum injectée, et elle disparaît dans un délai qui, dans nos expé- riences, n'a guère dépassé 50 jours. Ainsi, un cobaye, du poids de 530 grammes, reçoit dans le péritoine 20 c. c. d'un sérum actif à CC ,00002; 37 jours après, l'inoculation d'une quantité modérée de culture filtrée provoque chez ce cobaye un tétanos sévère dont il finit par guérir. Une souris du poids de 15 grammes reçoit 1 c. c. d'un sérum actif au millionième; éprouvée au bout de 24 jours avec une petite dose de toxine, elle meurt tétanique. Parfois même, chez les cobayes auxquels on n'a donné que 2 à 3 c. c. de sérum, l'immunité prend fin dès le 15 e ou le 20 e jour. Cette immunité est acquise immédiatement après l'intro- duction du sérum antitoxique, elle est proportionnelle à la dose de celui-ci. Elle est bien différente de l'immunité lente à s'établir, mais persistante, que l'on obtient par l'injection de la toxine iodée ou chauffée, ou encore par l'injection dans le tissu cellulaire de spores tétaniques et d'acide lactique. Chaque fois que les cellules de l'organisme ont subi l'action delà toxine tétanique, elles con- servent longtemps leur résistance vis-à-vis d'elle, alors même que le sang ne manifeste pas de propriétés antitoxiques. Cela prouve bien que l'immunité dans le tétanos n'est pas tout entière dans le pouvoir anti toxique des humeurs. Il y a en réalité plusieurs sortes d'immunités contre le tétanos, et l'immunité antitoxique est celle qui apparaît en dernier lieu quand on vaccine les animaux par les procédés que nous avons décrits. CONTRIBUTION A L'ÉTUDE DU TETANOS. 81 Comment se forme l'antitoxine dans le corps des animaux? Elle est abondante dans le sang seulement après L'injection de grandes quantités de toxine. N'est-elle qu'une modification de celle- ci, ou bien est-elle sécrétée par certaines cellules du corps excitées par la toxine ? Ce sont là des questions du plus haut intérêt; elles éveillent la curiosité de l'expérimentateur, comme d'ailleurs tout ce qui touche à celte merveilleuse propriété antitoxique des sérums qui nous a été révélée par M. Behring-; mais elles sont difficiles à résoudre et nécessitent encore beaucoup de recherches. On sait cependant que la substance antitoxique existe surtout dans le sang ou plus exactement dans le sérum : le caillot n'en renferme pas, comme l'a prouvé M. Behring. D'autres liquides de l'organisme possèdent les mêmes propriétés que le sérum : la sérosité, limpide et privée d'éléments cellulaires, de l'œdème provoqué chez un lapin vacciné par une ligature temporaire placée à la base de l'oreille, est aussi antitoxique que le sang. L'humeur aqueuse d'un animal très fortement immunisé est antitoxique, mais à un plus faible degré. L'urine et la salive manifestent un pouvoir antitoxique très petit, même quand elles sont fournies par des animaux hyperimmunisés. Le lait, au con- traire, est riche en antitoxine et agit comme le sérum. M. Ehrlich, à la suite d'une série d'expériences qui sont un modèle d'ingé- niosité, attribue au lait le rôle principal dans la transmission dite héréditaire de l'immunité. Comme il est difficile d'expurger complètement les organes du sang qu'ils renferment, on ne sait pas d'une façon précise si leurs éléments anatomiques contiennent de l'antitoxine. Chez certains animaux immunisés, nous avons vu que les ganglions lymphatiques, la rate, le foie, le thymus, les capsules surrénales, le pancréas, les glandes salivaires et lacrymales détruisaient, in vitro, la toxine tétanique, tandis que les muscles étaient sans action. Chez d'autres, le foie s'est montré antitoxique, tandis que la rate et les capsules surrénales ne l'étaient pas. Il ne semble pas que la substance antiloxique soit concentrée dans un organe déterminé qu'on puisse considérer comme son générateur; elle se rencontre un peu partout, mais nulle part en aussi grande abondance que dans le sang. M. Botkin a vu que les leucocytes, puisés dans un foyer de suppuration cbez un animal immunisé, possèdent la propriété G 82 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. antitoxique. Le faitest exact; provoquons, chez un lapin vacciné contrele tétanos, la formation d'un abcès, sans microbes vivants, eninjectantdans le tissu cellulaire des spores tétaniqueschauffées à 115 e , et insérons un peu de ce pus caséeux sous la peau d'une souris. Celle-ci résistera ensuite à une dose de toxine tétanique supérieure à celle qui d'ordinaire dé termine la mort. Mais ce pus est bien moins préventif que le sérum de l'animal qui l'a fourni; pour immuniser le même poids de souris, il faut 6 et 8 fois plus de. matière caséuse que de sérum. On peut donc se demander si son action immunisante n'est pas due à la petite quantité de sérosité qui se trouve avec les leucocytes. En effet, si on lave soigneu- sement à diverses reprises les amas purulents dans une solution physiologique de chlorure de sodium, leur propriété préventive diminue beaucoup. La substance antitoxique s'élimine constamment par le rein, et aussi par le lait chez les femelles. Malgré ces causes de déper- dition, on en trouve encore dans le sang des animaux immu- nisés longtemps après la cessation des injections vaccinantes. Puisqu'elle est surtout contenue dans le sang - , on pourrait croire que des saignées fréquemment répétées sur un lapin vacciné font baisser rapidement le pouvoir immunisant de son sérum. Jl n'en est rien, et l'on peut extraire de ses vaisseaux, en quelques jours, une quantité de sang égale à la masse totale de ce liquide sans que l'activité du sérum soit sensiblement diminuée. Deux lapins sont prélevés dans unlot encours d'immunisation; l'un, A, pèse 2kilogr. 200, l'autre, B,2kilogr. 600. Onsuspendlesinjections de toxine chez ces animaux, et on constate que Je 14 juillet 1892, l'activité de leur sérum est de 0''', 00003 pour le lapin A et de ,c ,0000o pour le lapin B. Du li juillet au 3 août on soustrait au lapin A 200 grammes de sang-. Le 5 août on pratique une saignée sur les deux animaux, le sérum provenant de A est actif à CC ,00004 et celui de B, le lapin non saigné, est actif à 0''',0O00G. L'affaiblissement du pouvoir antitoxique, constaté chez les deux animaux est celui qui s'observe quand on cesse les injections de toxine. Les saignées ne l'ont point augmenté chez le lapin A. Cette expérience répétée plusieurs fois ayant donné les mêmes résultats, il faut bien en conclure que l'antitoxine enlevée à chaque saignée a été remplacée. Nous ne reliendrons, pour le moment, de cette expérience que sa signi- CONTRIBUTION A L'ÉTUDE DU TÉTANOS. 83 ficaliou pratique. Chez un animal fournisseur de sérum, les saignées peuvent être fréquentes et copieuses, sans que de ce fait le pouvoir antitoxique soit notablement diminué. IV DE LA PRÉTENTION DtJ TÉTANOS. MM. Behring et Kitasato ont proposé d'employer le sérum antitoxique à la prévention du tétanos et au traitement de la maladie déclarée. Guérir le tétanos est évidemment de la plus grande importance ; chercher à le prévenir peut sembler moins pratique, si on considère qu'il est peu fréquent et qu'il survient à la suite des traumatismes les plus différents, sans qu'aucun signe puisse faire prévoir son imminence. L'étude de la préven- tion, par le sérum immunisant, mérite cependant d'être faite, parce qu'elle peut fournir des données utiles sur la manière dont agit l'antitoxine, et aussi parce que, dans quelques circonstances, elle peut être appliquée à l'homme. Chez les animaux d'expérience, nous pouvons provoquer le tétanos soit en leur injectant de la toxine toute préparée, soit en leur inoculant le microbe tétanique. Dans les deux cas, c'est le poison tétanique qui produit la maladie : mais, dans le premier, la dose de toxine introduite est lixée et ne se renouvelle pas, tandis que dans le second (qui se rapproche davantage des con- ditions delà maladie naturelle), la toxine est produite en quantité indéterminée parle microbe qui se développe au point d'inocula- tion Ces deux modes d'infection doivent être étudiés séparément. 1° Infection par la toxine. — Envisageons d'abord le cas le plus simple, celui de la prévention du tétanos provoqué par l'in- jection sous la peau d'un peu de culture tétanique filtrée, c'est- à-dire privée de microbes. Sur quels éléments anatomiques agit le poison ainsi introduit? Nous ne le savons pas d'une façon pré- cise, et nous ne pourrons pénétrer complètement le mécanisme de l'immunité que lorsque notre ignorance sur ce point sera dis- sipée. Nous savons, toutefois, que le poison tétanique est très rapidement absorbé, ainsi que le prouve l'expérience suivante bien connue : on injecte une dose mortelle de toxine, à la partie moyenne de la queue d'un certain nombre de rats, et ensuite on 84 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. sectionne les queues, à la base, après des temps variables ; tous les rats dont la queue aura été coupée plus de 40 minutes après l'infection mourront tétaniques dans le même temps que les témoins. La toxine se trouve dans le sang, chez les animaux empoisonnés avec des doses un peu notables, de même que chez l'homme atteint de tétanosintense. Malgré la rapidité de l'absorp- tion, les effets du poison tétanique ne sont pas immédiats; entre le moment où il est introduit dans le corps et celui où apparais- sent les premiers symptômes, il s'écoule de 16 à 24 heures pour la souris, le rat et le cobaye, de 18 à 60 heures pour le lapin. Ces périodes d'incubation se rapportent à des doses moyennes de toxine, elles sont raccourcies pour des doses plus fortes et allongées pour des doses moindres. Il est évident que la préven- tion du tétanos sera d'autant plus difficile que l'on interviendra plus longtemps après l'introduction du poison, celui-ci ayant eu le temps d'altérer les éléments sensibles à son action. Cherchons maintenant si l'antitoxine se répand aussi vite dans le corps et à quel moment nous la retrouvons dans le sang. Dans le péritoine d'un cobaye de 450 grammes, on fait pénétrer 4 c. c. d'un sérum actif au dix-millionième, et on retire du sang d'une veine de l'oreille, 35 minutes après l'opération. Ce sang manifeste des propriétés antitoxiques in vitro, à raison de 15 par- ties pour une partie de culture filtrée. Une heure plus tard, cinq volumes de sang neutralisent un volume de la même toxine. Un autre cobaye de 345 grammes, reçoit 1 c. c. du sérum précédent sous la peau ; après 4 heures, 25 parties de son sang rendent inoffensive une partie de culture filtrée. A un lapin de 2 k 300, nous injectons, dans le péritoine, 15 c. c. d'un sérum actif à Occ. 00002; soixante minutes après nous retirons d'une veine de l'oreille un sang très antitoxique : il neutralise son volume de culture filtrée, et son pouvoir immunisant pour la souris est de 1/5000. 11 suffit donc d'injecter à un animal une quantité de sérum représentant la 345 e partie de son poids (cobaye), pour donner très rapidement à son sang une propriété antitoxique manifeste; avec une dose égale à la 150 e partie du poids de l'animal (lapin), non seulement la propriété antitoxique du sang est très marquée, mais le pouvoir immunisant est très notable. ( -l'Ile propriété antitoxique du sang persiste pendant plusieurs CONTRIBUTION A L'ÉTUDE DU TETANOS. 85 semaines. Le sang - du lapin dont nous venons de parler, neutra- lisait encore son volume de toxine, 22 jours après l'injection; 40 jours après, son action était affaiblie, mais encore appréciable. En rapprochant ce fait de celui que nous avons déjà établi, à savoir que l'immunité conférée parle sérum est passagère, qu'elle diminue dès le quinzième jour pour disparaître du quarantième au cinquantième, nous sommes conduits à admettre que les ani- maux qui ont reçu le sérum sont réfractaires pendant tout le temps que leur sang- possède, à un degré suffisant, la propriété anlitoxique. Aussitôt que l'antitoxine a disparu, l'animal redevient sensible comme avant au poison tétanique. Les notions que nous venons d'acquérir nous indiquent les conditions à réaliser pour la prévention du tétanos. On peut espérer qu'une quantité de sérum qui rend le sang de l'animal antitoxique ou même immunisant sera plus que suffisante. Il est certain aussi que chaque fois que le sérum sera injecté de 40 à 45 minutes avant la toxine, celle-ci sera détruite dès qu'elle péné- trera dans le sang, puisque l'antitoxine circule déjà dans les vais- seaux. L'expérience montre qu'il en est ainsi : A quatre cobayes du même poids, de 280 à 350 grammes environ, on injecte d'abord sous la peau du flanc, 1 c. c. de sérum actif au millionième de c. c , puis, 10', 20', 30', et 40' après, 1/150 c. c. de culture filtrée, dose qui tue le cobaye témoin en 48 heures. Le cobaye qui a reçu ce sérum 40' avant la toxine n'éprouve aucun accident; les trois autres présentent, 3G heures, 6 et? jours après, un pleurosthotonos accentué : l'apparition de la contracture a été d'autant plus tardive et son intensité d'autant moindre que les animaux avaient reçu le sérum plus longtemps avant le poison. Dans les conditions de l'expérience, la prévention du tétanos n'est complète que si le sérum est administré V) minutes avant la toxine. Injectons presque simultanément et dans le même tissu, mais en des points différents, de l'antitoxine et de la toxine: les deux sub- stances ne diffuseront pas avec la même vitesse; le poison, qui se répand plus rapidement, agira d'abord: malgré que l'antidote vienne bientôt arrêter ses effets, les cellules atteintes réagiront, et nous observerons un tétanos limité au point où nous avons intro- duite toxine. Un cobaye reçoitsouslapeau duflanc2 c. c. de sérum actif au millionième de cent, cube, puis immédiatement après et au flanc opposé 1/150 de c. c. de culture filtrée ; il présente au bout de 30 lieures du pleurosthotonos et de la rigidité d'une patte 86 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. antérieure. On observe toujours les mêmes effets quelle que soit la quantité du sérum que l'on emploie. Dix cobayes sensiblement du même poids (200 à 300 grammes) sont infectés à la cuisse gauche avec 1/150 de c. c. de cullure filtrée. L'un sert de témoin et meurt 48 heures après. Aux cinq autres, aussitôt après l'infec- tion, on injecte 1 c. c, S c. c, 10 c. c. sous la peau, 10 c. cet 15 c. c. dans le péritoine, d'un sérum dont le pouvoir immunisant est supérieur à dix millions. Ces cinq animaux présentent, à la même heure que le témoin, un tétanos qui reste localisé à ia patte inoculée et qui persiste longtemps. D'après ce que nous venons de dire, on peut prévoir qu'il sera plus difficile de prévenir le tétanos si on intervient seule- ment après l'injection de la toxine, pendant la période d'incu- bation. A des cobayes du poids de 350 grammes on injecte, 1/150 de c. c. de culture filtrée sous la peau de l'abdomen, puis 15, 25, 30, 4o, 60 minutes, lh,30 et 2 heures après, 3 c. c. de sérum actif au millionième. Lesanimauxqui ont reçu le sérum de 15 à 45 minutes et celui qui l'a reçu l h ,30 après la toxine ont un tétanos modéré, les deux autres ont un tétanos mortel. Il semble que chez les souris on puisse intervenir utilement pendant un temps plus long : On injecte à des souris, à la base de la queue, 1/200O de c. c. de cullure filtrée et, 7, 8 et 14 heures après, l cc ,5 de sérum actif au millionième; la souris qui a reçu le sérum à la 14 e heure succombe, les deux autres ont un tétanos très sévère mais qui guérit. En employant de plus grandes doses de sérum préventif, ou un sérum plus actif, on peut intervenir efficacement plus long- temps après l'injection de la toxine. 11 cobayes, du poids de 200 grammes à 310 grammes, sont inoculés dans la cuisse gauche par l'injection de 1/150 de c. c. de toxine. t T n des cobayes qui sert de témoin meurt en 48 heures. Les 10 autres reçoivent : N° 1. 43 minutes après l'infection. 3 CC de sérum sous la peau. Mort en 5 jours. N° 2. — 3 CC — Tétanos limité à patte. N° 3. — IQcc _ — Mort en H jours. N° 4. 10 e1 ' dans le péritoine. Tétanos limité à la patte. N° 5. — — 20™ — — — N° 6. 2 heures après l'infection. SO™ — — — N° 7. 3 heures — 18« _ _ _ N° 8. 4 — — 18cc — — — K° 9. o — — 3cc _ _ _ N° 10. o — — \& c Tétanos limité à la patte pendant o jours, puis pleurosthotonos qui ne s'aggrave pas. CONTRIBUTION A L'ÉTUDE DU TETANOS. S7 Le sérum employé a un pouvoir immunisantde dix millions. Cette expérience montre bien l'influence des quantités de sérum injectées; même ."> heures après l'infection, on peut prévenir le tétanos en donnant de grandes doses, de préférence dans le péritoine. Après 12 heures, la mort survient le plus souvent. Il faut aussi tenir compte du lieu où l'on introduit le poison. Une même dose de toxine injectée à la patte est en général moins rapidement meurtrière que si elle est injectée au thorax ou sous la peau de l'abdomen. Dans le premier cas, ce sont les muscles de la patle qui sont contractures tout d'abord; dans le second, la rigidité débute par les muscles respiratoires, ce qui est plus dangereux. Neuf cobayes du même poids (290 grammes à 300 grammes), sont inoculés avec 1/150 de c. c. de toxine, i à une patte postérieure, 5 sous la peau de l'abdomen près des côtes. Un cobaye de chaque série sert de témoin, les autres sont traités par l'injection d'une même dose de sérum dans le péritoine après des temps variables. Le sérum employé a un pou- voir immunisant supérieur à dix millions. INOCULÉS A LA PATTE. Témoin meurt en trois jours. N° 1. Reçoit 9 heures après l'infection 18°-. Mort en trois jours. X° 2. — 12 — — 18 cc . Mort en trois jours. N° 3. — lo — — 18". Mort en 6 jours. N« i. — 24 — — 18«<;. Mort en 13 jours. INOCULÉS A L'ABDOMEN. Témoin meurt en moins de 48 heures. N° 1. Reçoit 9 heures après l'infection 18 cc . Pleurosthonos. Guérison. N° 2. — 12 — — 18cc. Tétanos grave. Survie N« 3. — 13 — 18c«. Mort en 3 jours. N» 4. — 20 — — 48cc. Mort en 2 jours 1/2. N° 5. — 21 — — 18002 ; immédiate- ment après on les inocule, dans le tissu cellulaire, avec des spores chauffées et du coccus favorisant. Un cobaye témoin est inoculé de la même manière, il prend le tétanos le 3 e jour et meurt 48 heures après. Les cobayes qui onl reçu le sérum ne présentent aucun symptôme tétanique et sont encore en bonne santé sept mois après. La dose de 1 c. c. de sérum était donc suffisante à pré- server dans ces conditions d'infection, mais elle était nécessaire. En effet, deux cobayes (de 285 et 287 grammes), sont morts mal- gré qu'ils aient reçu l'un 1/2 c. c, l'autre 2/3 c. c. du môme sérum immédiatement avant l'inoculation. Il est donc possible de prévenir le tétanos en injectant le sérum immunisant au moment môme de l'infection par des spores additionnées de notre coccus. En sera-t-il de même si l'intervention a lieu pendant la période d'incubation? Quinze cobayes sensiblement de même poids (380 grammes) sont inoculés comme les précédents. Trois servent de témoins: deux d'entre eux prennent le tétanos le 3 e jour, l'autre le 5 e jour; tous succombent. Les douze autres reçoivent dans le péritoine, de la 1 i e à la 02 e heures après l'infection, des doses de sérum variant de 1 à 3 c. c. L'activité du sérum est de Oc, 00005. Dix restent bien portants, deux deviennent tétaniques et meurent. Les détails de l'expérience sont mis en évidence dans le tableau ci-dessous. Cob. n° 1 reçoit l co de sérum 14 heures après l'infection. Pas de tétanos. — 24 — — 24 — — 24 — — — 28 — — — SI — — — 40 — — — 40 — — 40 Tétanos. Mort. — i'ô — Pas de tétanos. — 4fi — Tétanos. Mort. — 62 — Pas de tétanos. Chez les deux cobayes qui sont morts, les premiers symptômes se sont montrés l-J heures après l'injection du sérum. Dans les conditions de l'expérience, la prévention du tétanos est donc possible plus de 40 lieures après l'infection, mais comme l reçoi t 1™ -) — lec o O — l'^s 4 — Oit o - — 2<^ 6 — gec 7 — JOo S — -!>■■ U :;■■•• 10 — 2^0 11 — Jco 1:2 — 2 ; deséruin.Tétanosle3 e jour.Mortdu6 au7>-'j. — 3 ci; . Tétanos débute le 8" jour. Mort le 1 1° j. 18 cc . Tétanos débute le 10 e j. Mort le 18 j. 3". Tétanos débute le 3e jour. Mort le 11° j. — 18 cc . Tétanos débute le 3 e jour. Mort le 6° j. — :;'*•. Tétanos débute le 3° jour. Mort le«ej. — 18 ,-C . Tétanos débute le 9° jour. Mort le 14" j. Suivant la dose employée l'incubation est prolongée, mais la prévention n'est pas durable : au bout d'un temps plus ou moins long le tétanos apparaît. Il semble bénin tout d'abord, puis redouble après des temps variables et tue l'animal; l'expé- rience suivante, dans laquelle l'injection a été plus sévère, en est un nouvel exemple. N° 2. — 18 N« 3. — 18 N« 4. — 24 N° o. — 24 N° 6. — 28 N« 7. — 28 I\° 8. — 36 A» 'J. — 36 N« 11. - - 24 N« 12. - - 23 N° 13. - - 32 N° 14. - - m N° la. - - 49 92 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Dix cobayes sont infectés par implantation d'écharde dans les muscles de la cuisse droite. Ces échardes ont servi plus d'un mois auparavant à infecter d'autres cobayes qui sont morts tétaniques. Retirées des cadavres, elles ont été conservées à l'abri delà lumière. Quatre coba3 r os témoins pren- nent le tétanos en moins de 2i heures et meurent de 40 à 44 heures après l'infection. Les six autres reçoivent, dans la cavité péritonéale, du sérum antitoxique à doses variables et à des temps différents. L'activité du sérum employé est supérieure à dix millions. N° 10. Reçoit 12 h. après infection 2c«de sérum. Tétanosdébute241i.aprèsinfection Mort en 3 jours et demi. — 4 rc . Tétanos débute 48 h. après infection. Mort en 8 jours. 6 •■' Tétanos débute le 3° jour. Aggravation le 10° jour, puis état stationnaire. 8 CC Tétanos débute 48 h. après l'infection et reste stationnaire; 8 jours après, recru- descence. Mort. IC". Tétanos débute 48 h. après l'intection. Mort en 3 jours et demi. — 18 cc . Tétanos débute 51 h. après l'infection. Mort en 3 jours. Du sang est extrait au cobaye n° 5, Je 9 e jour, quelques heures après le début du tétanos, il est antitoxique à raison de 40 parties de sang pour une de toxine, mais non à raison de 4 parties de sang pour une de toxine. Du sang est extrait au cobaye n° 9, le 9 e jour, quelques heures après le début du tétanos, il est antitoxique à raison de 20 parties pour une de toxine. Au moment de la mort, le sang du cœur est antitoxique à raison de 50 parties pour une de toxine. Du sang est extrait au cobaye n° 12, le 10 e jour, au moment de l'aggravation du tétanos ; il n'est pas antitoxique, à raison de 12 parties de sérum pour une de toxine. Chez ces cobayes, infectés par le microbe vivant, le pouvoir antitoxique du sang diminue beaucoup plus vite que chez les cobayes sains qui ont reçu les mêmes doses de sérum; il y a une consommation incessante de l'antitoxine. Le bacille tétanique croît dans la sérosité antitoxique qui l'entoure, et y élabore son poison qui, sécrété sans cesse, détruit peu à peu l'antitoxine introduite; lorsque celle-ci n'est plus en quantité assez considé- rable le tétanos reprend sa marche. C'est un l'ait remarquable que pour entraver la maladie il ne suffit pas que le sang soit antitoxique, il faut qu'il le soit à un très haut degré. Malgré la culture longtemps prolongée du bacille au sein des tissus, il n'y a pas de vaccination des cobayes; il ne peut, en CONTRIBTUION A L'ÉTUDE 1)1' TETANOS. 93 offet, se faire aucune accoutumance à la toxine puisque celle-ci est détruite au fur et à mesure de la production '. De nos recherches sur la prévention du tétanos se dégagent les conclusions suivantes : 1° Le sérum antitoxique prévient sûrement le tétanos, même à doses extrêmement petites, lorsqu'il est injecté avant la toxine tétanique : 2° Lorsque le sérum est injecté en môme temps que la toxine, on observe toujours un tétanos local, même quand la quantité de sérum injectée est très grande: 3° Lorsque le sérum est injecté après la toxine, mais avant l'apparition de tout symptôme tétanique, il y a toujours un tétanos local. La dose de sérum nécessaire pour empêcher la mort est d'autant plus forte que celui-ci est injecté plus tard après l'infec- tion. Après un certain temps écoulé, variable avec les animaux, la prévention n'est plus possible, même avec de grandes quantités de sérum; 4° Le tétanos est plus ou moins rapide et par conséquent plus ou moins facile à prévenir, selon le lieu où l'injection de la toxine est faite. Ces conclusions s'appliquent à des doses moyennes de toxine ; I. Puisque l'iutroduction du sérum antitoxique dans le corps n'empêche pas le bacille du tétanos de se cultiver, l'ablation du loyer d'infection favorisera la guérison et empêchera le tétanos tardif. L'expérience suivante montre les effets de cette ablation et des injections de sérum combinées. A douze cobayes on introduit dans les muscles d'une des cuisses postérieures, une écharde imprégnée de spores. Deux cobayes servent de témoin et prennent le tétanos mortel le troisième et le quatrième jour. Les dix autres sont divisés en 2 lots de 5. Les cobayes des deux groupes reçoivent dans le péritoine, 21, 28, 31, 39 et 45 heures après l'injection, 2 ce d'un sérum actif au dix-millionième. Mais dés que les symptômes tétaniques se montrent chez les cobayes du 2e groupe, on extrait le corps "étranger, on enlève largement le foyer d'inoculation et on le cautérise avec soin. PREMIER LOT après infect. Pas de tétanos. Tétanos le 12 e jour, mort. — Tétanos le o° jour, mort. ABLATION DU FOYER Pas de tétanos. — Tétanos le 16 e jour, guérison. Tétanos le 10 e jour, guérison. — Tétanos le 5 e jour, guérison. — Tétanos le 3 e jour, mort. Ainsi deux cobayes tétaniques sont abandonnés à eux-mêmes; ils succombent. Sur quatre cobayes auxquels on enlève largement le foyer dès le début des acci- dents, trois survivent, un seul succombe. Cob. 1. Reçoit 2 c. c. sér. 24 h. Gob. 2 — 28 Cob. 3. — 31 Cob. 4. — 39 Gob. o. 45 2 e LOT Cob. 1. — 24 Cob. 2. — 28 Cob. 3. — 31 Cob. 4. — 39 Cob. S. — 45 94 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. 5° Lorsque l'infection est produite par le bacille tétanique pullulant dans les tissus, la prévention dépend encore de la quantité de sérum injecté et du temps écoulé entre le moment de l'infection et celui de l'intervention. Elle échoue le plus sou- vent quand les animaux sont inoculés de façon à ce qu'ils aient un tétanos à marche rapide. Elle peut réussir dans les infections lentes et encore, dans ces cas, la prévention n'est pas toujours définitive, si on n'enlève pas le foyer. La maladie qui paraissait enrayée peut reprendre son cours et la mort survenir après des temps très longs. V TRAITEMENT DU TÉTANOS DÉCLARÉ. Des expériences que nous venons de rapporter sur la pré- vention du tétanos, nous pouvons conclure que la guérison de la maladie déclarée sera difficile à obtenir sur des espèces animales aussi sensibles que les souris et les cobayes. Au moment où les premiers symptômes sont constatés, la toxine a déjà agi sur les éléments cellulaires, et ceux-ci peuvent être assez atteints pour que la mort survienne fatalement. L'antitoxine détruit bien le poison qu'elle rencontre dans le corps, mais elle est sans action sur les lésions déjà faites. Cependant, MM. Behring et Kitasato ont publié des résultats si favorables, en traitant le tétanos déclaré chez la souris et chez le cobaye, que nous n'avions qu'à essayer de les reproduire. Nos expériences ont porté sur les souris, les cobayes, les lapins, les moutons. La réceptivité de ces divers animaux pour le tétanos est très différente, et il était nécessaire de voir si le traitement, peut-être inefficace chez une espèce sensible, réussis- sait chez une espèce plus résistante. Le mode d'infection a été varié, et nous étudierons successivement l'action du sérum sur la maladie provoquée par l'injection de toxine, par l'inoculation de spores tétaniques et de terre tétanigène. Le plus souvent l'infection était faite à une patte, de manière que l'on puisse saisir les plus légers signes de la maladie el commencer l'adminis- tration du sérum dès le début des accidents. Le sérum qui nous a servi dans la majeure partie de ces expériences venait d'un cheval vacciné: son activité était d'abord de un million et ensuite CONTRIBUTION A L'ETUDE DU TETANOS. 95 de dix millions. .Nous avons injecté d'emblée de grandes doses, (huis le péritoine, pour que l'absorption soit plus rapide. Chez les petits animaux comme les souris, il ne faut pas introduire de trop grandes quantités de sérum à la fois, il vaut mieux répéter les injections à diverses reprises. Chez le cobaye, on ne peut guère introduire plus de 15 à 20 c. c. d'un seul coup dans le péritoine, sans quoi la respiration est gênée et l'absorption se t'ait mal. Ces injections massives de sérum de lapin et de cheval sont bien supportées par les divers animaux, elles sont inofï'en- sives. Nous avons toujours gardé un assez grand nombre d'ani- maux témoins : cette précaution est surtout nécessaire dans des expériences de thérapeutique. Si, dans une série d'animaux inoculés, le premier animal pris de tétanos était soumis au trai- tement, le second était gardé comme témoin, et ainsi de suite en alternant; lorsque plusieurs animaux devenaient tétaniques en même temps, les moins atteints recevaient le sérum, les autres servaient pour le contrôle. Parmi les 126 sujets tétaniques que nous avons observés, les uns ont eu des tétanos lents, les autres des tétanos rapides. Chez ceux qui ont été traités, on a mesuré mainte fois le pouvoir antitoxique et le pouvoir préventif du sang, soit pendant la vie, soit au moment de la mort. Les détails de quelques-unes des expériences sont consignés dans l'appendice qui est à la fin de ce mémoire. I<> Infection par la toxine. — A. Souris. — 9 souris sont inoculées avec des doses moyennes de toxine (1/2,000 c. c), trois sont gardées comme témoins, 6 reçoivent du sérum actif à ce. 00001 (de 1 c. c. à 2 c. c. 2/3) aussitôt que les premiers signes du tétanos apparaissent. Des 3 souris témoins, 2 sont mortes, 1 a guéri. Des 6 souris traitées, 4 sont mortes, 2 ont guéri. B. Cobayes. — 3cobayessontinoculésavecl/200 cc.de toxine : 2 sont traités. I sert de témoin. Us meurent tous les trois, bien que le sérum employé fut actif au millionième et que les doses injectées aient atteint 1/1 I e et 1/39 8 du poids du corps. Le sang des cobayes traités était très antitoxique au moment de la mort. 11° Infection par spores tétaniques (spores sans toxine) addi- tionnées d'acide lactique. — .4. Souris. — 3 souris ont été traitées par l'injection de I c. c, 1 c. c 1/3 et 2 c c. de sérum actif au 96 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. cent-millième dès le début du tétanos; elles ont succombé comme la souris témoin. B. Lapins. — 14 lapins ont été infectés en deux séries. Sur les G animaux de la première série, 5 seulement ont pris le téta- nos; 4 ont été traités et ont guéri; ils pesaient de 2 kilogr. 500 ta 2 kilogr. 800 ; ils ont reçu en une seule fois de 40 c. c. à 50 c. c. de sérum actif au millionième, soit dans les veines, soit dans le péritoine. Le tétanos s'est arrêté, mais la contracture du membre inoculé a persisté longtemps. Le lapin témoin a eu le tétanos le 5 e jour et est mort le 10 e jour. Sur les 8 lapins de la 2 e série, 6 seulement prennent le téta- nos du 4 e au 7 e jour ; 3 servent de témoins, 2 guérissent, 1 meurt. 3 sont traités par injection dans le péritoine de 40 c. c. à 80 c. c. de sérum actif au millionième : 2 succombent, le troisième guérit. Le sang des animaux qui sont morts était très antitoxique pendant la vie. Le sang du lapin qui a reçu 80 c. c, immunisait un gramme de souris à la dose de CC , 00004. Donc: Sur il lapins devenus tétaniques, 4 témoins ont donné 2 guérisons et 2 morts, 7 traités ont donné 5 guérisons et 2 morts. Il semble que le traitement réussisse mieux cliez les lapins ; cependant, il ne faut pas oublier que la résistance du lapin au tétanos est assez grande, et que la réceptivité est très variable suivant les individus; il faudrait expérimenter sur un beaucoup plus grand nombre d'animaux, traités et témoins, pour bien dégager ce qui, dansles cas de guérison, revient à l'iniluencedu sérum et à la résistance naturelle. 111° Infection par spores associées a un coccls favorisant. A. Souris. — 6 souris inoculées; 1 souris témoin : 1 mort. 5 souris traitées par 1 c. c, 2c. c, 2 c. c, 4 c. c, 5 c. c, d'un sérum actif au CC , 00005 : 5 morts. B. Cobayes. — 8 cobayes inoculés. 2 Cobayes témoins, 2 morts (sur un de ces cobayes on a enlevé le foyer d'infection dès le début des symptômes). 6 cobayes traités, 6 morts. (Sur 3 de ces cobayes on a enlevé le foyer d'infection aussitôt après l'apparition du tétanos 1 .) Le 1. Certaines observations montrent les heureux effets de l'ablation du foyer d'infec- tion chez l'homme et chez les animaux, d'autres prouvent que souvent elle n'em- pêche pas la mort. On conçoit, en effet, que cette opération paraisse tantôt CONTRIBUTION A L'ÉTUDE DU TÉTANOS. 97 sérum injecté était actif au millionième, ces animaux en ont reçu des quantités variant de la 6 e à la 16" partie du poids du corps. IV. Infection par introduction sous la peau déchardes de rois IMPRÉGNÉES DE SPORES CHAUFFÉES A 80°, A. SoUl'iS. 36 SOUI'is infeC- tées, 31 seulement prennent le tétanos. 12 souris témoins, 11 morts, I guérison. 19 souris traitées, 17 morts, 2 guérisons. Les périodes d'incubation ont été : 3 jours, S fois; 4 jours, 15 fois ; o jours, 5 fois; 6 jours, 2 fois ; 7 jours, 3 fois; 8 jours, 1 fois. L'écharde était insérée à la racine de la queue. Pour juger du début du tétanos, il suffit de suspendre la souris par là queue, l'asymétrie dans la position des pattes postérieures est un indice que la maladie commence ; ce signe se montre avant tous les autres. Ce procédé d'infection par écharde sous la peau ne donne pas toujours un tétanos mortel, même chez la souris. L'évolution du mal est assez lente. Ce sont là des conditions particulièrement favorables pour le traitement. Dans la plupart des cas le sérum était actif au millionième, les doses ont varié de 1 c. c. à 6 c. c. 1/2. B. Cobayes. — 16 cobayes ont été infectés par l'introduction d'une éebarde sous la peau à la racine de la cuisse. 15 ont pris le tétanos du 4 e au 23 e jour. Il s'agit d'un tétanos à longue incu- bation et à marche lente dans la plupart des cas. 7 cobayes témoins sont morts de 48 heures à 7 jours après le début des accidents. 8 cobayes traités sont morts de 34 heures à 21 jours après le début des accidents. Le traitement était commencé dès que l'on observait le moindre changement dans l'attitude delà patte où on avait placé l'écharde, quelquefois même il a été entrepris alors que la gêne efficace, tantôt inutile. Elle sera utile si elle est faite à un moment où le bacille n'a pas encore jeté dans l'organisme une dose mortelle de toxine; elle limite alors l'empoisonnement, puisque la culture du bacille est locale. Il faut donc toujours la pratiquer, dés le début du tétanos, quand cela est possible. Chez les animaux, au moment où apparaissent les premiers signes de contrac- ture, il est souvent trop tard; l'empoisonnement est suffisant pour donner la mort, et l'excision du foyer ne produit aucun résultat. Outre les expériences que nous avons rapportées sur les cobayes, nous en avons fait d'autres chez les lapins. Sept lapins sont inoculés dans les muscles d'une patte postérieure avec des spores tétaniques et de l'acide lactique. Le tétanos débute le 3 a , le 5°, le 6 e , le 8° jour; le foyer d'infection est soigneusement enlevé, cautérisé et bourré d'io- doforme, 8, 18, 20, 36, 4-8 heures et 4 jours après le début de la contracture ; tous les lapins ont succombé. 7 98 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. des mouvements était douteuse. Nous avons donc suivi l'indica- tion de M. Kitasato qui recommande d'injecter le sérum théra- peutique dès les premiers signes du tétanos. Bien que le sérum, employé à fortes doses dès le début (11 à 24 c. c), fût actif au millionième, la marche de la maladie n'a pas été modifiée dans 4 cas. Dans 4 autres, le tétanos a paru arrêté, puis une recrudescence est survenue soudainement et a déterminé la mort les 15 e , 17 e , 19 e et 21 e jours. L'histoire de ces cobayes est d'autant plus intéressante que le pouvoir antitoxique de leur sang a été mesuré à diverses reprises; déjà 30 minutes après l'injection du sérum dans le péritoine, il était très marqué, et deux heures après il avait atteint un degré tel que le sang était préventif à petite dose. Dans les jours qui ont suivi la dernière introduction du sérum, la propriété antitoxique a baissé; elle n'était plus appréciable, au momentde la mort, chez un cobaye qui a succombé le 15 e jour, mais elle était encore très marquée chez les trois autres cobayes. Chez l'un d'eux, à l'instant môme de la recrudescence du tétanos, 15 vol. de sang neutralisaient 1 vol. de toxine ; chez un autre le sang pris dans le cadavre immunisait à la dose de 1 c. c. un cobaye de 375 grammes contre 1/200 de c. c. d'une toxine très meurtrière. N'est-ce pas un fait saisissant que la mort, par le tétanos, de ces cobayes dont le sang est antitoxique et même préventif? Le bacille tétanique a donc continué à vivre, pendant de longs jours, au point d'inoculation, sécrétant son poison malgré la propriété antitoxique des humeurs. Ces faits nous montrent que tant que le microbe du tétanos reste vivant, un retour de la maladie est à craindre, alors même que le sang de l'animal infecté possède encore un pouvoir antitoxique notable. Il faut donc reprendre les injections thérapeutiques de temps en temps jusqu'à ce que les contractures aient disparu. Il est probable que l'ablation du foyer préviendrait ces recrudescences tardives. Les échardes retirées des cadavres étaient couvertes de pus dans lequel on trouvait un coccus et quelques bacilles tétani- ques. Le sang du cœur, la pulpe des organes examinés au micros- cope ne contenaient aucun microbe: ensemencés, ils n'ont pas donné de cultures; il n'y avait donc pas eu d'infections secondaires. M. Kitasato ' a publié une expérience dans laquelle il a infecté 1. Zeilschr. f. Hijy., noùt 1892. CONTRIBUTION A L'ÉTUDE DU TÉTANOS. 99 12 cobayes par des échardes de bois imprégnées de spores téta- niques chauffées à 80°; 10 de ces cobayes furent traités, après tétanos déclaré, par l'injection de doses de sérum qui ont varié de 10 c. c. à 2 c. c. ; 8 d'entre eux guérirent, ils avaient reçu 4 c. c, 5 c. c, 8 c. c. et 10 c. c. Ces résultats sont en contradic- tion avec ceux que nous venons d'exposer; ils sont d'autant plus surprenants, que le sérum employé par M. Kitasato venait du cheval immunisé par M. Behring-, etqu'au moment où l'expérience a été faite, le sérum de ce cheval (d'après les renseignements publiés par M. Behring) était bien moins actif que celui qui nous a servi. De plus, les doses injectées ont été plus faibles. Enfin, dans les cas de M. Kitasato, la gravité de l'infection devait être tout à fait exceptionnelle, puisqu'il déclare que les premiers symptômes ont apparu 24 heures seulement après l'inoculation; c'est à ce moment que le traitement fut entrepris. Jamais, pour notre part, nous n'avons vu un cobaye infecté avec des spores chauffées à 80° prendre le tétanosen24 heures, il faut, en effet, aux spores le temps de g-ermer et aux bacilles celui de fabriquer la toxine. Le tétanos n'apparaît aussi promptement que lorsqu'on injecte de la toxine toute préparée, ou encore lorsqu'on insère dans les muscles des échardes retirées de cadavres. Il y a dans cette expérience des circonstances que nous ne comprenons pas, et nous inclinons à croire que M. Kitasato a fait un traite- ment préventif plutôt que curatif. Y. Infection par introduction dans les muscles d'éciiardes de rois imprégnées de spores CHAUFEÉEs a 80°. — Le tétanos provoqué par implantation d'échardes dans les muscles, est, en général, à marche rapide. Cobayes. — 18 cobayes ont été inoculés en deux expériences. 7 cobayes témoins, 7 morts. 11 cobayes traités, 11 morts. Les premiers signes de la maladie ont apparu de 30 heures à trois jours après l'infection ; la mort est survenue à peu près dans le même délai pour les témoins et les traités. Dans une pes expériences, le sérum employé était actif au millionième; dans l'autre il était actif au dix-millionième. Les doses injectées ont varié de la 30 e à la 11 e partie du poids du corps. Au moment delà mort le sang- était très antitoxique. L'écharde était entourée d'une g-aine de leucocytes; on voyait dans ce pus, au microscope, 100 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. des coccus et des bacilles tétaniques non sporulés. L'ensemen- cement du sang et des organes n'a pas donné de cultures. Dans une autre série, 4 cobayes reçoivent dans les muscles d'une cuisse des échardes qui avaient déjà servi à infecter les cobayes d'une expérience précédente, et qui étaient conservées depuis deux mois. Le tétanos débute en moins de 24 heures; c'est donc un tétanos à marche rapide. Le cobaye témoin meurt en 40 heures. Les 3 autres reçoivent, dès le début de la contracture delà patte inoculée, 18 ce. de sérum dansle péritoine. Ils meurent de 16 à 20 heures après l'injection thérapeutique et de 40 à 44 heures après l'infection. Leur sang est très antitoxique. L'activité du sérum employé était supérieure à dix millions. VI Infection par introduction de terre sous la peau. — Cobayes. — Un même volume de terre est introduit sous la peau du ventre de 6 cobayes; 4 seulement prennent le tétanos, le 4 e jour. 2 servent de témoins et meurent 24 et 31 heures après le début des accidents ; 2 sont traités dès l'apparition des premiers symp- tômes, ils succombent après 24 heures et 3 jours 1/2. Le sérum employé était actif au millionième, les quantités injectées égalent la 8 ft et la o e partie du poids du corps. Le sang recueilli, après la mort, est très antitoxique, il immunise à la dose de ,c ,000l. YIl Traitement des moutons tétaniques. — Le mouton prend assez difficilement le tétanos; deux moutons inoculés l'un avec 1/4 decentimètre cubeetl'autreavecl c. c. d'une culture tétanique très active sont restés bien portants ; deux autres moutons qui ont reçu dans les muscles des spores chauffées à 80°, mélangées d'un peu d'acide lactique, n'ont éprouvé aucun mal, tandis qu'un lapin inoculé avec quelques gouttes du même mélange devenait tétanique le 3 e jour et mourait le 6 e jour. Le moyen qui nous a le mieux réussi pour donner le tétanos au mouton est l'introduc- tion dans les muscles d'une écharde imprégnée de spores téta- niques et d'un coccus favorisant. 4 moutons ont été ainsi inoculés en deux expériences. Chez deux d'entre eux, l'écharde est implantée dans les muscles delà cuisse; ils prennent le tétanos le 11 e jour. On enlève les échardes, on excise le foyer, que l'on panse àl'iodoforme.Le mouton témoin meurt le ">° jour de la maladie. Le mouton traité reçoit, 12 heures aprèsledébut,25c. c. desérumactif au dix-millionième dans la ju- gulaire, puis toutes les heures 1 5 c. c. sous la peau de l'abdomen ou CONTRIBUTION A L'ETUDE DU TETANOS. 101 du liane. Il a ainsi reçu 165 ce. dans une seule journée. Il meurt le 2'' jour df la maladie, 36 heures après que le traitement a été commencé. Sun sang- est antixotique à la dose de 8 parties pour une de toxine : il immunise une souris à la dose de cC ,2. Dans la seconde expérience, l'écharde est implantée sous la peau tir l'extrémité de la queue chez deux moutons. 12 jours après l'un est pris de tétanos. On ampute la queue, et on injecte sous la peau, pendant la première journée, toutes les heures 20 ce. de sérum : il reçoit au total 160 c c On lui administre aussi par la bouche du lait très antitoxique d'une vache vaccinée. II meurt 4 jours après le début des accidents. Le mouton témoin, pris le 15'' jour, subit aussi l'amputation de la queue ; il meurt le 6 e jour après le commencement de la maladie. Nos expériences ont donc porté : Sur 49 souris : 17 souris témoins ont donné 15 morts et 2 gué- risons ; 32 souris traitées ont donné 28 morts et 4 guérisons. Sur 62 cobayes : 20 cobayes témoins ont donné 20 morts; 42 cobaves traités ont donné 42 morts. Sur 14 lapins : il seulement ont pris le tétanos; 4 lapins témoins ont donné 2 morts et 2 guérisons; 7 lapins traités ont donné 2 morts et 5 guérisons. Sur 4 moutons : 2 moutons témoins ont donné 2 morts; 2 moutons traités ont donné 2 morts. Soit au total : 43 animaux témoins : 39 morts. 4 guérisons. 83 animaux traités : 73 morts, 10 guérisons. Quel que soit le mode d'infection, il est donc très difficile de guérir le tétanos déclaré chez les animaux. Au moment où appa- raissent les premiers symptômes, la quantité de toxine élaborée est le plus souvent suffisante à tuer l'animal, elle a agi sur les cellules, et l'antitoxine ne peut rien contre un empoisonnement déjà fait. Des doses très fortes d'un sérum très actif ont toujours été impuissantes contre un tétanos à marche rapide. Quelques minutes après l'introduction du sérum curatif dans le péritoine, le sang des animaux traités est antitoxique et immunisant à un très haut degré, et cependant la maladie poursuit son cours. Le sérum a prolongé la vie dans les cas de tétanos moins sévère, et encore, si on n'enlève pas le foyer d'infection, on n'est pas sur, au moins pour les cobayes, que la maladie ne reprendra 102 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. pas quand le pouvoir antitoxique du sang aura diminué. Il faut être en garde contre ces rechutes du tétanos, et renouveler l'in- jection du sérum une huitaine ou une dizaine de jours après le début des accidents, alors même que ceux-ci semblent arrêtés et en voie de guérison. TRAITEMENT DU TÉTANOS CHEZ l'hOMME. Depuis que l'antisepsie a fait disparaître presque complète- ment le tétanos post-opératoire des services de chirurgie, il est assez rare que le médecin assiste au début de la maladie. Les per- sonnes les plus sujettes au tétanos, cultivateurs, ouvriers, manœuvres, ne prêtent pas d'attention aux premiers symptômes, ou les traitent à leur façon. Elles ne s'adressent au médecin que lorsque les contractures leur causent une véritable souffrance. Aussi, dans les hôpitaux, nous ne voyons que des tétanos déjà prononcés. Ce sont là, assurément, des conditions peu favorables au traitement, mais ce sont celles de la pratique ; il faut bien prendre les malades quand ils viennent et comme ils viennent. Douze observations de tétanos humain, traité par l'anti- toxine, ont déjà été publiées. Rappelons-les brièvement. 1° Le cas d'un enfant, du service de M. Baginsky, à Berlin, traité par M. Kitasato, ne nous renseigne nullement sur l'effica- cité de l'anlitoxine, la maladie étant trop avancée, la quantité de sérum injectée trop petite. 2° 8 cas observés en Italie, tous suivis de guérison. L'anti- toxine employée venait du sérum de chiens immunisés, elle était préparée par MM. Tizzoni et Cattani; les doses injectées étaient peu considérables. M. Rotter a fait des observations italiennes une critique très juste, à laquelle nous nous associons pleine- ment. Ces observations ne prouvent en aucune façon l'efficacité de l'antitoxine de MM. Tizzoni et Cattani; elles se rapportent à des tétanos lents, dont les premiers signes n'apparaissent que du 8 e au 15 e jour après la blessure, et dont la guérison est très fréquente D'ailleurs, s'il faut en croire le professeur Albertoni, de Bolo- gne \ l'antitoxine de M. Tizzoni n'aurait pas donné que des suc- cès : des cas traités suivis de mort (notamment un cas à Imola), n'auraient pas été publiés. 1. Therapeutische Monatshefte, sept. 1892, p. 437. CONTRIBUTION A L'ÉTUDE DU TÉTANOS. 103 En France, M'. Rénon a fait connaître, dansées Annales, deux observations avec terminaison fatale, malgré que les malades aient reçu l'un 57 Cc , et l'autre 80 cc d'un sérum très actif. Les cas de M. Rénon sont les premiers dans lesquels on ait injecté de grandes quantité de sérum à intervalles rapprochés. Dans sa monographie sur la sérum-thérapie, M. Behring fait allusion à dix cas de tétanos humain traités par l'antitoxine, mais il n'en cite, avec détails, qu'un seul, observé par le D r J. Rotter. Il s'agit d'un tétanos assez sévère, de gravité moyenne, qui, d'après ce chirurgien, aurait pu guérir sans antitoxine. P. Muller, 25' ans, garçon d'écurie, se fit, le (j juillet, avec un crochet de fer, une plaie entre le pouce et l'index. La plaie fut pansée à l'acide phénique et paraissait guérie 8 jours après. Le 11 juillet, le patient éprouve de la raideur danslamain; il continue à travailler jusqu'au 17. Le 21 juillet survient du tris- mus, le malade prend le lit, il est reçu à l'hôpital le 27 juillet. A ce moment les contractures s'étendent aux muscles de la face, du cou, du tronc, des jambes. Le 2S juillet le traitement est commencé, le sérum employé a une activité \de un million ; dans cette journée on en injecte 66 grammes en 1 piqûres. — 29 juillet, même état, opisthotonos, secousses convulsives des muscles du dos, injection de 50 c. c. de sérum.;'- 30 juillet, le mieux commence, injection de 43 c. c. — 31 juillet, amélioration, trismus moins fort, opisthotonos pres- que disparu, deux injections de oOj^ ç^L'état va s' améliorant les jours suivants. Le 6 août les sueurs, qui avaient été abondantes jusque-là, cessent après une urticaire. Le trismus, les contractures des muscles du dos et des jambes ont disparu; la rigidité de la main blessée et de l'avant-bras persistent jusqu'au 12 août. A aucun moment il n'y a eu d'élévation de température. En résumé, les premiers symptômes ont débuté 8 jours après la blessure, ils ont évolué lentement pendant M jours et ont commencé à diminuer le 16 e jour. Le traitement a été commencé 22 jours après la blessure, 14 jours après l'apparition des premiers signes ; l'amélioration s'est montrée deux jours après les premières injections. Cette observation nous montre que l'on peut injecter à l'homme des doses très considérables (250 c. c.) d'un sérum très actif sans inconvénients. Elle nous l'ait voir aussi que les contrac- tures se maintiennent longtemps, malgré l'emploi de l'antitoxine à haute dose. Grâce à l'initiative éclairée de MM. les chefs de service dans les hôpitaux et à l'obligeance de MM. les internes, nous avons pu faire quelques essais de traitement sur l'homme; nous donnons les observations détaillées dans l'appendice qui suit ce 104 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. mémoire. Ici nous résumons les circonstances les plus inté- ressantes de chacune d'elles. Observation 1. — Service de 31. Grancher, kôpilal des Enfants, recueillie par M. Renaud, interne. Gerf.. Daniel, 11 ans. Trauma- tisme, extraction de dents. Durée de l'incubation delà maladie: 15 jours. Durée de la maladie: 6 jours (mort). Le traitement a été commencé le 4 e jour de la maladie. Quantité de sérum injecté : 147 c. c. Le pouvoir immunisant du sérum était de 200,000 à 500,000. Observation II. — Service de M. Polaillon, hôpital de la Pitié, recueillie par 31. Martin., interne. M.... Eugène, âgé de 42 ans, plaie à la cuisse produite par un éclat de pétard. Durée de l'incubation : 8 jours. Durée de la maladie : 5 jours (mort). Le traitement a été commencé le 4 e jour de la maladie. Quantité de sérum injecté : 108 c. c. Le pouvoir immunisant du sérum était de trois cent mille. Une heure avant la mort, le sang du malade était antitoxique à raison de quinze parties de sang pour une de toxine. L'injection de 108 c. c. de sérum à cet homme grand et fort a suffi non seulement à faire disparaître toute trace de toxine du sang, mais encore à donner à celui-ci, en quelques heures, un pouvoir antitoxique notable. Observation III. — Recueillie par le D r Morax de Morges (Suisse) et M. Morax fils, interne des hôpitaux de Paris. Rohm..., 15 ans 1/2, manœuvre dans une tuilerie. Main broyée dans un engrenage. Durée de l'incubation: 5 jours. Durée de la maladie : 2 jours (mort). Le traitement a été commencé 12 heures avant la mort. Quantité de sérum injecté : 20 c. c, dont 10 c. c. dans une veine. Le pouvoir immunisant du sérum était de un million. Observation IV. — Service de M. Th. Anger à l'hôpital Beaujon, recueillie par M. Bornât, interne. Le Cun... 27 ans, employé de chemin de fer; plaies multiples par écrasement, renversé par une locomotive. Durée de l'incubation : 8 jours. Durée de la maladie : 5 jours (mort). CONTRIBUTION A L'ETUDE DU TÉTANOS. 105 Le traitement a commencé 36 heures après le début des accidents. Quantité de sérum injecté : 402 c. c. Pouvoir immunisant du sérum : un million. Le sang extrait 10 heures après que le patient a reçu 100 c. c. de sérum ne manifeste pas de propriété antitoxique à raison de quinze parties de sang pour une de toxine. Quatre heures après une nouvelle injection de 50 c. c. dé sérum, le sang est antito- xique dans la proportion de quinze parties de sang pour une de toxine. Après que le patient a reçu 260 c. c. de sérum, son sang est antitoxique a raison de huit parties pour une de toxine. A la dose de 1/3 de centimètre cube, il immunise un cohaye de 205 grammes. Le sang recueilli après la mort est antitoxique dans la proportion de deux parties pour une de toxine; il immu- nise un cobaye à la dose de 1/15 de centimètre cube. Observation V. — Service de M. Letulle, à l'hôpital Saint- Antoine, recueillie par M. Nicole, interne. P... Désiré, 23 ans, jardi- nier; plaie à un doigt par éclat de verre. Durée de l'incubation : 14 jours. Durée de la maladie : 3 jours (mort). Le traitement a été commencé le 2 e jour de la maladie. Quantité de sérum injecté : 247 c. c. Pouvoir immunisant du sérum : un million. Le sang du malade, deux heures après qu'il avait reçu 127 c. c. de sérum, était antitoxique à raison de trente-cinq parties de sang pour une de toxine. Douze heures plus tard, la quantité de sérum injecté étant toujours de 127 c. c, le sang est antitoxique à raison de douze parties de sang pour une de toxine. Observation VI. — Service de M. Schivartz à V hôpital Cochin, recueillie par M. Banzel, interne. Bona... Gabriel, 12 ans. Plaie de la jambe faite par une roue de wagonnet. Durée de l'incubation : 15 jours. Durée de la maladie : 30 jours (guérison). Le traitement a été commencé le 3 e jour de la maladie. Quantité de sérum injecté : 205 c. c. Pouvoir immunisant du sérum : un million. Le sang recueilli dix-sept heures après l'injection de 105 c. c. de toxine est antitoxique à raison de douze parties de sang pour une de toxine. 106 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Le sang recueilli sepl heures après l'injection de 265 c. c. de sérum est antitoxique dans la proportion de dix parties de sang pour une de toxine. Le sang recueilli quarante-huit heures après l'injection de 265 c. c. de sérum est antitoxique à raison de six parties de sang pour une de toxine. Le sang recueilli qnatorze jours après la dernière injection est antitoxique à raison de treize parties de sang pour une de toxine. Observation VIL — Service de M. Barth à l'hôpital Broussais, recueillie par M. Mayet, interne. P... Charles, 22 ans, ouvrier. Pas de traumatisme, mauvais état des gencives et des dents. Durée de l'incubation : inconnue. Durée de la maladie : 30 jours (guérison). Le traitement a été commencé le septième jourde la maladie. Quantité de sérum injecté : 300 c. c. Pouvoir immunisant du sérum : dix millions. Le sang recueilli après l'injection de 250 c. c. de sérum est antitoxique à raison de dix parties pour une de toxine. Il immu- nise une souris à la dose de 1 centimètre cube. Le sang recueilli après que le malade a reçu 270 ce. de sérum est antitoxique à raison de deux parties pour une de toxine. Le sang recueilli trente-sept jours après la dernière injection est antitoxique à raison de 20 parties pour une de toxine. Il immunise une souris de 15 gr. à la dose de 1 c. c. A ces sept observations nous pourrions en joindre deux autres. L'une, du service de M. Berger, a été communiquée à l'Académie de médecine. Il s'agit d'un homme qui avait eu l'extré- mité d'un doigt écrasée et qui fut pris de tétanos chronique. Après l'amputation du doigt, les accidents cessèrent. Le liquide épanché dans l'articulation de la deuxième phalange avec la troisième, contenait un coccus et du bacille tétanique. Ce malade a reçu quelques injections de sérum antitoxique, mais en si petite quantité qu'elles n'ont guère pu avoir d'influence sur la marche de la maladie. L'autre tétanique était un malade du service de M. Landouzy, qui, à la suite d'une blessure faite à la ligure, par la pointe d'une fourche, eut un tétanos ebronique limité d'abord à la tète. Après une vingtaine de jours les con- CONTRIBUTION A L'ETUDE DU TETANOS. 107 tractures s'étendirent au tronc et des spasmes apparurent. La température s'éleva. M. Landouzy fit exciser le point blessé; presque aussitôt la température baissa et les contractures s'effa- cèrent lentement. Aucune injection de sérum ne fut faite à ce malade. Le sérum employé dans les sept cas de tétanos bumain dont nous venons de donner l'histoire était très actif, et six fois, au moins, les quantités injectées ont été considérables. Persuadés que le but à atteindre est de rendre le sang du patient antitoxique, aussi rapidement que possible, nous avons introduit sous la peau des doses massives en une seule fois. L'examen du sang de nos malades nous a montré que, pour un homme pesant environ 70 kilogrammes, 100 à 150 c. c. de sérum actif au millionième suffisent pour donner un pouvoir antitoxique notable. Mais cette qualité nouvelle du sang n'a pas arrêté la maladie; nos patients sont morts de tétanos avec un sang non seulement capable de détruire la toxine, mais encore de donner l'immunité. Le tableau ci-dessous résume les principales circonstances des cinq cas mortels. No, Dnréi de FkÉk Durée de la maladie. C ™J S RS. "* 6 jours. 4e jour. 5 — 4« — 2 — 36 heures. 5 — 36 — 3 — 2° jour. Si le traitement a été fait, pour ces cinq cas, dans des condi- tions favorables sous le rapport de l'activité du sérum et des quantités injectées, il n'en est pas de même si on considère le moment de l'intervention et la gravité du mal. Tous ces tétanos sont à marche rapide ; deux d'entre eux, n os 3 et 5, ont eu une évolution si courte qu'il n'y a pas à s'étonner que le traitement ait échoué. Chez l'enfant (n° 3) traité par le D r Morax, le sérum a été injecté tardivement et en petite quantité; l'observation présente cette particularité qu'une des injections a été faite dans les veines. La maladie était si grave que M. Morax a'pensé que, pour gagner du temps, il fallait introduire directement l'antitoxine dans le sang. Le malade n° 1 a vécu deux jours après le début du traite- 1. 15 jours 2. 8 — 3. o — 4. 8 — 5. 14 - Sérum injecté. 147cc : enfant 108^ 20ec : enfant 402e'-. 247ec 408 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. meut, mais chez lui le tétanos portait surtout sur les muscles" respirateurs, ce qui aggravait la situation. Le malade n° 2 a été traité seulement 24 heures avant la mort. Ces quatre exemples (1, 2, 3, 5) ne montrent donc qu'une chose, c'est que dans le tétanos rapide, la sérum-thérapie, telle que nous l'avons faite, a été impuissante, elle n'a modifié en rien la marche de la maladie. Nous sommes tombés sur une série parti- culièrement sévère; c'est précisément pour ces tétanos graves qu'il faudrait un traitement efficace. Mais, nous le répétons, dans la pratique on ne choisit ni les cas ni le moment de l'intervention; les remèdes doivent être essayés dans les condi tions de la pratique, il faut publier tous les cas pour que l'on sache ce que l'on peut attendre du sérum antitoxique. Dans le cas n° 4, survenu à l'hôpital même, le sérum a été- donné 36 heures après l'apparition des premiers signes de tétanos, et à doses assez fortes d'emblée pour créer rapidement l'état antitoxique. Pendant trois jours le tétanos a été en s'aggravaiit. chez cet homme, dont le sang était capable de donner l'immunité contre le tétanos. La rapidité de l'intervention, la quantité ■<> énorme de sérum injecté nous faisaient espérer un meilleur résultat. Le tableau ci-dessous résume les principales circonstances des deux cas guéris. Nos Durée de l'incubation. Durée de la maladie. ClJM ™'£ J fjJjjS aprèS Sérum injecté. 6. 15 jours. 30 jours. 3° jour. 26o cc : enfant (31 k ). 7. 4 — 30 — 7o — 300^ A aucun moment ces deux malades n'ont donné de sérieuses inquiétudes, il était manifeste que chez eux le tétanos était bénin ; leur température était normale. Ce sont des cas qui guérissent avec toutes les médications, et il est difficile de dire si le sérum a eu une influence heureuse sur la durée des contractures. Nous en retiendrons seulement que l'on peut donner à l'homme téta • nique, sans danger, à doses massives, du sérum de cheval très antitoxique, etqu'ilne fautpas hésitera injecter d'emblée une quan- tité suffisante pour rendre le sang antitoxique. Ces deux malades, qui ont guéri, ont eu de l'urticaire après les injections. Cette par- ticularité a été aussi notée par M. le D r Rotter. Cette éruption CONTRIBUTION A L'ÉTUDE DU TÉTANOS. 109 est peut-être causée par l'introduction dans l'organisme de ces grandes quantités de sérum de cheval. On s'est préoccupé, dans ces derniers temps, de savoir quelle esl la mortalité dans le tétanos, afin de pouvoir estimer la valeur du traitement par le sérum. La gravité du tétanos est, en géné- ral, en rapport avec la durée de l'incubation, et tout le monde est d'avis que la mortalité est d'autant plus forte que l'incubation est plus courte. Une incubation de 10 à 15 jours correspond le plus souvent à un tétanos de sévérité moyenne. Nos observations 1 et 5 montrent cependant que des tétanos qui n'ont commencé que 14 et 15 jours après le traumatisme, ont eu une évolution falale et très rapide. M. Behring adopte, d'après les statistiques de Rose, de Richter et autres, le chiffre de 80 à 90 0/0, comme représentant la mortalité dans le tétanos. Le professeur Alber- loni admet une mortalité bien inférieure, de 24 0/0, d'après le relevé de 176 cas de tétanos observés dans ces dix dernières années. M. Sormanni, qui a fait la statistique des hôpitaux italiens de 1882 à 1887, constate une mortalité de 44 0/0. Nous pensons que le chiffre de 80-90 0/0 est trop fort; en effet, il est établi sur des statistiques militaires, et on sait qu'en temps de guerre, sur- tout avant l'application rigoureuse de l'antisepsie, le tétanos était particulièrement meurtrier sur les blessés. Le chiffre de M. Alber- toni est assurément trop faible; dans les conditions de la chirur- gie actuelle, la proportion de 50 0/0 est, croyons-nous, voisine de la vérité. C'est le nombre qui concorde le mieux avec ce que nous avons pu observer. Les tentatives de traitement que nous avons faites sur l'homme ont donné des résultats assez semblables à ceux que nous avons obtenus chez les animaux. Le traitement aéchoué dans les tétanos graves. En aurait-il été autrement s'il avait été commencé plus tôt? De nouvelles expériences répondront. Malgré que notre observation n° 4 soit de nature à ébranler un peu les espérances qu'avait fait naître la belle découverte de MM. Behring et Kitasato, nous ne porterons pas un jugement sur si peu de faits. Il convient d'en amasser de nouveaux, et pour aider à ce résultat, dans la mesure de nos forces, nous enverrons avec plaisir à nos confrères des hôpitaux bien placés pour traiter des tétaniques, du sérum thérapeutique desséché et de conservation facile. Tl faut en être muni à l'avance pour ne pas perdre un temps précieux quand les 110 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. malades se présenteront. Nous persistons à croire que l'emploi du sérum antitoxique constitue, en ce moment, le seul traitement rationnel du tétanos. Il est inolFensif, il détruit la toxine élaborée dans le foyer d'infection, il sera donc toujours utile. Pour nous, la conduite à tenir en présence d'un cas de tétanos est la suivante ' : injecter aussitôt et d'emblée une centaine de centimètres cubes de sérum très actif, exciser le foyer d'infection. Administrer encore le lendemain et le surlendemain lOOc.c. de sérum, par jour. Si le tétanos est enrayé, après une dizaine de jours, surtout si on n'a pas pu enlever le foyer, donner encore du sérum pour prévenir ces retours de tétanos que nous avons signalés chez les animaux. Appliquons-nous donc à augmenter l'activité du sérum et à concentrer l'antitoxine sous de petits volumes pour en faire pénétrer rapidement de grandes doses. Devant les difficultés que nous avons rencontrées à guérir le tétanos, nous pensons que, chaque fois que la chose est possible, il faut essayer de le prévenir. Pourquoi le médecin appelé pour soigner une plaie contuse et souillée de terre n'injecterait-il pas préventivement de l'antitoxine? De petites doses suffisent à prévenir le tétanos, de grandes doses peuvent ne pas le guérir. Lors de la dernière guerre du Dahomey, nous avions envoyé à M. le D r Rouch, médecin de la marine, du sérum desséché, distribué, par doses de o grammes, dans des tubes, pour qu'il l'emploie préventivement. On sait, en effet, que dans cette partie de l'Afrique, les blessures sont souvent suivies de tétanos. Malheureusement, le D r Rouch, blessé par le feu de l'ennemi, a succombé sans avoir pu mener à bien cette tentative. M. le D r Schwartz, chirurgien de l'hôpital Cochin, nous a adressé dernièrement, pour que nous lui injections préventivement du sérum, un homme dont la main avait été broyée par un wagonnet. Nous lui avons injecté dans le tissu cellulaire 30 ce. d'un sérum dont le pouvoir immunisant est dix millions. Si cette pratique se généralisait, assurément bien du sérum serait employé inuti- lement, puisque le tétanosest relativement rare, mais assurément aussi, un certain nombre de blessés lui devraient la vie. 1. La première injection pourrait, dans les cas dont l'incubation a été très courte, être faite dans le péritoine, pour que l'absorption soit plus rapide, à la condition que l'on soit tout à tait sûr de la pureté du sérum. CONTRIBUTION A L'ÉTUDE DU TÉTANOS. Hl APPENDICE TRAITEMENT DU TÉTANOS DÉCLARÉ. Nous donnons ici les relations de quelques-unes de nos expériences, pour que Ton puisse se rendre compte de la marche de la maladie chez les animaux traités et chez les témoins. EXPÉRIENCES SUR LES SOURIS. Exp. du II octobre 1892. Le sérum employé est du sérum de lapin vacciné dont le pouvoir immunisant est de un million ; il est injecté sous la peau. 15 souris sont inoculées au moyen de petits fragments de bois de 2 millimètres de long, non stérilisés au préalable, et imprégnés de spores cliauffées 3 h. à 80°. Ces échardes sont desséchées, elles sont introduites sous la peau du dos, à la base de la queue; la plaie est obturée avec un peu de collodion. L'inoculation a lieu de 3 à 4 h. du soir. Souris témoins. N° I. — Poids 13 gr. Début du tétanos le 4 e jour, le 15 oct. L'animal meurt le même jour dans une crise pendant qu'on l'examine. N° IL — Poids 14 gr. Début du tétanos le 4 e jour, le 15 oct. Une patte postérieure seule est prise le matin; le soir rigidité des deux pattes posté- rieures. Mort dans la nuit du 15 au 16. N° III. — Poids 14 gr. Début du tétanos le 4 e jour, le 15 oct. Le soir, rigidité des 2 pattes postérieures. Le 16 oct., tétanos généralisé. Mort le soir à 5 h. N° IV. — Poids 15 gr. Début du tétanos le 7 e jour. Le 17 oct. au matin, asymétrie des pattes postérieures. Le 18 oct., mêmes symptômes, pas d'aggravation. Le 19 oct., léger écartement des pattes pendant la marche. Le 20 oct., même état. Le 25 oct., un peu d'aggravation des contractures des pattes postérieures. L'animal meurt brusquement, quand on le saisit pour l'examiner. Souris traitées. N° I. — Poids 15 gr. Début du tétanos le 14 oct., 3 e jour au matin : les pattes postérieures sont légèrement écartées. A 10 h., injection sous-cutanée de 1 c. c. 1/3 de sérum. — A3 h., injection de 1 c. c. 1/3. Aggravation, les pattes postérieures deviennent raides. Le 15 oct. 9 h. matin, rigidité absolue des pattes postérieures. Injec- tion de 1 c. c. 1/3. — A3 h., injection de 1 c. c. 1/3. Même état que le matin. Le 16 oct., tétanos généralisé, l'animal est couché en rigidité com- plète. Le 17 oct., mort le soir à 9 h. N? II. — Poids 22 gr. Hien le 14 oct., 3 e jour au matin. — A 1 h., léger H2 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. écartement des pattes postérieures. Injection de 1 c. c. 1/3 de sérum. — A 6 h., les symptômes sont plus accentués, la patte droite est un peu raide. Injection de 1 c. c. 1/3. Le 15 oct., rigidité de la patte postérieure droite et rigidité commençante de la patte postérieure gauche. Injection de 1 c. c. 1/3 de sérum. — A 3 h. injection de 1 c. c. 1/3. Même état. Le 16 oct., tétanos généralisé. Mort le soir à 7 h. N° III. — Poids 15 gr. Début du tétanos le 4 e jour. Le 15 oct., gêne des pattes postérieures. Injection à 8 h. 30 de 1 c. c. 1/3 de sérum; à 3 h., injection de 1 c. c. 1/3. Rigidité des deux pattes postérieures. Le 16., tétanos généralisé, animal couché, respirant mal. Le 17, même état. Mort à midi. N° IV. — Poids 17 gr. Début du tétanos 6 e jour. Le 15 au matin, gêne des pattes. Commencement de rigidité. 8 h. 30, injection de 1 c. c. 1/3 de sérum. — A 3 h., injection de 1 c. c. 1/3. — Rigidité marquée de la patte gauche. Mort dans la nuit du 15 au 16. N° V. — Poids 17 gr. Début du tétanos le 4 e jour. Le 15 au matin, affais- sement de r arrière-train. Gène de la patte postérieure gauche. Rigidité de la patte droite. 8 h. 30, injection de 1 c. c. 1/3 de sérum. — A3 h., injec- tion de 1 c. c. 1/3. Contracture commençante de la patte gauche. Le 16 au matin, tétanos généralisé. Mort le soir à 7 h. N° VI. — Poids 15 gr. Début du tétanos le 4 e jour. — 15 oct. au matin. Affaissement du train postérieur, gène dans les deux pattes. 8 h. 30, injection de 1 c. c. 1/3 de sérum. 3 h., injection de 1 c. c. 1/3. Rigidité complète de la patte droite. Contracture commençante de la patte gauche. Mort à 6 h. 40 du soir. N° VIL — Poids 13 gr. Début du tétanos le 4 e jour. — 15 oct. au matin patte droite libre, patte gauche un peu raide. 8 h. 30. injection de 1 c. c. 1/3. 3 h., injection de 1 c. c. 1/3. Rigidité en extension de la patte gauche, gêne très marquée de la patte droite. Mort dans la nuit du 15 au 16. N° VIII. — Poids 17 gr. Début du tétanos le 4 8 jour. — Le 15 oct.au matin, gêne des pattes postérieures, surtout à gauche. 8 h. 30, injection de I c. c. 1/3 de sérum. 3 h., injection de 1 c. c. 1/3. Rigidité de la patte gauche. Con- tracture commençante à droite. Mort dans la nuit du 15 au 16. N° IX. — Poids 15 gr. Début du tétanos le 4 e jour. — Le 15 oct. au matin, gêne à peine sensible dans le train postérieur. Un peu d'écartement des pattes. 8 h. 30, injection de 1 c. c. 1/3 de sérum; à 3 h., injection de 1 c. c. 1/3. Gêne marquée des pattes postérieures. Mort dans la nuit du 15 au 16. N° X. — Poids 15 gr. Début du tétanos le 5 e jour. — Le 16 au malin, aucun symptôme A 1 h. 30, légère raideur de la patte postérieure droite, aussitôt injection de 1 ce. 1/3; à 6 h., injection de 2 c. c. de sérum. Rigidité de la patte postérieure droite. 17 au matin, rigidité de la patte postérieure gauche, crises convulsives; à 8 h. 30, injection de 1 c. c. 1/3; 5 h., injection de 1 c. c. 1/3. Rigidité de deux pattes. CONTRIBUTION A L'ÉTUDE DU TÉTANOS. 113 18 au matin, tétanos généralisé. .Mort le soir à 7 h. N° XI. — Poids 17 gr. Début du tétanos le 7 e jour, comme le témoin IV. Le 17 au matin, légère asymétrie des pattes postérieures quand la souris est suspendue par la queue. Pas de gène pendant la marche. Aussitôt, à 9 h. du malin, on injecte 2 c. c. 1/4 de sérum; à 5 h., 1 c. c. 1/3. Un peu d'écartement des pattes. Le 18 oct., gène dans les mouvements des pattes, surtout à gauche. — 10 h., injection de 1 c. c. 1/2 de sérum. — 6 h., injection de 1 c. c. 1/3. Commencement de rigidité de la patte gauche. Le 19 oct., même état. Le tétanos n'a pas progressé. Le 20 oct., même état jusqu'au 26 octobre. Le 2 nov., retour à l'état normal. Le 22 déc, on injecte à cette souris 1/1400 de c. c. de toxine, à la base de la queue. Le 24 déc, redressement de la queue. Le 25 déc, gêne des pattes postérieures. Le 26 déc, rigidité de la patte droite. Mort dans la nuit du 26 au 27. Un mois et 20 jours après la guérison, cette souris n'a pas l'immunité. Expérience du 27 octobre 1892. — Le sérum employé est du sérum de lapin : son pouvoir immunisant est de un million. 14 souris sont infectées comme les précédentes, le 27 oct., de 5 à 6 h. du soir. 12 souris seulement prennent le tétanos. A mesure que les souris sont prises, une est traitée, l'autre est gardée comme témoin. Souris témoins. N° l. — Poids 14 gr. Début du tétanos 3 e jour. Le 30 à 4 h. soir, asymétrie des pattes postérieures. — Le 31 au matin, redressement de la queue. Rigidité commençante de la patte droite. 6 h. du soir, rigidité complète de la patte droite. Mort dans la nuit du 31 oct. au 1 er nov. N° II. — Poids 13 gr. Début du tétanos le 4 e jour. Le 31 oct. à 8 h. du matin, asymétrie des pattes postérieures, qui sont légèrement écartées pendant la marche. 6 h. soir, affaissement du train postérieur: Raideur commençante des pattes. — l rr nov., rigidité complète des pattes, crises convulsives le soir. Tétanos généralisé. Mort dans la nuit. N° III. — Poids 19 gr. Début du tétanos le 4 e jour. Le 31 oct. vers 3 h., redressement de la queue, un peu d'asymétrie des pattes postérieures, gêne de la patte droite. — 1 er nov., rigidité de la patte gauche, contracture com- mençante de la patte droite. Le soir à 4 h., rigidité des deux pattes posté- rieures. — 2 nov., tétanos généralisé. Mort à 3 h. N° IV. — Poids 15 gr. Début du tétanos le 5 e jour. Le 1 er nov. au matin, rigidité de la patte postérieure gauche. Le soir, contracture des deux pattes. Mort dans la nuit. N° V. — Poids 15 gr. Début du tétanos le 5" jour. Le 1 er nov. au matin, redressement de la queue, gêne des mouvements des pattes postérieures. Le soir, gêne plus marquée, pas encore de rigidité. — 2 nov., tétanos com- plet des deux pattes postérieures. Mort à 4 h. N° VI. — Poids 24 gr. Début du tétanos le 6 e jour. Le 1 er nov., dans la soirée, léger écartement des pattes postérieures. — Le 2 nov., affaissement 8 114 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. du train postérieur, écarlement plus prononcé des pattes pendant la marche. Le soir, redressement de la queue. — Le 3 nov., même état. — Le -4 nov., rigidité des pattes postérieures. — Le S nov., l'animal est très malade. Mort à 4 h. Souris traitées. — N° I. Poids 13 gr. Début du tétanos le 3 e jour. Le 30 oct. à midi, rien d'anormal. Le même jour à 2 heures, il paraît exister un peu d'asymétrie des pattes postérieures lorsque l'animal est suspendu par la queue, la marche est normale, la queue non redressée. A 3 h. 30, injection de 1 c. c. 1/3 : à h. 30, injection de 1 c. c. 1/2 de sérum. Gêne un peu plus marquée de la patte droite. 31 oct., 8 h. matin, redressement de la queue. Rigidité de la patte droite, injection de 1 c. c. 1/3. A 1 h. 30, injection de I c. c. 1/3. A G h. soir, gène marquée de la patte gauche. 1 er nov.. rigidité commençante de la patte gauche. Soir, rigidité complète des deux pattes. 2 nov., même état. 3 nov., le tétanos n'a pas progressé. Les deux pattes postérieures sont renversées sur le dos. 7 nov., même état. 20 nov., les pattes postérieures sont moins rigides. 25 nov., amélioration, les pattes sont toujours entrecroisées. 29 nov., même état. Mort dans la suite du 30 nov. au 1 er déc. N° II. — Poids 20 gr. Début du tétanos le 4 e jour. Le 31 oct. au matin, redressement de la queue et asymétrie très légère des pattes postérieures pendant la suspension. Aucune gêne de la marche. A 8 h. 30, injection de 1 c. c. 1/3 ; 1 h. 30, injection de 1 c. c. 1/3 ; 5 h. 30, injection de 1 c c. 1/3. Le soir, gêne marquée de la marche. — Le 1 er nov., rigidité de la patte posté- rieure gauche, crises convulsives. Mort à 9 h. 20 du matin, dans une crise convulsive au moment où on prend la souris pour lui injecter du sérum. N° III. — Poids 20 gr. Début du tétanos le 4 e jour. Le 31 oct. à 8 h. du matin, redressement de la queue, un peu de gêne de la patte gauche pendant la marche. Injection de 1 c. c. 1/3 de sérum ; 1 h. 30, injection de 1 c. c. 1/3; 5 h. 30, injection de 1 c. c. 1/3. Le soir, rigidité commençante de la patte gauche. Le 1 er nov., affaissement du train postérieur. Rigidité complète de la patte gauche, gène de la patte droite. A 8 h. 30, injection de 1 c. c. 1/3 de sérum. Le soir, rigidité complète des pattes postérieures. Le 2 nov., tétanos généralisé, mort le soir à 4 heures. N° IV. — Poids 23 gr. Début du tétanos le 4 e jour. Le 31 oct. à 2 h., rien d'anormal : le même jour à 5 h., on constate un peu d'asymétrie des pattes postérieures pendant la suspension et une gène très légère de la patte gftuche pendant la marche. 5 h. 15, injection de 1 c. c. 1/3 de sérum. Le 1 er nov. au matin, rigidité de la patte gauche, la patte droite com- mence à se raidir. 9 h., injection de 2 c. c; 4 h , injection de 1 c. c. 1/3. Le soir, rigidité de la patte droite. Mort dans la nuit. N° V. — Poids 17 gr. Début du tétanos le 5 e jour. Le 1 er nov. à 8 h. 30, CONTRIBUTION A L'ETUDE DU TÉTANOS. II". rigidité de la patte postérieure gauche, rien à la patte droite; injection de 2 c. c. de sérum; à l h. injection de 2 c. c. Le soir, rigidité complète de la patte gauche; rien à droite. - - 2 nov. au matin, gène très marquée de la pattefdroite. A S h., injection de 1 c. c. de sérum; S h., injection de 1 c. e. 1/3 de sérum. Le soir, rigidité des deux pattes. Mort dans la nuit. i\° VI. — Poids 17 gr. Début du tétanos le 5« jour. Le 13 nov. à 8 h. 30, redressement de la queue, écartement des pattes postérieures pendant la marche. 9 h., injection de 2 c. c. de sérum; 4 h., injection de 2 c. c. de sérum. Le soir, gêne marquée dans les mouvements des pattes de derrière. — Le 2 nov. au matin, rigidité des pattes postérieures. A 8 h., injection de I c. c. 1/3 de sérum: 5 h., injection de 1 c. c. 1/3. Le soir, l'animal est très affaissé, contracture des membres postérieurs. Mort à 6 h. 45. 2° EXPÉRIENCES SUR LES COB'AYES. Expérience du I er nov. 1892. — Dix cobayes reçoivent sous la peau du dos, vers la racine de la cuisse gauche, une écharde de bois de 1 c. de long, non stérilisée au préalable, imprégnée de spores tétaniques chauffées à 80° pendant 3 heures, puis desséchées La plaie est fermée avec un peu de collo- dion. L'opération est faite entre 5 h. et 6 h. du soir. Trois cobayes seront traités, trois serviront de témoins. Les traités et les témoins sont désignés alternativement, au fur et à mesure que les animaux deviennent tétaniques. Le sérum employé provient d'un cheval, il a un pouvoir immunisant de dix millions. Cobayes témoins. N° I. — Poids 305 gr. Début du tétanos le 5 e jour. Le 6 nov. dans l'après-midi, on remarque que la patte droite de derrière est un peu déjetée en dehors pendant la marche et plus traînante que l'autre; elle ne présente ni raideur, ni changement appréciable pendant le repos — Le 7 nov., même état. — Le 8 nov., la patte est plus déjetée en dehors que la veille, avec tendance à l'extension. Tension des muscles abdominaux. Le soir, rigidité du tronc, rigidité commençante des pattes antérieures. Mort dans la nuit du 8 au 9. N° II. — Poids 284 gr. Début du tétanos le G° jour. Le 6 nov., la patte postérieure gauche est moins agile. — Le 7 nov., gène très légère de la patte gauche. — Le 8 nov., la patte gauche, déjetée en dehors, traîne un peu pendant la marche. — Le 9 nov., raideur de la patte gauche. — Le 10 nov., patte gauche en extension complète. Mort dans la nuit du 10 au 11. N° III. — Poids 348 gr. Début du tétanos le 7 e jour. Le 8 nov. au matin, patte postérieure gauche déjetée en dehors, traînante pendant la marche, pas de raideur. — Le 9 nov., très légère raideur des muscles de la patte gauche. — Le 10 nov., patte gauche en demi-extension. — Le 1 1 nov., patte gauche en extension complète et rigide. — Le 12 nov., raideur du tronc, rigidité commençante des pattes antérieures. Mort à 4 h. N° IV. — Poids 280 gr. Début du tétanos le 10 e jour. Le 10 nov. au soir, la patte gauche de derrière est moins agile que la droite et traîne un peu pendant la marche. — Le 11 au matin, mômes symptômes que la veille, plus accusés. — Le 12 nov., la patte gauche est écartée du tronc sans raideur. H 6 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Même état le 13. le 14 et le 15. — Le 16., patte gauche toujours en abduc- tion avec légère extension. — Le 17., raideur du tronc et de la paroi abdo- minale. Mort dans la nuit. N° V. — Poids 405 gr. Début du tétanos le 11 e jour. Le 12 nov., la patte postérieure gauche est moins agile que la droite. — Le 13 nov., elle est légèrement déjetée en dehors pendant la marche. — Le 14 nov., la patte gauche commence à se placer en extension. — Le 15 nov., elle traîne un peu sur le sol. — Le 16 nov., extension presque complète. — Le 17 nov.. raideur du tronc et des muscles' abdominaux. Mort à 6 heures. Le sang de ces cobayes ne présente au moment de la mort aucun pouvoir antitoxique. Cobayes traités. N° I. — Poids 485 gr. Début du tétanos le 4 e jour. Le 5 nov. au matin, la patte postérieure gauche commence à se placer en extension, sans raideur bien marquée. 9 h 20, injection de 11 c. c. de sérum, dans le péritoine. Du sang est extrait 30 minutes après l'injection, il est antitoxique à raison de 10 parties de sang pour une partie de toxine. Du sang extrait une heure après l'injection est antitoxique à raison de 6 parties de sang pour une de toxine. Ce sang n'immunise pas un cobaye de 175 gr. a la dose de 1/8 de c. c Du sang extrait deux heures après l'injection est antitoxique à raison de 3 parties du sang pour une de toxine. Il immunise un cobaye de 193 gr. à la dose de 1/8 de ce. — 4 h. 30- Deuxième injection dans le péritoine de 12 c. c. de sérum. Du sang extrait 30 minutes après cette seconde injection est antitoxique à raison de 3 parties pour une de toxine. — Le 6 nov., rigidité en extension des deux pattes pos- térieures, crises convulsives, gène respiratoire. Mort à 10 h. 15. Autopsie. — Pas de liquide dans le péritoine. Pas de microbes dans le sang, ni dans la pulpe des organes. Le sang recueilli dans le corps est antitoxique à raison de une partie de sang pour une partie de toxine. 11 immunise un cobaye de 260 gr. à la dose de 1/4 de c. c. N° IL — Poids 395 gr. Début du tétanos le 4 e jour. Le 5 nov. à midi, rien d'anormal; le même jour à 3 h., il semble que la patte gauche est moins habile que la droite pendant la marche; elle reste simplement un peu en retard quand l'animal court, d'ailleurs pas de raideur. 3 h. 15, injection dans le péritoine de 12 c. c. de sérum. — 6 nov. La patte gauche est déjetée en dehors et commence à se placer en extension. 10 h., injection dans le péri- toine de 12 c. c. de sérum. — 7 nov. Rigidité de la patte en extension. — 8 nov. Même état, qui persiste jusqu'au 20 nov. A cette date, toujours rigidité de la patte qui est en extension complète. — Le 21 nov., le cobaye est couché sur le flanc, les membres raidis et agités de secousses convulsives : respira- tion précipitée. Mort à 8 h. 35, 17 jours après le début. Autopsie. — Aucune lésion ni dans le péritoine, ni dans les organes. L'écharde est entourée d'une gaine blanchâtre formée de leucocytes. On y voit au microscope des microcoques et des bâtonnets semblables à ceux du tétanos. Du sang recueilli dans le cœur après la mort, et de la pulpe des organes, sont ensemencés et ne donnent pas de culture. Le sang de ce cobaye a été examiné à plusieurs reprises au point de vue de sa propriété antitoxique. Du sang, recueilli 30 minutes après la première CONTRIBUTION A L'ÉTUDE DU TÉTANOS. 117 injection de 12 c. c. do sérum clans le péritoine, le 6 nov., est antitoxique à raison de 15 parties pour une de toxine. Le sang recueilli 43 minutes après est antitoxique à raison de 12 parties pour une de toxine. Le sang recueilli 1 h. 30 après est antitoxique à raison de grandes quantités de sérum d'une autre espèce. Le sang puisé dans le cœur est antitoxique à raison de 8 parties de sang pour I de toxine. A la dose de 1/5 de c. c, il immunise une souris de 15 gr. Le liquide amniotique n'est pas anlitoxiqtie à la dose de 5 parties pour une de toxine, ni prévent if à la dose de 1 c. c. 1/3, pour une souris de 15 gr. 13 janvier. — Le mouton non traité succombe en opisthotonos extrême- ment prononcé. Son sang tétanise une souris à la dose de 1 c. c. 2° 1 i janvier. — Deux moutons vigoureux pesant environ 40 kil. chacun, reçoivent sous la peau de l'extrémité de la queue, qui est très longue, une écharde préparée comme ci-dessus. L'opération est faite aseptiquement. Le 26 janvier, au matin, un des moulons, qui la veille encore n'avait rien d'anormal, présente des signes de tétanos, gène du train postérieur, tris- îims très accusé. La queue est amputée ta 15 centimètres au-dessus du point inoculé, et l'animal reçoit, en injections sous-cutanées répétées toutes les heures, 20 c. c. de sérum antitoxique; il reçoit au total 160 c. c. Il est placé dans une écurie obscure et silencieuse; toutes les heures on lui fait ingérer du lait antitoxique et chaque matin on lui donne un petit lavement purgatif. 11 meurt en opisthotonos le 30 janvier. 20 janvier. — Le mouton témoin est tétanique. Raideur des membres postérieurs; pas de trismus. Aussitôt la queue est amputée à 20 centimètres au-dessus du point inoculé. L'animal est mis dans une écurie à l'abri de la lumière et du bruit. ■4 février. — Il meurt en opisthotonos très accusé. Le sérum employé dans ces deux expériences avait un pouvoir immuni- sant de dix millions. OBSERVATIONS DE TÉTANOS HUMAIN. (Traitement par le sérum antitoxique.) Observation I. — Service de M. le professeur Grancher à l'hôpital des Enfants-Malades. — Observation, recueillie par M.Renault, interne. — Gerf..., Daniel, 11 ans, s'est fait extraire deux dents, le 27 juin. Le 12 juillet, il se plaint de difficultés pour mâcher. — Le 13, la mastication est très difficile; l'enfant se plaint de douleurs àl'épigastre et dans le dos. Un médecin appelé administre un purgatif. — Le 14, mastication impossible; les dents sont serrées, le malade ne prend que du lait et du bouillon. — Le 15, les dents sont serrées, la tète enfoncée dans les épaules, raideur générale de la partie supérieure du corps; d'heure en heure il est pris de spasmes dou- loureux des muscles du cou, de la mâchoire et du tronc. Dans l'intervalle de ces spasmes, dont la durée ne dépasse pas quelques secondes, l'enfant joue et reste gai. — Le 16, les spasmes reviennent plus fréquemment D'après les parents, la respiration se faisait normalement. Le 18, entrée à l'hôpital. La tête est renversée en arrière, les mâchoires sont serrées. La contracture porte sur les muscles de la nuque, les masse- ters, les sterno-cleido-mastoïdiens, le grand pectoral. Elle est permanente; elle s'exagère quand l'enfant marche ou fait des mouvements; la dégluti- 124 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. tion est impossible. Les membres inférieurs et les bras ne sont pas atteints. Toutes les 40 à 15 minutes, spasmes des muscles contractures, respiration fréquente, pouls rapide. Température rectale, 37°,4. Aucune trace de bles- sure récente ou ancienne; on ne trouve comme traumatisme que l'ablation des dents faite le 27 juin. — Lavement avec hydrate de chloral, 3 gr. Le 19, la nuit a été calme; à une heure de l'après-midi, contracture subite des muscles du cou, des masséters, des muscles du thorax; la respi- ration est arrêtée, la face devient violette, il se fait de loin en loin une ins- piration pénible, puis le spasme cesse et la respiration se rétablit. — A 3 heures, même crise, anxiété extrême, cris et mouvements exprimant l'angoisse. Les spasmes ne portent que sur les muscles contractures d'une façon permanente, c'est-à-dire sur les muscles des mâchoires, du cou, du thorax, des lombes, de l'abdomen. — Les membres sont souples. Selles et mictions involontaires, fausse érection. Jusqu'à minuit, il y a six crises semblables durant une minute environ. — A 4 heures du soir, on injecte, dans le tissu cellulaire sous-cutané, à l'abdomen, 21 c. c. de sérum anti- toxique. A dix heures du soir, on injecte à la cuisse gauche 23 c. c. de sang de lapin défibriné. Soit dans la journée 46 c. c. — Température rectale : matin, 37°. 4; à 4 heures, aussitôt après l'injection: 37°, 4; à 9 heures du soir, température axillaire, 39°, 2; à 10 heures, 38°,2; à 11 heures, 38°, 2. — On a renoncé à prendre la température rectale parce qu'on provoque des crises. — Lavement avec 4 grammes de chloral. Le 20, de minuit à minuit, 16 crises convulsives, survenant à l'occasion d'un mouvement quelconque; dans l'intervalle, le malade est calme; il demande même à jouer; l'intelligence est absolument conservée; quand le malade essaie de boire, il a des spasmes violents qui rendent toute alimen- tation impossible. A 9 heures 1/2 du matin, injection à la cuisse droite de 23 c. c. de sérum; à 5 heures 1/2, injection sous la peau de l'abdomen de 30 c. c. de sang défibriné, soit dans la journée 53 c. c. Température axil- laire le matin, 38°,4; le soir, 38°,4. Le 21, la nuit a été plus calme, les crises moins fréquentes, moins vio- lentes et moins longues. Le malade est moins abattu, les yeux sont cernés, mais le regard est vif. — Pouls, 184. Respiration, 60. A 10 h. 1/2 du malin, injection à la cuisse gauche de 24 c. c. de sang défibriné; à 10 heures du soir, nouvelle injection de 24 c. c. de sang défibriné, soit dans la journée 48 c. c. — Température à 8 h. du matin, 38°; à 11 h. 1/2, 38o. Le soir à 8 heures, 37°,4; à 10 heures, 37°,4. A partir de 10 heures du soir, l'état de l'enfant devient presque subite- ment très mauvais, la respiration est courte, l'asphyxie commence; dans la nuit elle augmente et la mort survient dans une crise. L'autopsie n'a pu être faite. Le sérum et le sang défibriné employés provenaient de lapins immunisés et leur pouvoir immunisant a varié de 200,000 à 500,000. En résumé, l'incubation du tétanos a été de 15 jours, la durée de la maladie de 6 jours; le traitement a été commencé le quatrième jour de la maladie. La quantité de sérum injectée a été considérable (147 c. c), étant donné le faible poids de l'enfant. CONTRIBUTION A L'ÉTUDE DU TÉTANOS. 125 Dans ce cas, bien que les premiers symptômes n'aient apparu que le quinzième jour après le traumatisme, la marche de la maladie a été rapide et le traitement tardif. Une amélioration avait semblé se produire après les quatre premières injections; elle n'a pas duré. Obscrnition II. — Service de M. Polaillon, hôpital de lu Pitié, recueillie pur M. Martin, interne. — M... Eugène, âgé de 43 ans, a reçu, le 14 juillet 1892, un éclat de pétard qui a produit à la région moyenne de la cuisse droite, partie externe, une plaie arrondie d'un centimètre et demi de diamètre. Dans la plaie on a trouvé de nombreux corps étrangers qui ont été extraits immé- diatement. Le malade a été soigné et pansé chez lui. Le 22 juillet, il commence à avoir de la raideur des mâchoires et des crampes dans le membre blessé. Un médecin prescrit du chloral, du bromure de potassium, des inhalations de chloroforme. La maladie ne s'améliorant pas, M est conduit à l'hôpital le 25 juillet. Il a du trismus, delà raideur des muscles de la nuque, il éprouve de la difficulté à avaler. La température est de 36°,6. 26 juillet. — H y a de la contracture des membres inférieurs, la temp. est à G h. du matin de 36°, 8, et à 8 h. de 37°, fi. La plaie présente un fond irrégulier, purulent, des bords enflammés entourés d'une zone rouge de 3centimètres d'étendue, qui simule une plaque d'érysipèle. M. Polaillon excise la plaie et la zone enflammée. Le même jour à 3 h., on injecte dans le tissu cellulaire sous-cutané 46 c. c. d'un sérum dont le pouvoir immunisant est trois cent mille. Avant l'injection la temp. est de 37, °4; le soir à 9 h. elle est de 38°,4. Pouls 112. Respirât. 30. On fait alors une deuxième injection de 46 c. c. Soit dans la journée 92 c. c. L'état du malade s'est aggravé, la contracture a gagné les muscles du tronc du côté blessé et les muscles droits de l'abdomen. Il y a de l'hyperesthésie du côté droit : si on pince la peau de ce côté on provoque des spasmes. 27 juillet. — Temp. mat. 38°, 6, le malade a du pleurosthotonos. A 11 h., on injecte 16 c. c. de sérum. Vers le milieu de la journée l'hyperes- thésie s'étend au côté gauche, l'agitation du malade est grande Des sueurs abondantes durent jusqu'au soir. A 2 h. la temp. est de 39°,4. A 8 h. du soir il répond à peine aux questions, son anxiété est extrême; la température axillaire est de 39°, 2, la température rectale de 42°, 0, le pouls est incomptable, irrégulier, intermittent; il y a 48 respirations par minute. Au moment de la mort, à 8 h. 1/2 du soir, la temp. axillaire est de 39°,4, la temp. rectale de 42°. 2. Un fragment de la plaie a été inséré sous la peau d'un cobaye qui n'a pas pris le tétanos. Au microscope on n'a pas trouvé de bacilles tétaniques dans le pus, on n'a pas isolé de bacilles tétaniques en faisant des cultures anaérobii'S. En résumé, l'incubation du tétanos a été de 8 jours; la durée de la maladie de 5 jours; le traitement a été commencé le quatrième jour de la maladie. La quantité du sérum injectée a été de 108 c. c. Une heure avant la mort le sang était antitoxique, à raison de quinze parties de sang pour une de toxine. L'injection de 108 c. c. de sérum à cet homme grand et fort avaient suffi non seulement à faire disparaître toute 12G ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. trace de toxine du sang, mais encore à donner à celui-ci un pouvoir anti- toxique notable. Observation III. Recueillie par M. le D r Morax, de Marges (Suisse), et Morax fils, interne des hôpitaux de Paris. — Rohm, âgé de 15 ans 172', manœuvre dans une tuilerie, a la main droite prise dans l'engrenage d'une machine à broyer l'argile, le 5 août à h. du soir. Quatre doigts sont broyés, le pouce n'est pas atteint. Il est aussitôt conduit à Morges où il reçoit les soins de MM. les D r Morax et Soutter. La plaie est régularisée, désinfectée avec le sublfméet pansée à l'iodoforme. Les lambeaux ont été réunis par des sutures profondes et des sutures superficielles. La graisse et la terre qui souillaient les parties blessées rendaient la désinfection très difficile. Le soir, la temp. atteint 39°. 4. Le malade entre à l'infirmerie de Morges le août : la plaie suppure abondamment; on enlève les sutures et on fait un pansement au sublimé : deux fois par jour on donne des bains de bras d'une heure dans la solution de sublimé. Malgré ce traitement il se produit de la lymphangite, de la tuméfaction de l'avant-bras, et la suppuration continue. A la limite des lambeaux, il se fait une escarre superficielle qui circonvient la plaie. La temp. est de 39° le soir, le teint est terreux, le bras douloureux. Insomnie. Dans la nuit du 10 au 11 août, le malade éprouve de la gène au niveau du pharynx. Il se plaint de s'être mordu la langue et bientôt il éprouve de la difficulté à ouvrir la bouche. Le lendemain, 11 août, le trismus est prononcé, la contracture envahit les muscles de la face qui prend l'expression du rire sardonique, et du cou qui est en extension : la tète ne se fléchit plus. A 10 h. du matin, les muscles du dos sont contractés; la déglutition est très gênée, le trismus ne permet pas le passage de la langue. La plaie a mauvais aspect, une fusée purulente suit le tendon de l'extenseur de l'index, on incise ce foyer et on pratique à la périphérie et au centre de la plaie des cautérisations profondes au thermo- cautère. Les bains de sublimé sont renouvelés G fois dans la journée, le soir la temp. est de 3,8. Le pouls bat 92 fois à la minute. La douleur du bras est moins forte. Chloral en lavements. 12 août. — Dans la nuit du II au 12 surviennent des contractures qui raidissent le tronc et les membres. Les grandes crises sont assez nombreuses; dans leur intervalle, le malade a fréquemment de petites secousses spasmo- diques des muscles de la face et du cou. Le matin, temp. 37°,8. Pouls 92. Respiration 21. A 3 heures, temp. 4. Respiration très rapide 70. Sueurs profuses. Plus de grandes crises, spasmes fréquents des muscles de la face. A 7 heures, nouvelle injection de 10 c. c. de sérum dans le tissu cellulaire du bras droit. A 9 heures, temp. 40", 2. Pouls 120 CONTRIBUTION A L'ÉTUDE DU TÉTANOS. 127 Respiration .'m. Les contractures persistent. La mort arrive à 4h. du malin. En résumé : L'incubation a été de 5 jours; la durée de la maladie de deux jours, le traitement a été commencé 12 h. avant la mort; la quantité de sérum injecté a été de 20 c. c. dont 10 e. c. dans une veine. Le pouvoir immunisant du sérum était de un million. Observation / V. — Service . Le 21, la température est encore à 39° le matin et 38°,7 le soir. Le 22, 37°,8 et38°,5. Le 23, au matin (temp. : 38°, 3), nouvelle injection sous-cutanée de 80 c. c. de toxine. Aucun symptôme, sinon de la fièvre, mesurée, le soir, par 39°,4. Le 24, la température est à 38», 9 le matin, à 38°,5 le soir. Le 23, 38», 1 et 38°,4. Jusqu'au 7 décembre, tout reste normal. Ce jour-là, à 9 heures (temp. : 37°,3), on injecte, dans la jugulaire, 250 c c de toxine. Presque aussitôt. 140 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. l'animal est couvert de sueur; il est comme secoué par de violents tremble- ments; il est très abattu; il trépigne, fait des efforts expulsifs et les ma- tières deviennent rapidement liquides; à midi, la température estài0°,3; le soir, l'animal est toujours triste; il n'a mangé qu'à peine; la température est à 40°,2. Le 8 décembre, la vacbe a repris sa gaîté et son appétit; elle a encore uu peu de diarrhée. Temp. : 38°,8. Le 16 décembre, nouvelle injection intraveineuse de 300 c. c. de toxine. Les mêmes phénomènes se reproduisent, mais beaucoup moins accusés : sueurs, tremblements, diarrhée ; la température s'élève de 38°,4 à 40°. Le 17, tout est rentré dans l'ordre. Temp. : 38°,6. Le 14 janvier 1893, nouvelle injection intraveineuse de 250 c. c. de toxine. Réaction bien moins intense que précédemment. La température, de 38°,2, ne s'élève qu'à 39°,8. Le 24 janvier, à 9 heures, dernière injection intraveineuse de 280 c. c.de toxine. Réaction presque nulle : de 38°, 4, la température s'élève, à 2 heures, à 39°,3, et, le soir, à 6 heures, elle n'est plus que de 38°,9; l'animal n'a pas cessé de manger. Le lait, à la traite du 30 novembre est antitoxique à raison d'une partie de lait pour une toxine, on n'a pas essayé d'autres proportions. ÉTUDE SUR LES RÉSULTATS DE L'ASSOCIATION DU STKEPTOOOQUE ET DU BACILLE TYPHIQUE CHEZ L'HOMME ET CHEZ LES ANIMAUX Par M. H. VINCENT Aide-major de l r0 classe (Laboratoire de Bactériologie de l'Hôpital militaire du Dey, à Alger). I Le pronostic et la marche de la fièvre typhoïde sont subor- donnés à des conditions complexes dont le mécanisme intime déroute assez souvent les prévisions cliniques du médecin. On voit, en effet, le malade succomber assez souvent sans que l'au- topsie justifie, par l'abondance de l'éruption intestinale, par l'ensemble des complications viscérales ou autres, ce mode de terminaison de la maladie. On incrimine alors, non sans quelque apparence de raison, soit une virulence exception- nelle du microbe typhique, soit la faiblesse de l'organisme qui en a été la proie ; mais cette double hypothèse ne saurait être généralisée à tous les cas. Elle ne cadre pas, en particulier, avec certains faits épidémiques étudiés dans un milieu qui se prête admirablement à l'observation, dans les casernes, où l'on voit des sujets très vigoureux succomber rapidement aux atteintes de la fièvre typhoïde, alors que d'autres, beaucoup moins robustes, et soumis, d'ailleurs, aux mêmes conditions d'habitat, de nour- riture, d'occupations journalières — et aussi d'infection — ne présentent que des manifestations moins sévères du même pro- cessus. 11 y aurait donc, semble-t-il, un certain intérêt à déterminer quelles règles président à des particularités morbides si insai- 14-2 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. sissables dans leurs causes, si dissemblables dans leurs effets, et s'il n'entre pas quelquefois en jeu un nouveau facteur de gravité dont l'intervention tantôt manifeste, tantôt dissimulée, imprime à la maladie une allure aussi funeste. L'association éventuelle d'un antre microbe avec celui de la fièvre typhoïde est peut-être susceptible de fournir l'interpré- tation de quelques-uns de ces cas anormaux. Le développement simultané de plusieurs germes pathogènes chez le même individu a été déjà signalé dans un certain nombre d'affections : la tuberculose pulmonaire (R. Koch, Babès) ; l'infection purulente (Rosenbach), la syphilis infantile avec fièvre septique (Hochsinger, Doulrelepont, Ghosten), la scarla- tine ( Marie Raskina), etc.. Dans certaines maladies mêmes, comme le tétanos, l'infection de l'individu exige, ainsi que M. Vaillard et nous-mème l'avons établi, diverses conditions parmi lesquelles les phénomènes de symbiose microbienne, l'addi- tion d'organismes adjuvants au bacille de Nicolaïer jouent un rôle prédominant. Or il existe aussi, ainsi que je vais essayer de le montrer, un certain nombre de cas dans lesquels la mort des sujets atteints de fièvre typhoïde est justiciable de l'empoisonnement total et simultané de l'économie par un second microbe associé au bacille d'Eberth. Dans une communication faite à la Société Médicale des Hôpitaux (13 novembre 1801), j'ai signalé la fré- quence relative, chez l'homme, de l'infection mixte parle strepto- coque et le bacille typhique, en insistant sur la gravité toute spéciale des symptômes qu'elle détermine. Aux cinq cas déjà observés d'infection combinée parles deux microorganismes est venu s'ajouter récemment un nouvel exemple, dans lequel le malade atteint d'une dothiénentérie de moyenne intensité, a été brusquement emporté à la suite d'une angine en apparence légère causée par le streptocoque. Les expériences qui ont été pratiquées sur les animaux ont confirmé la virulence exceptionnelle de la symbiose strepto-typhique, et ce travail résume l'ensemble des résultats fournis par l'étude bactériologique de cette association parasitaire chez l'homme et les animaux. STREPTOCOQUE ET BACJLLE TYPIIIQUE. 143 II INFECTION MIXTE CHEZ L'HOMME. Si l'on songe combien sonl nombreux, dans la dothiénen- térie, les facteurs d'épuisement de l'organisme : empoisonne- ment microbien, dépenses vitales amenées par la fièvre, diarrhée, défaut d'alimentation, toutes causes qui affaiblissent déjà consi- dérablement la résistance du malade vis-à-vis des agents 'des infections secondaires, on ne peut être surpris de la fréquence d'une association microbienne intercurrente, telle que celle du streptocoque, dans le cours de la propathie typhoïdique. La pénétration des germes secondaires, dans un organisme déjà défaillant et vicié, est facilitée par les ulcérations des plaques de Peyer, qui sont autant de portes d'entrée ouvertes aux microbes infectieux habitant le tube digestif. Sur 31 autopsies de lièvre typhoïde, 6 fois les ensemence- ments et les examens bactériologiques ont permis de rencontrer, dans les organes, le streptocoque mélangé au bacille typhique. Bien qu'ils aient manifesté une égale gravité d'allure, ces cas n'ont cependant pas offert une même pathogénie et doivent être divisés en deux groupes distincts. Dans l'un, qui comprend les exemples les plus nombreux, le streptocoque est intervenu dans le cours même de la maladie, sur un organisme déjà typbisé : il s'agit d'une association microbienne secondaire. Dans l'autre il y a eu, au contraire, infection mixte primitive ou d'emblée. Les signes qui ont accompagné ces divers modes d'infection, la physionomie que prend la manifestation morbide dès le début de l'envahissement microbien, enfin les lésions mêmes observées dans l'un et l'autre cas présentent, d'ailleurs, malgré un abou- tissant commun qui est la mort, une certaine dillerence qui ressortira suffisamment de la brève relation de chaque cas. Avant d'entrer, en effet, dans l'exposé de ces recherches, qui ont pour point de départ un certain nombre d'observations recueillies au lit du malade et à la table d'autopsie, nous devons fournir une énumération succincte des cas qu'il nous a été donné d'étudier : l'expérimentation, non moins que les examens bacté- riologiques ne peuvent, en effet, être séparés des faits cliniques dont ils procèdent. Dans le cas actuel les uns et les autres 144 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. se prêtent, par le rapprochement, une mutuelle lumière. Pour la recherche et l'isolement du streptocoque dans les viscères et le sang- des sujets morts de fièvre typhoïde, le procédé des cultures sur plaques, de Koch, ne pouvait être utilisé. S'il est vrai, en effet, qu'un grand nombre de bactéries, en particu- lier le bacille d'Eberth, se développent parfaitement dans ces conditions, d'autres microbes, et le streptocoque est de ce nombre, ne peuvent se multiplier favorablement qu'à une tem- pérature comprise entre 30° et 38°, à laquelle ne se prête pas le mode de culture en g-élatine. Il a donc été procédé de la manière suivante. La prise du sang - du cœur, celle de la pulpe des viscères ont été faites tou- jours à une période aussi rapprochée que possible de la mort. Après cautérisation de la surface des organes, on a aspiré, dans des pipettes flambées, une parcelle de la pulpe, en prenant les précautions les plus strictes pour éviter la contamination. Le contenu des pipettes a été ensuite ensemencé directement dans le bouillon de bœuf peptonisé, et le tout a été porté à l'étuve à 38°. Lorsque le streptocoque existe, il se multiplie dans le bouillon en même temps que le bacille d'Eberth, et il est facile de le retrouver dans le dépôt formé au fond du tube. On l'isole en diluant une goutte de ce dépôt dans l'eau stérilisée et en ensemençant sur plusieurs tubes de gélose. L'examen microscopique du sang et des frottis de rate a été pratiqué dans tous les cas, en même temps que celui des exsudats pathologiques et du pus, lorsqu'il en existait. (a) Infections mixtes secondaires. — Le quatrième des cas dont ré- munération va suivre, sera seul un peu détaillé. Pour la descrip- tion complète des trois autres, nous renvoyons au mémoire déjà cité et publié dans les Bulletins de la Société Médicale des Hôpitaux en 1891. lof cas (Février 1891). — Arabe ayant offert les signes d'une dothiénen- térie de moyenne intensité, présente au quinzième jour une augmentation de la fièvre avec type inverse de la température. Otite moyenne suppurée à streptocoques. Mort huit jours après. Autopsie. — Lésions intestinales en voie de guérison. Rate énorme ( G, 26 juin -1893.) STREPTOCOQUE ET BACILLE TYPHIQUE. 159 contraire, beaucoup augmenté. Néanmoins la disparition des bacilles n'est pas complète au bout de 51 heures, car on observe encore un certain nombre de bâtonnets libres et parfaitement colorables. 2° Rapports des phagocytes arec l'association du streptocoque et du bacille typhique. — Lorsqu'on reproduit les essais précédents avec un mélange, à parties égales, du bacille typhique et du streptocoque, on n'observe plus cette phagocytose intense accompagnée de la diminution corrélative du nombre des microbes. Bien au contraire, après 7 heures, les préparations renferment une très grande quantité de chaînettes et de bacilles qui se sont manifestement multipliés. Le chiffre des cellules immi- grées est cependant assez grand (40-00 environ par préparation) et la plupart d'entre elles ont englobé des microbes. Mais, au bout de 24 heures, la prolifération du bacille typhique et du streptocoque est devenue véritablement colossale. Les préparations montrent des amas microbiens énormes. En traitant successivement les lamelles par le procédé de Gram, puis parla fuchsine en soluLion aqueuse, on voit les deux espèces microbiennes diversement colorées, et l'on peut s'assurer que, dans cette multiplication simultanée des deux parasites, la part prépondérante revient au bacille typhique. Un fait non moins remarquable, c'est que les phagocytes ont presque entièrement disparu. Tandis qu'on en observait un assez grand nombre dans les préparations faites après 7 heures, on ne rencontre plus, au bout de 24 heures, qu'un chiffre infime de cellules immigrées. Au microscope on voit seulement çà et là des débris cellulaires irréguliers, informes, colorésparlafuchsine, et qui ne sont autre chose que les cadavres de phagocytes tués dans la lutte et partiellement digérés eux-mêmes parles diastases microbiennes Les lapins qui ont servi de sujets à ces expériences laissent souvent écouler, pendant un jour, par l'orifice de la petite plaie où ont été introduites les lamelles de Ziegler ou les tubes capil- laires, une lymphe claire, très pauvre en leucocytes, et dans laquelle se retrouvent encore en abondance les microbes inoculés. L'adjonction du streptocoque au bacille typhique communique donc, aux deux microbes, la propriété de résister victorieusement 160 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. aux moyens de défense habituels de l'organisme, et il n'est pas douteux que la phagocytose ne soit entravée, annihilée par la double intoxication parasitaire. Alors que les cellules amiboïdes sont capables d'englober et de détruire leurs ennemis pris isolé- ment, elles sont impuissantes à triompher de leur association. Ou a vu, en effet, plus haut, que l'injection simultanée du strep- tocoque et du bacille d'Eberth au lapin ne détermine le plus souvent aucune réaction locale, si ce n'est une hypérémie très vive et sans formation d'exsudat. D'autre part, on sait que l'infection strepto-typhique d'embléepeut n'amener chez l'homme aucune lésion caractéristique telle, par exemple, que le gonfle- ment des plaques de Peyer et de la rate. Si l'on rapproche ces faits du résultat, des expériences qui viennent d'être citées, on sera tenté d'attribuer ces phénomènes particuliers à l'intensité de l'infection double qui sidère la phagocytose avant qu'elle n'ait eu le temps de s'établir utilement. L'afflux des leucocytes, qui a été constaté dans les premières heures des expériences, indique bien que la combinaison du streptocoque et du bacille d'Eberth ne possède pas des propriétés chimiotactiques négatives. Il semble plutôt que la neutralisation des effets phagocytaires soit due à la toxicité particulière des poisons solubles sécrétés par les deux microbes et capables eux-mêmes de dissoudre les cellules immigrées. Cependant, pour que la lutte reste à l'avantage du double virus, il est nécessaire que les cultures inoculées possèdent déjà une certaine activité. Si l'on répète, en effet, ces essais avec des cultures affaiblies ou très anciennes du bacille typhique et du streptocoque, on voit, déjà au bout de 5-7 heures, des légions de phagocytes qui sont survenus, et ont englobé une mul- titude de bactéries. De plus, ceux des microbes qui sont encore libres n'ont pas proliféré : leur nombre a, au contraire, consi- dérablement diminué au bout de 24 heures. Mais si, au lieu d'employer deux virus affaiblis, on associe à un bacille typhique ancien une culture très virulente du strepto- coque, l'examen des tubes capillaires ou des lamelles de Ziegler montre qu'après 8 heures, et malgré une phagocytose abon- dante, il y a eu multiplication manifeste du bacille. Sur les préparations simplement colorées au bleu de méthylène en solution aqueuse, on voit, en effet, un assez grand nombre de STREPTOCOQUE ET BACILLE TYPHIQUE. 161 bacilles vivement colorés, courts, qui sont los bacilles récemment nés, à côté d'autres plus nombreux , mais plus pâles, et qui ne sont autre chose que les bacilles anciens non encore englobés. La dose très minime des cultures utilisées dans ces expériences explique évidemment que cette multiplication du bacille d'Eberlh soit seulement esquissée et de courte durée. Au bout de 2t-20 heures, en effet, le nombre des bacilles a beau- coup diminué, celui des phagocytes s'est au contraire considéra- blement accru, et ces cellules ont entamé une lutte désormais efficace. IV CULTURES MIXTES. Puisque l'association sfrepto-typhique possède, tant chez l'homme que chez l'animal, une activité exceptionnelle de ses effets, il a paru utile de rechercher si cette faculté de végétation parallèle et simultanée que possèdent les deux microbes sur le terrain vivant ne se retrouverait pas dans les milieux de cultures eux-mêmes. On sait, en effet, qu'à l'exemple de la bactéridie charbonneuse, le bacille d'Eberlh est très délicat et qu'il est facilement gêné dans son développement par la présence d'autres germes. Garré ' a constaté que le Bac. ftuorescens pUtidus empêche la culture du bacille typhique. Reprises par de Freudenreich % ces expériences lui ont montré que le même bacille est impuis- sant à se multiplier dans les cultures des staphylocoques blanc et doré, du Micr. prodigiosus, du pneumobacille de Friedlander, du bacille du lait bleu, du bacille pyocyanique, etc.. A ces microbes nous pourrions ajouter la plupart des germes qui amènent la putréfaction. Ces mêmes recherches nous ont, du reste, montré que non seulement le bacille typhique ne se développe pas dans les cul- tures filtrées des microbes précédents, mais encore qu'il est rapidement détruit in vitro par quelques-uns d'entre eux lors- qu'on l'ensemence dans des cultures déjà ancienues et encore vivantes de ces derniers, ou même lorsqu'on l'ensemence simul- i. Garré, Corresponrfenzblatt fiir Schweizer Aerzle, ISS7, n° 13, p. 385. 2 De FitELDENitEicH, An», de Micrographie, II, 1890, p. 1. 11 162 ANNALES DE L'INSTITUT* PASTEUR. tanément dans un môme bouillon. C'est ainsi que les espèces suivantes :Mic. prodigiosus, bac. pyocyanique, Bac. coli commuais, Bacl. termo, staphylocoques pyogènes, Bac. luteus putidus,ha,c. de Friedlander. ont paru posséder, à cet égard, les propriétés anta- gonistes les plus énergiques., Le bacille est tué dans un inter- valle qui varie de 48 heures (Microbac. prodigiosus) à 17 jours; il disparaît encore plus rapidement (24 à 36 heures) lorsqu'on l'ensemence dans un milieu nutriLif déjà fécondé par plusieurs des espèces précédentes à la fois, ou bien dans un liquide putréfié. Or si on ensemence le bacille typhique et le streptocoque dans un même bouillon de culture, non seulement le bacille n'y meurt pas, mais encore il végète très bien de concert avec son partenaire. Le bacille peut même survivre au streptocoque dans une culture mixte ancienne. Si Ton ensemence également le bacille dans une culture datant de six mois, dépouillée ou non de ses germes, le bacille, après un faible retard, a bientôt troublé abondamment ce milieu 1 . Il n'y acquiert pas, cependant, une virulence plus grande que précédemment, mais semble, au contraire, s'y atténuer manifes- tement, car l'inoculation de doses , habituellement mortelles pour le rat blanc, du bacille reporté dans le bouillon normal après un séjour de deux semaines dans le bouillon du streptocoque, peut rester sans effet notable. On peut attribuer celle atténuation partielle à l'acidité assez grande que possèdent les cultures anciennes du streptocoque. En effet, lorsqu'on alcalinise légè- rement ces cultures avant de les filtrer, le bacille ensemencé dans ce milieu ne subit pas, dans son développement, le léger retard qui a été constaté, et ne s'y affaiblit plus. Y CONSIDÉRATIONS PRATIQUES AL SUJET DE L'INFECTION MIXTE CHEZ L'HOMME. L'expérimentation et les recherches bactériologiques confir- ment et permettent, en même temps, d'interpréter dans leur ensemble les résultats constatés, chez l'homme, par l'association l. II. Vincent, Soc. de Biol., 2 juillet, 1892. STREPTOCOQUE ET BACILLE TYPHiQUE. 163 des deux micro organismes précités. S'il est, du reste, an fait remarquable, c'est la prédilection et la fréquence avec laquelle le streptocoque se fait le complice des autres microbes pathogènes. On le rencontre, en effet, souvent à titre d'agent d'infection adju- vante ou secondaire dans la diphtérie (Lôffler, Houx et Yersin, II. Baibien ; dans la scarlatine, dans la tuberculose, où il joue certainement un rôle important dans les phénomènes de con- somption (Babes). etc.. Nous pensons avoir démontré que le même microbe revendique encore une grande part dans la mort qui termine un certain nombre de cas de fièvre typhoïde. D'ailleurs sa présence a été déjà signalée, dans la fièvre typhoïde, par Xetter 1 qui, examinant seize cas de cette affection, la trouvé, en particulier, dans un cas compliqué d'endocardite ulcéreuse avec infarctus multiples: il s'agissait évidemment d'une infection mixte surajoutée, entièrement analogue aux observa- tions citées ici. Eugen Fraenkel - a aussi signalé cette fréquence du streptocoque dans les complications de la fièvre typhoïde. Cette prédominance se retrouve même, pendant le vie, dans les complications pulmonaires de la dothiénenterie, où Karlinsky a trouvé, 6 fois sur 9, le streptocoque combiné ou non au bacille d'Eberth K L'ensemble de ces constatations se double ici d'un intérêt pratique assez grand. De ce fait que, sur 30 autopsies de fièvre typhoïde, l'association strepto-typhique, primitive ou secondaire, a été rencontrée 6 fois, découle déjà une preuve de la fréquence de cette infection mixte — nous pourrions ajouter aussi de sa gravité. Les complications qui sont sous la dépendance des staphylocoques pyogènes blanc et doré paraissent offrir, au contraire, des dangers beaucoup moindres que celles qui ressor- tissent au streptocoque. La brève statistique suivante, portant sur une des complications les plus habituelles de la dothiénen- terie, les suppurations, vient, du reste, à l'appui de cette donnée. J'ai examiné pendant la vie ou après la mort il abcès ou suppurations diverses survenus chez des typhoïdiques s : 32 fois cette complication était due soit au Staphylococcus pyogènes aureus, 1. Xetter, Soc. Médic. des Hôpitaux, 6 mars 1891. 2. E. Fraenkel, Zur Lehre von der .Etiol.vjder 'Jomplic. in abdom : Typhus. Jahrbiicker /ter Hamburgischen Staa's Krankenaustallen, 1890. 3. Karlinsky, Forlschr. der Med., n° 18, IS89. 4. L'un de ces abcès était causé par le bacille d'Eberth. 164 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. soit au mélange de ce dernier avec Yalbus. Or les malades por- teurs de ces collections ont tous guéri, malgré des suppurations parfois très étendues et des périostites multiples. Au contraire le streptocoque a été isolé 8 fois dans le pus soit seul, soit associé au bacille d'Eberth : la mort est survenue dans 5 cas. Le rôle du streptocoque dans la léthalité typhoïque ne saurait être mieux démontré que par ces chiffres. Il n'entre évidemment pas dans notre pensée d'affirmer que toute complication tributaire de ce microorganisme est, dans la fièvre typhoïde, nécessairement fatale. Mais cette éventualité morbide doit éveiller les préoccupations du médecin, car elle implique très souvent un pronostic grave. De ces exemples découle donc l'importance pratique très grande de l'examen bactériologique des complications locales qui se présent ait dans le typhus abdominal. Dues au streptocoque, elles commandent une intervention immédiate et énergique. Bien qu'elles puissent, sans doute, parfois guérir, elles ne constituent pas moins une menace sévère pour la vie du malade par la possibilité et la fréquence de la généralisation du streptocoque dans son sang. De là résulte encore l'utilité d'une hygiène rigoureuse des téguments et des cavités qui peuvent receler ce germe pathogène. Dans un prochain travail nous essaierons de montrer que le microbe de Fehleisen ne possède pas seul la propriété de s'allier au bacille d'Eberth. D'autres associations microbiennes généra- lisées jouent, en effet, dans la pathogénie de la mort pendant la fièvre typhoïde, un rôle fréquent que l'absence de signes ou de lésions anormales ne permet pas toujours de soupçonner, et que les cultures seules donnent la possibilité de reconnaître. SDR LES MODIFICATIONS DES LEUCOCYTES DANS L'INFECTION ET DANS L'IMMUNISATION P A R M lle Clémence EVE UARD, „ T U , CCA1 , T m t^.x lu^inni) M- Jean M ASSAUT 31. Jean Dh.uUOlt ,,•..,.• .... . . (Assistant a l'institut bot.iiiii|u. XIII, K. à des cobayes. a un cobaye neuf. Exp. XIII, E 2 . à un cobaye vacciné contre le vibrion de ffletchnikoff. Exp. XIII, A 3 . Bacillns mycoïdes. à un lapin. Exp. XIV, L. à un cobaye. Exp. XIV, G 2 . INFECTION ET IMMUNISATION PAR LE VIBRION DE METCHNIKOFF IXJECTIOX DE CULTURES CHAUFFÉES A 100° [liri'C les microbes). 1° A des cobayes neufs (Exp. I, cobayes A,. B„ C\. IV Exp. VI, cobaye M). — i> à 4 heures après l'injection, on constate une augmentation du nombre des leucocytes. Cette multiplication des globules blancs est ordinairement précédée d'un stade d'hypoleucocytose. Celle-ci est très nette lors de la deuxième injection faite aux cobayes A l5 Bj. C 1? et lors delà première injec- tion faite aux cobayes Rj et C,; elle a complètement fait défaut chez le cobaye D,. On ne constate pas non plus d'hypoleucocytose ni chez le cobaye K t lors de la première injection, ni chez le cobaye M; il est pos- sible, pourtant, qu'elle ait eu lieu, et que son absence apparente soit due au retard apporté à la prise du sang. La diminution du nombre des globules blancs n'est pas la même pour les diverses formes : dans la plupart des cas elle est surtout manifeste pour les lcy. pm. L'augmentation du nombre des leucocytes s'est produite dans tous les cas, elle est due principalement à l'accroissement numérique des lcy. pm. 2° A un cobaye vacciné (Exp. VI, cobaye L). - - Chez le cobaye L qui a été vacciné par des inoculations antérieures de microbes vivants, l'hypoleu- cocytose n'a pas été constatée; il est vrai que nous avons étudié îe sang pourlapremière fois 19 heures après l'injection. Quanta l'hyperleucocytose, elle est tardive et légère. 11 est à remarquer que chez ce cobaye le nombre des leucocytes était extrêmement considérable avant les injections. Ceci n'est du reste qu'un cas particulier d'une règle générale : (liez les animaux vaccinés, les leucocytes, et surtout les lcy. pm., sont plus nombreux que • •liez l'animal neuf. INJECTION DE CULTURES 11LTHÉES MAIS NON CHAUFFÉES (sans microbes). I" .1 des cobayes neufs (Exp. III, cobayes E, et G t ). — Le cobaye E, pré- sente une hypoleucocylose passagère qui intéresse surtout les ley. pm. ; puis MODIFICATIONS DES LEUCOCYTES. 171 l 'hy perle ucocytose s'établit. Le eobaye . pm. très nombreux. Beaucoup d'entre eux ont un protoplasma très granuleux et très coloré. Lcy. m. et transitions vers lcy. v. Injection sons-cutanée de 7 cm 3 de cul- ture de vibrion de Metchnikoff, âgée de 7 jours et chauffée à 100°. 9. — Sang pris 6 minutes après la 2° injection. Nombre et caractères des lcy. comme dans la préparation précédente. 10. — Sang pris 23 minutes après la 2 e injection. Nombre des lcy. resté le même. Lcy. pm. prédominent. Beaucoup d'entre eux à grosses granulations bien colorées. Lcy. m., lcy. v. avec transitions. 11. — Sang pris 55 minutes après la 2 e injection. Le nombre des lcy. n'a pas changé. Lcy. pm. dominent. Beaucoup d'entre eux à granulations fortement colorées. • Lcy. v. Lcy. m. avec transitions vers lcy. v. 12. — Sang pris 2 heures après la 2« injection. Le nombre des lcy. est augmenté. Lcy. pm. Quelques-uns à granula- tions-colorées. Lcy. m. Lcy. v. très rares. 13. — Sang pris 3 heures après la 2° injection. Même nombre de lcy. que dans le sang de la préparation 12. Lcy. pm. existent presque seuls. 190 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Cobaye A t 14. — Sang pris 7 heures 1/4 après la 2° injection. . Augmentation du nombre des lcy. Lcy. pm. existent presque seuls. 15. — Sang pris 19 heures 1/2 après la 2° injection. Idem. Expérience I [suite). Cobaye B, \i. — Sang pris 1 heures 1/4 après la 2 e injection. Mêmes nombre et caractères que dans la préparation 12. 15. — Sang pris 19 heures 1/2 après la 2 e injection Idem. 16. — Sang pris 31 heures après la 2° injection. Le nombre global des lcy. diminue égèrement. Lcy. pm. prédominent. Lcy. formant transition entre lcy. m. et lcy. v. 17. — Sang pris 68 heures après la 2° injection. Diminution du nombre des lcy. Ce- pendant ils sont plus nombreux que dans la préparation 1. Lcy. pm. prédominent. Lcy. m. Lcy. v. Cobaye A 2 . Le cobaye A { de l'expérience précédente qui a été immunisé par une première in- jection faite le 8 novembre et par une se- conde faite le 12 novembre, reçoit le 15 no- vembre , dans la cavité péritonéale, 1,5 cm 3 de culture filtrée, mais non chauffée de vibrion de MctchnikojJ, âgée de i jours. — Ce cobaye est dorénavant désigné par A 2 . 1. — Sang pris 20 minutes après l'injection. Le nombre des lcy. est légèrement supérieur à celui du sang avant l'injec- tion. (Voir prép. 17 Exp. i.) L'augmentation porte surtout sur les lcy. pm. 16. — Sang pris 31 heures après la 2 e injection. Le nombre global des lcy. a légère- ment augmenté. Lcy. nants. I". pm. de plus en plus prédomi- -Sangpris 68 heures après la 2° injection. Nombre considérable de lcy. Lcy. pm. prédominent, quelques-uns. avec granulations colorées. Lcy. m., lcy. v. et transitions. Expérience II. Cobaye B.,. Le cobaye B t de l'expérience précé- dente qui a été immunisé par une pre- mière injection faite leS novembre et par une seconde faite le 12 novembre, reçoit le 15 novembre, sous la peau de la cuisse, 1 cm 3 de culture vivante de vibrion de MetchnikofJ, âgée de 4 jours. — Ce cobaye est dorénavant désigné par B, . 1. — Sang pris 20 minutes après l'injection. Le nombre global des lcy. est le même qu'avant l'injection. (Voir prép. 17. Exp. i.) Le nombre des lcy. pm. a diminué légèrement. 2. — Sang pris 2 heures après l'injection. Très forte augmentation du nombre des lcy. Lcy. pm. prédominent fortement. Lcy. m. et lcy. v. peu nombreux. 2. — Sang pris 2 heures après l'injection. Mêmes nombre et caractères que dans le sang de la préparation 1. Il y a quelques lcy. pm. réunis en amas. MODIFICATIONS DES LEUCOCYTES. 191 8 novembre 1802. CODAYE C, 14. — Sang pris 7 heures 1 4 après la 2 a injection. Mêmes nombre et caractères que dans la préparation 13. 15. — Sang pris 19 heures 1/2 après la "2° injection. Lcy. extrêmement nombreux;. Lcy. pm. prédominent fortement; beaucoup d'entre eux ont des granula- lations très colorées. Lcy. m. et transitions vers lcy. v. Lcy. v. 16. — Sang pris 31 heures après] [la 2° injection. 1 Idem. il.— Sang pris 68 heures après l'injection. Nombre des lcy. légèrement diminué. Lcy. pm. prédominent. Lcy. v., lcy. m. et transitions. Cobaye D, 14, — Sang'pris 7 heures 1/4 après l'injection. Mêmes nombre et caractères que dans la préparation 13. 18. — Sang pris 19 heures 1/2 après la 2° injection. Lcy. très nombreux. Lcy. pm. à protoplasma granuleux très coloré existent seuls. 16. — Sang pris 31 heures après la 2° injection. Forte augmentation du nombre des lcy. Lcy. pm. prédominent. Il y a beau- coup d'amas formés de 20 à 50 lcy. pm. Lcy. v. M.— Sang pris 68 heures après l'injection. Mêmes nombre et caractères que dans la préparation 16. io novembre 1892. Cobaye C„. Le cobaye C, de l'expérience précédente qui a été immunisé par une première in- jection faite le 8 novembre, et par une seconde faite le 12 novembre, reçoit le 15 novembre, sous la peau de la cuisse, 1 cj»3 de culture filtrée mais non chauf- fée de vibrion de Metchnikoff, âgée de 4 jours. Ce cobaye est dorénavant désigné par C. y l.—Sang pris%0 minutes après l'injection. Le nombre des lcy. est supérieur à celui du sang pris avant l'injection. (Voir prép. 17. Exp. i.) Lcy. pm. existent presque seuls. Quelques rares lcy. pm. à granulations colorées. Beaucoup de lcy. pm. réunis en amas. Lcy. m., lcy. v. et transitions. 2. — Sang pris 2 heures après l'injection. Mêmes caractères que le sang de la préparation 1. Cobaye D r Le cobaye D { de l'expérience précédente qui a été immunisé par une première injection faite le 8 novembre et par une seconde faite le 12 novembre, reçoit le 15 novembre, dans la cavité péritonéale, 1,5 cm 2 de culture vivante de vibrion de Metchnikoff âgée de i jours. Ce cobaye est dorénavant désigné par D 2 . 1 . — Sang pris 20 minutes après l'injection . Le nombre des lcy. est de beaucoup inférieur à celui du sang pris avant l'injection. (Voir prép. 17. Exp. I.) Lcy. pm, lcy. m. et transitions vers lcy. v. également nombreux. 2. — Sang pris 2 heures après l'injection. Très forte augmentation du nombre global des lcy. Tous les lcy. sont pm., beaucoup d'entre eux avec de grosses granula- tions colorées. 19 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Cobaye A 2 . 3. — Sang pris 3 heures après l'injection. Légère diminution du nombre des Icy. La prédominance des lcy. pm. se maintient. 4 — Sang pris i heures après l'injection. Légère augmentation du nombre des lcy. Lcy. pm. prédominent; beaucoup d'amas de lcy. pm. Lcy. m. et lcy. v. 11 existe dans le sang quelques grands lcy. avec un gros noyau vésiculeux réniforme. o. — Sang pris 5 heures après l'injection. Idem. 6. — Sang pris 6 heures après l'injection. Augmentation du nombre des lcy. Lcy. pm. existent seuls. Expérience II (suite). Cobaye B 2 . 3. — Sang pris 3 heures après l'injection. Le nombre des lcy. est fortement aug- menté. Lcy. pm. extrêmement nombreux. Lcy. m. et lcy. v. très rares. 4. — Sang pris i heures après l'injection. Mêmes nombre et caractères des lcy. que dans la préparation précédente. En outre, quelques très gros amas formés de 20 à 40 lcy. pm. et beaucoup de petits amas formés de & à 12 lcy. pm. 5. — Sang pris 5 heures après l'injection. Idem. 6. — Sang pris G heures après l'injection. Idem. — Sang pris 7 heures après l'injection. Idem. 7, _ Sang pris! heures après l'injection. Même nombre de lcy. Lcy. pm. très nombreux, beaucoup d'entre eux réunis en amas. Lcy. m. et lcy. v. très rares. 8. — Sangpris 12 heures après l'injection. Même nombre global de lcy. Lcy. pm. prédominent. Lcy. m. et lcy. v. assez nombreux. 9. — Sang pris 22 heures apr è s V injection. Légère diminution du nombre des lcy. Elle porte surtout sur les lcy. pm. qui pourtant prédominent encore. 8. — Sang pris 12 heures après l'injection. Légère diminution du nombre des lcy. Lcy. pm. prédominent. Lcy. v. assez nombreux. 9. _ Sang pris 22 lnures après l'injection. Idem. 10.— Sang pris26heures après l'injection. Diminution du nombre des lcy. Lcy. pm. prédominent légèrement. Lcy. m. et lcy. v. assez nombreux. il. _ Sang pris 31 heures après l'injection. Le sang a repris les caractères qu'il avait avant l'injection. (Voir prépara- tion 17. Exp. I.) 10. —Sangpris 26 heures après l'injection. Même nombre de lcy. que dans le sang de la préparation 8. Lcy. pm. prédominent. Lcy. v. assez nombreux. Lcy. m. rares. 11. _ Sang pris 31 heures après l'injection. Le nombre des lcy. est légèrement diminué. Lcy. pm. prédominent. Lcy. m. assez nombreux. Lcy. v. très rares. MODIFICATIONS DES LEUCOCYTES. 193 15 novembre 1892. Cobaye C 2 . 3. — Sang pris 3 heures après l'injection. Augmentation du nombre des lcy. Lcy. pm. très nombreux, beaucoup d'entre eux avec granulations très rouges. Lcy. m. et lcy. v. très rares. 4. — Sang pris 4 heures après l'injection. Légère diminution du nombre des lcy. Lcy. pm. prédominants. Assez nom- breux amas de lcy. pm. Cobaye D 2 . 3. — Sang pris 3 heures après l'injection. Le nombre global des lcy. est resté le même. Lcy. pm. fortement prédominants. Lcy. v. 4. — Sang pris 4 heures après l'injection. Même nombre de lcy. que dans la préparation précédente. Lcy. pm. existent presque seuls. Beaucoup d'entre eux ont un proto- plasma granuleux très coloré. Lcy. v. très rares. o. — Sang pris 5 heures après l'injection. Idem. G. — Sang prise heures après l'injection. Légère diminution du nombre des lcy. qui sont pourtant encore très nombreux. Lcy. pm. existent presque seuls. Lcy. v. très rares. 7. — Sang pris 7 heures après l'injection. Augmentation forte du nombre des lcy. Lcy. pm. très nombreux; quelques- uns à granulations protoplasmiques très colorées. Beaucoup d'amas de lcy. pm. 8. — Sang pris 12 heures après l'injection. Légère diminution du nombre des lcy. Lcy. pm. fortement prédominants. Lcy. m., lcy. v. et transitions. 9. — Sang pris 22 heures après l'injection. Même nombre de lcy. que dans pré- paration 7. Lcy. pm. nombreux, dont beaucoup à protoplasma granuleux, coloré. Lcy. m., lcy. v. et transitions. 10. — Sang pris 26 heures après l'injection. Mêmes nombre et caractères des lcy. que dans la préparation 9. En outre quelques amas de lcy. pm. 5. — Sang pris 6 heures après l'injection. Idem. 6. — Sang pris o heures après l'injection. Idem. 7. — Sang pris 7 heures après l'injection. Le nombre des lcy. a beaucoup aug- menté. Lcy. pm. existent presque seuls, souvent réunis en amas. Lcy. m. et lcy. v. très rares. 8. — Sang pris 12 heures après l'injection. Idem. 9. — Sang pris 22 heures après l'injection. Légère diminution du nombre des lcy. Lcy. pm. prédominent. Lcy. m. assez nombreux. Lcy. v. très rares. 10. — Sang pris 26 heures après l'injection. Mêmes nombre et caractères des lcy. que dans la préparation 9. En outre beaucoup d'amas de lcy. pm. 11. — Sang pris 31 heures après l'injection. Légère diminution du nombre des lcy. Lcy. pm. prédominent ; beaucoup d'entre eux avec de grosses granula- tions colorées. Lcy. m. et lcy. v. assez nombreux. 11. — Sang pris 31 heures après l'injection. Diminution du nombre des lcy. Lcy. pm. nombreux, souvent réunis en amas. Lcy. m. et lcy. v. 13 494 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. 12.- IJem . Cobaye A 2 . Sang pris 51 heures après l'injection. 12. Hem. Expérience II (suite). Cobaye B. 2 . Sang pris 51 heures après l'injection. 13. — Sang pris 78 heures api es l'injection. Idem. 13. — Sang pris 78 heures après l'injection. Nombre et caractères des lcy. comme avant l'injection. (Voir prép. 17. Exp. I.) Cobaye Ë, de 820 grammes. 1. — Sang pris d l'animal normal. Nombre normal de lcy. Lcy. pm. prédominent légèrement. Quelques-uns avec granulations forte- ment colorées. Lcy. m. et formes de transition vers lcy. v. presque aussi nombreux que les lcy. pm. Lcy. v. peu abondants. L'animal reçoit sous la peau de la cuisse 1 cm 3 de culture filtrée mais non chauffée de vibrion de Metchnikoff âgée de 4 jours. 2. — Sang p>ùs 20 minutes après l'injection. diminution du nombre des lcy. Lcy. m. et transitions vers lcy. v. prédominent. Lcy. v. assez nombreux. Lcy. pm. rares, quelques très rares amas de lcy. pm. 3. — Sang pris t heure après l'injection. Le nombre des lcy. a légèrement aug- menté, il est pourtant plus faible que dans préparation 1. Lcy. formant transition entre lcy. m et lcy. v. Lcy. pm. dont beaucoup à grosses granulations colorées. Lcy. m. 4. — Sang pris 2 heures après l'injection. Légère augmentation du nombre des lcy. Lcy pm. prédominent, quelques-uns avec granulations colorées. Lcy. v. Lcy. m. rares. Expérience III. Cobaye F de 850 grammes. 1. — Sang pris d l'animal normal. Nombre normal de lcy. Lcy. pm. Lcy. m. et formes de transition vers lcy. v. Lcy. v. L'animal reçoit sous la peau de la cuisse 1 cm 3 de culture vivante de vibrion de Metchnikoff, âgés de 4 jours. 2. — Sang pris 20 minutes après l'injection. Augmentation légère du nombre des lcy. Lcy. m. et lcy. v. prédominent. Lcy. pm. assez rares, quelques-uns réunis en amas. 3. — Sang pris 1 heure après l'injection. Idem. 4. — Sang pris 2 heures après l'injection. Augmentation légère du nombre des lcy. Lcy. pm. prédominent manifestement. MODIFICATIONS DES LEUCOCYTES. 493 15 novembre 1892. Cobaye C 2 . 12. — Sang pris 51 heures après l'injection. Légère diminution du nombre des ley. Mêmes caractères que dans le sang avant l'injection. (Voir prép. 17. Exp. I.) 13. — Sang pris 78 heures après l'injection. Idem. 15 novembre 1892. Cobaye G, de 850 grammes. 1. — Sang pris à l'animal normal. Nombre normal de lcy. Lcy. pm. dont beaucoup à granula- tions très colorées. Lcy. v. et transitions entre lcy. m. et lcy. v. \ Lcy. m. Cobaye D 2 . 12. — Sang pris 51 heures après l'injection. Diminution du nombre des lcy. Lcy. pm. prédominent. Lcy. m. assez abondants. Lcy. v. un peu moins nombreux. 13. — Sang pris 78 heures après l'injection. Légère diminution portant également sur les divers lcy. Le nombre global est pareil à celui du sang avant l'injection. (Voir. prép. 17. Exp. 1.) Cobaye H de 490 grammes. 1. — Sang pris à l'animal normal. Nombre normal de lcy. Lcy. pm. et lcy. m. également abon- dants. Lcy. v. et transitions entre lcy. m. et lcy. v. L'animal reçoit dans la cavité périto" néale 1 cm 3 de culture filtrée mais non chauffée de vibrion de Mclchnikoff, âgée de 4 jours. 2. — Sang pris 20 minutes après l'injection. Augmentation légère du nombre des lcy. Lcy. pm. prédominent. Lcy. v. assez abondants. Pas de lcy. m. 3. — Sang pris 1 heure après l'injection. Augmentation du nombre des lcy. Tous sont lcy. pm. L'animal reçoit dans la cavité périto- néale 0,7 cm 3 de culture vivante de vibrion de Metchnikoff, âgée de 4 jours. 2. — Sang pris 20 minutes après l'injection. Diminution très notable des lcy. Lcy. m. prédominent. Lcy. pm. rares. Lcy. v. très rares. 3. — Sang pris 1 heure après l'injection. Très légère augmentation des lcy. Lcy. m. et transitions vers lcy. v. prédominent. Lcy. pm. assez fréquents. 4. — Sang pris 2 heures après l'injection. Lcy. en nombre égal à celui de la préparation précédente. Lcy. pm. existent presque seuls. Lcy. v. très rares. 4. — Sang pris 2 heures après l'injection. La préparation manque. 196 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Cobaye E, 5. — ■ Sang pris 3 heures après l'injection' Même nombre global de lcy. Lcy, pm. prédominants, beaucoup d'entre eux à grosses granulations co- lorées. Lcy. v. assez rares. Lcy. m. très rares. 6. — Sang pris i heures après l'injection. Mêmes nombre et caractères des lcy. que dans la préparation 5. En outre quelques amas de lcy. pm. Expérience III (suite). Cobaye F. 5. — Sang pris 3 heures après V injection. Diminution assez notable du nombre des lcy. Lcy. pm. existent presque seuls. 6. — Sungpris i heures après l'injection. Augmentation du nombre des lcy. Tous sont lcy. pm. 7. — Sang pris S heures après l'injection. Assez forte augmentation du nombre des lcy. Lcy. pm. prédominants, beaucoup d'entre eux avec granulations très colorées. Lcy. m., lcy. v. très rares. 8. — Sang pris G heures après l'injection. Idem. 7. — Sang pris § heures après V injection. Idem. 8. — Sang pris 6 heures après l'injection. Légère diminution du nombre global des lcy. Lcy. pm. existent seuls. 9." — *Sang pris \\ heures après l'injection. Augmentation du nombre des lcy. Mêmes caractères que dans prépara- tion 8. 9. — Sang pris 14 heures après l'injection. Légère diminution du nombre des lcy. Lcy. pm. prédominent. Lcy. m. très rares. 40. — Sang pris 21 heures après l'injection. Le nombre des lcy. aencoreaugmenté. Lcy. pm. très prédominants et formant souvent des amas. Lcy. m. assez nombreux. Lcy. v. rares. 44. — Sang pris 25 heures après l'injection. Diminution du nombre des lcy., qui sont néanmoins encore très nombreux. Lcy. pm. légèrement prédominants. Lcy. v. nombreux. 10. — Sang pris 21 heures après l'injection. Lcy. très rares. Lcy. m. lcy. v. Lcy. pm. manquent. Le cobaye F est très malade ; la cuisse est fortement gonflée. Il meurt environ 23 heures après l'injection. L'œdème s'étend à toute la cuisse et à une jjariie de laparoi abdominale. Nous étudions le sang pris dans le cœur, une heure après la mort. 41. — Sang pris dans le cœur. Très peu de lcy. Lcy. m. Lcy. v. Lcy. pm. très rares. Quelques-uns à granulations colorées. MODIFICATIONS DES LKICOCYTES. 197 43 novembre 1892. Cobaye G,. 5. — Sang pris 3 heures après l'injection. Idem. Cobaye H. «S. — Sang pris 3 heures aprèt l'injection. Augmentation du nombre des lcy. Lcy. pm. prédominent. Lcy. m. et transitions vers lcy. v. assez abondants. (i. — Sang pris A heures après l'injection Augmentation du nombre des lcy. Lcy. pm existent presque seuls, beau- coup d'entre eux à grosses granulations colorées. Quelques amas de lcy. pm. Lcy. m. et lcy. v. très rares. 7. — Sang prisa heures après l'injection. Idem. 6. — Sang pris i heures après l'injection. Nombre des lcy légèrement augmenté. Lcy. pm. tout à fait prédominants; leur protoplasma est très granuleux et très coloré. Lcy. m. et lcy. v. très rares. 7. — Sang pris 5 heures après l'injection. Idem. 8. — Sang pris 6 heures après l'injection. Légère diminution du nombre des lcy. Lcy. pm. prédominants. Lcy. m. et lcy. v. assez rares. 9. — Sang pris 1 1 heures après l'injection. Idem. 10. — Sang pris 21 heures après l'injection. Le nombre des lcy. a encore diminué. Lcy. pm. prédominent. Lcy. m. et lcy. v. assez nombreux. 8. — Sang pris 6 heures après l'iujection. Augmentation très notable du nombre des lcy. Lcy. pm. très abondants. Lcy. m. et lcy. v. rares. 9. — Sang pris 11 heures après l'injection. Augmentation du nombre des lcy. Lcy. pm. à granulations colorées très nombreux. Lcy. v. assez rares. Lcy. m. très rares. 10. — Sang pris 21 heures après l'injection. Même nombre de lcy. que dans la préparation 9. Lcy. pm. prédominent. Lcy. m., lcy. v. et transitions assez abondants. 11. — Sang \pris 25 heures après l'injection. Même! nombre des lcy. Ceux-ci ont les mêmes caractères qu'avant l'injec- tion. (Voir prép. 1. Exp. m) 11. — Sang pris 25 heures après l'injection. Même nombre des lcy. Lcy. pm., v. dont beaucoup à proto- plasma granuleux, colore. Lcy. m. et transition vers lcy. v. Lcy. v. rares. 198 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Expérience 111 (suite). Gobave E,. Cobaye F. 12. — Sang pris 30 heures après l'injection. Idem. 13. — Sang pris 50 'heures après l'injection. Diminution du nombre des lcy. Lcy. m. et transitions vers lcy. v. prédominent. Lcy. pm. ii. — Sang pris % ~8 heures après l'injection. Le sang est redevenu absolument normal. 15. — Sang pris 102 heures après l'injection. Idem. Expérience IV. — 8 novembre 1892. Cobaye J de 420 grammes 1. — Sang pris à l'animal normal. Nombre normal de lcy. Lcy. m. lcy. v. et lcy. pm. également nombreux. Beaucoup de lcy. pm. ont des granulations fortement colorées. L'animal reçoit dans la cavité péritonéale 1 em* de culture vivante de vibrion de Melchnikoff, âgée de 4 jours. 2. — Sang pris 1 heure après l'injection. Extrêmement peu de lcy. Lcy. m. avec transitions vers lcy. v. Pas de lcy. pm, 3. — Sang j)ris 2 heures après l'injection. Même absence presque totale de lcy. Mêmes caractères que dans préparation 2. L'animal meurt environ 12 heures après l'injection. L'intestin grêle et le péritoine pariétal sont très rouges. Il y a un peu de sérosité dans la cavité péritonéale. i. — Sang pris dans le cœur quelques heures après la mort. Peu de lcy. Lcy. m. lcy. v. et transitions. S. — Sérosité péritonéale. Très peu de lcy. Lcy. v, MODIFICATIONS DES LEUCOCYTES. 199 13 novembre 1892. Cobaye G,. Cobaye H. 12. — Sang pris 30 heures après 12. — Sang pris 30 heures aptes l'injection. l'injection. J.lcm. Diminution assez forte du nombre des lcy. Lcy. pm. Lcy. m. avec transitions vers lcy. v. presque aussi nombreux que lcy. pm. Le sang a repris ses caractères nor- maux. 13. — Sang pris 50 heures après 13. — Sang pris 50 heures après l'injection. l'injection. Idem. Diminution légère du nombre des lcy. Caractères pareils à ceux du sang de la préparation 12. 14. — Sang pris 78 heures aprèi 14. — Sang pris 78 heures après l'injection. l'injection. Idem. idem. 15. — Sang pris 102 heures après l'injection. Idem. Le cobaye survit. Expérience V. — 6 avril 1892. Cobaye K de 850 grammes. 1. — Sang pris à l'animal normal. Nombre normal de lcy. Lcy. pm. à granulations colorées prédominent. Quelques-uns réunis en amas. Lcy. m. et transitions vers lcy. v. Lcy. v. rares. L'animal reçoit dans les muscles de la cuisse 1 cm 3 de culture vivante de vibrion de Metchnikoffj peu virulente. 2. — Sang pris i heures après l'injection. Diminution très notable du nombre global des lcy. Lcy. pm. et transitions entre lcy. m. et lcy. v. également nombreux. Lcy. v. assez abondants. Lcy. m. manquent. 3. — Sang pris 24 heures 1/2 après l'injection. (La cuisse du cobaye est gonflée.) Augmentation considérable du nombre des lcy. Stades de transition entre lcy. v. et lcy. pm. prédominent. Lcy. v. nombreux. 4. — Sang pris 50 heures après l'injection. (L'œdème de la cuisse a presque disparu. Diminution du nombre des lcy. Le sang a repris ses caractères normaux. L'animal survit. 200 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Cobaye L de 810 grammes. Le cobaye L a été vacciné par 3 inocu- lations successives de vibrions de Metchni- koff, vivants mais peu virulents. i. — Sang pris avant l'injection. Lcy. très nombreux. Lcy. pm. à granulations colorées pré- dominent. Lcy. formant transition entre lcy. m. et lcy. v. Lcy. m. très rares. L'animal reçoit sous la peau du ventre 6 cm 3 de culture de vibrion de Metchniko/f, chauffée à 100°. 2. — Sang pris 19 heures après l'injection. Même nombre global de lcy. Mêmes caractères que la préparation précédente. 3. — Sang pris 41 heures après l'injection. Même nombre et mêmes caractères que le sang de la préparation 2. Le nombre des lcy. pm. à grosses granulations colorées a légèrement augmenté. Immédiatement après cette ])rise de sang l'animal reçoit i cm 3 de culture de vibrion de Metchnikoff chauffée à 100°. 4. — Sang pris 3 minutes après la 2 e injection. Le sang présente les caractères de la préparation 3. 5. — Sang pris 26 heures après la 2° injection. Le nombre des lcy. reste le même. Lcy. pm. à granulations colorées très abondants. Lcy. m., lcy. v. et transitions très rares. • 6. — Sang pris 40 heures après la 2e injection. Augmentation du nombre des lcy. Lcy. pm. avec granulations colorées, prédominent. Lcy. v. Lcy. m. et transitions vers lcy. v. Immédiatement après la prise de sang, l'animal reçoit 0,5 cm 3 de culture de vi- brion de Metchniko/f vivante et viru- lente. Expérience VI {suite). Cobaye M de 830 grammes. Le cobaye M est neuf. 1. — Sang pris avant l'injection. Nombre normal de lcy. Lcy. pm. à granulations colorées pré- dominent. Lcy. m. et transitions vers lcy. v. Lcy. v. rares. L'animal reçoit sous la peau du ventre 6 cm? de culture de vibrion de Metchni- koff, chauffée à 100°. 2. — Sang pris 19 heures après l'injection. Augmentation du nombre des lcy. Lcy. pm. et transitions entre lcy. v. et lcy. pm. prédominent. Ils ont des granulations colorées. Lcy. v. assez nombreux. 3. — Sang pris 41 heures après l'injection. Le sang a repris les mêmes caractères que celui de la préparation 1. Immédiatement après cetteprise desang, l'animal reçoit A cm 3 de cultures de vi- brions de Metchnikoff chauffée à 100°. 4. — Sang pris 3 minutes après la 2e injection. Le sang présente les caractères de la préparation 3. 5 . — Sang pris 26 heures après _ la 2° injection. Augmentation du nombre des lcy. Transitions entre lcy. v. et lcy. pm. très abondants. Lcy. pm. à granulations colorées. Lcy. v. Lcy. m. et transitions v.ers lcy. v. 6. — Sang pris A0 heures après la 2e injection. Augmentation du nombre des lcy. Mêmes caractères que dans la prépa- ration 5. Immédiatement après la prise de sang, Vanimal reçoit 0,5 cm 3 de culture de vi- brion de Metchnikoff vivante et virulente. MODIFICATIONS DES LEUCOCYTES. 201 2 avril 1892. Cobaye L. T. — Sang pris 4 heures après V inoculation . {La cuisse du cobaye ne présente rien de particulier.) Légère diminution du nombre des lcy. Mêmes caractères que dans la prépa- ration 6. 8. — Sa»0 pris 17 heures après l ino- culation. Idem. 9. — Sang pris 42 heures après Fino- culation. Mêmes caractères que ceux du sang de la préparation 1. Cobaye M. 7. — Sang pris 4 heures après l'inoculation. (La cuisse du cobaye est gonflée.) Les lcy. sont très rares. Lcy. v. et transitions entre lcy. m. et lcy. v. Lcy. pm. 8. — Sang j)ris 17 heures après l'ino- culation. (La cuisse est encore très gonflée.) Le nombre des lcy. a augmenté, mais est encore très faible. Mêmes caractères que dans la prépa- ration précédente. 9. — Sang pris 42 heures après l'inocu- lation. (La cuisse n'est plus que légè- rement gonflée.) Augmentation très notable du nombre des lcy. Lcy. pm. à grosses granulations colo- rées prédominent. Lcy. v. et transitions entre lcy. m. et lcy. v. INFECTION PAR LE BACILLE DU HOG-CHOLÉRA. Expérience VIL — 19 avril 1892. Lapin A de 1 ,530 grammes. 1 — Sang pris à l'animal normal. Nombre normal de lcy. Lcy. pm. et transitions entre lcy. m. et lcy. v. également abondants. Lcy. v. Lcy. m. très rares. L'animal reçoit sous la peau du ventre 1 cm 3 de culture peu virulente de bacilles du hog-choléra. 2. — Sang pris 6 heures après l'injection. Diminution très consi- dérable du nombre des lcy. — Leurs caractères restent les mêmes que dans le sang de la pré- paration 1. Lapin B de 1,510 grammes. 1. — Sa7ig pris à l'animal normal. Nombre normal de lcy. Lcy. v. et transitions entre lcy. m. et lcy. v. prédominent. Lcy. pm. un peu moins abondants. L'animal reçoit sous la peau du ventre 1 cm 3 de culture peu virulente de bacille du hog-choléra : cette culture est différente de celle qui est injectée au lapin A. 2. — Sang pris 6 heures après l'iiijection. Diminution légère du nombre des lcy. Lcy. pm. prédominent, leur protoplasma est gra- nuleux. Lcy. v. Lcy. m. Lapin C de 1680 grammes. 1. — Sang pris à l'animal normal. Le sang présente les mêmes caractères que le sang du lapin A. L'animal reçoit sous la peau du ventre 1 cm 3 de culture très virulente de bacille du hog-cholera. 2. — Sang pris 6 heures après l'injection. Diminution très consi- dérable du nombre des lcy. Les caractères sont restés les mêmes, mais il y a une légère augmenta- tion du nombre des lcy. m. 202 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Lapin A. 3. — Sangpris2 L 2heures 1/2 après l'injection. Augmentation du nom- bre des lcy. Lcy. pm. prédominent. Lcy. v. Lcy. m. assez nom- breux. 4. — SangprisSO heures 1/2 après l'injection. Augmentation du nom- bre des lcy. Lcy. v. et lcy. pm. éga- lement abondants. Lcy. m. 5. — Sang pris 48 heures après l'injection. Le nombre des lcy. a encore augmenté. Lcy. pm. et transitions entre lcy. v. et lcy. pm. Transitions entre lcy. m. et lcy. v. Lcy. m. rares. Lcy. v. très rares. 6. — Sang pris 54 heures après l'injection . Idem. 7. — Sang pris 71 heures après l'injection. Diminution du nombre des lcy; les caractères restent les mêmes. 8. — Sang pris 78 heures après l'injection. Idem. Lapin b. 3. — Sang pris%2 heures 1 1 % après l'injection. Diminution considéra- ble du nombre des lcy. Lcy. v. et lcy. pm. également abondants. Lcy. m. 4. — Sang pris 30 heures 1/2 après l'injection. Augmentation du nom- bre des lcy. Lcy. pm. et transitions entre lcy. m. et lcy. v. Lcy. m. o. — Sang pris 48 heures après l'injection. L'augmentation des lcy. perstste. Lcy. v. Transitions entre lcy. m. et lcy. v. et entre lcy. v. et lcy. pm. (j. — Sang pris 54 heures après l'injection. Légère diminution du nombre des lcy. Transitions entre lcy. m. et lcy. v. et entre lcy. v. et lcy. pm. Lcy. v. 7. — Sang pris 71 heures après l'injection. Diminution du nombre des lcy; les caractères restent les mêmes. 8. — Sang pris 78 heures après l'injection. Le nombre des lcy. a encore diminué. Lcy. pm. et transi- tions entre lcy. v et lcy. pm. Lcy. v. presque aussi nombreux que les précé- dents. Expérience VII {suite). Lapin G. 3 — Sang pris22heures \ /2 après l'injection. Même nombre de lcy. que dans la prépara- tion 2. Lcy. m. et lcy. v. pré- dominent. Lcy. pm. rares. i. — Sang pris 30 heures 1/2 après l'injection. Le sang continue à s'appauvrir en lcy. Lcy. m. Transitions entre lcy. m. et lcy. v. Lcy. pm. Le lapin C. meurt envi- ron 40 heures après Fin* jection. o. — Sang pris 48 heures après l'injection. [Ce sang est pris dans le cœur de l'animal mort.) Très peu de lcy. Lcy. m., lcy. v. Transitions entre lcy. v. et lcy. pm. Lcy. pm. très rares . MODIFICATIONS DES LEUCOCYTES. 203 lit avril 1892. Lapin A de 1530 grain. 9. — Sang vris 95 heures après l'injection. Le sang est redevenu normal. (Voir prépara- tion l.) Lapin B de 1510 grain. 9. — Sang pris 95 heures après l'injection. Le sang est redevenu normal. (Voir prépara- tion 1.) Lapin C de 1080 gram. Expérience VIII. Lapin D de 1,020 grammes. Le lapin D est neuf. 1 . — Sang pris d l'animal normal. Nombre normal de lcy. Lcy. pm. et transitions entre lcy. m. et lcy. Lcy. v. rares. v. également nombreux. L'animal reçoit dans la cacité pàrito- néale 1 cm* de culhire très virulente de bacilles du hog-choléra, et sous la peau du ventre 0,5 cm* de la même culture. 2. — Sang pris 3 heures après l'injection. Diminution du nombre global des lcy. Lcy. v. et transitions entre lcy. v. et lcy. pm. Quelques lcy. pm. à grosses granu- lutions colorées. 3. — Sang pris 19 heures après l'injection. Le nombre des lcy. a encore décru. Lcy. v. et transitions entre lcy. m. et lcy. v. prédominent. Lcy. pm. rares. Le lapin neuf meurt 22 heures 1/2 après l'injection. La cavité péritonéale est remplie d'un pus épais. A. — Sang pris dans le cœur immédia- tement après la mort. Très peu de lcy. Lcy. v. et transitions entre lcy. m. et lcy. v. et entre lcy. v. et lcy. pm. o. — Pus de la cavité péritonéale. Lcy. pm. à granulations colorées for- tement prédominants. Lcy. v. et transitions entre lcy. v. et lcy. pm. Lcy. m. manquent complètement. - 2i avril 1892. Lapin E de 2,040 grammes. Le lapin E est vacciné. Il a été mis à notre disposition par M. Metchnikoff. 1. — Sang pris à l'animal normal. Le nombre des lcy. est le même que chez le lapin D. Lcy. pm. à grosses granulations pré- dominent. Lcy. v. et transitions entre lcy. v. et lcy. pm. L'animal reçoit dans la cavité périto- néale 1 cm 3 de culture très virulente de bacilles du hog-choléra, et sous la peau du ventre 0,o cm 2 de la même culture. 2. — Sang pris 3 heures après l'injection. Augmentation du nombre de lcy. Lcy. pm. à granulations très colorées prédominent. Lcy. v. Lcy. m. 3. — Sang pris 19 heures après l'injection. Augmentation du nombre des lcy. Lcy. pm. avec granulations colorées prédominent. Lcy. m. rares. 4. — Sang pris 25 1/2 heures après l'injection. Diminution légère du nombre des lcy. Lcy. pm. et transitions entre lcy. v. et lcy. pm. tous à granulations colorées. Lcy. v. un peu moins nombreux. Lcy. m. très rares. 5. — Sang pris 43 heures après l'injection. Idem. 204 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. INFECTION PAR LE STAPHYLOCOCCUS PYOGENES AUREUS. Expérience IX. Cobaye N de 385 grammes. 1. — Sang pris à ranimai normal. Nombre normal de lcy. Ley. pm. à granulations colorées et lcy. v. également abondants. Lcy. m. Le cobaye N reçoit dans les muscles de la cuisse 0.5 «m 3 de culture de staphy- lococcus pyogenes aureus. 2. — SangprisZhcureslIZaprèsl'injection. Idem. 3. — Sang pris 22 heures 1/2 après V injection. Le nombre des lcy. n'a pas varié. Lcy. pm. Lcy. m. Lcy. v. , — Sang pris 48 heures après l' 'injection. Le nombre de lcy. n'a pas changé. Lcy. pm. Lcy. m. Lcy. v. rares. 14 avril 1892. Lapin F de 1500 grammes, 1. — Sang prisa l'animal normal. Nombre normal de lcy. Lcy. pm. à protoplasma granuleux. Transitions entre lcy. m. et lcy. v. un peu moins nombreux. Lcy m. Lcy v. Le lapin F. reçoit dans les muscles ds la cuisse 1 cm 2 de culture ds slaphylococ- cus pyogenes aureus. 2. — Sang prisa heur cs\j2 après l'injection. Idem. 3. — Sang pris 22 heures 1/2 après l'injection. Le nombre global des lcy. n'a pas varié. Lcy. v. prédominent. Lcy. m. et lcy pm. L'animal meurt environ 40 heures après l'injection. 4. — Sang pris dans la veine cave infé- rieure 48 heures après l'injection. Très peu de lcy. Lcy. m. Lcy. v. Lcy. pm. très rares. Expérience X. — 16 avril 1892. Lapin G de 1800 grammes. 1. — Sang pris à l'animal normal. Nombre normal de lcy. Lcy. v. et transitions entre lcy. m. et lcy. v. prédominants. Lcy. pm. et lcy. m. rares. Le lapin reçoit dans la veine externe de l'oreille 1 cm 3 de culture de staphylococcus pyogenes aureus. 2. — Sang pris 8 heures après l'injection. Augmentation du nombre des lcy. Lcy. pm. avec granulations. Lcy v. et transitions entre lcy. v. et lcy. pm. Transitions entre lcy. m. et lcy v. 3. — Sang pris 25 heures 1/2 après l'injection. Même nombre de lcy. La plupart sont lcy. pm. souvent réunis en amas. Lcy. v. et lcy. m. beaucoup plus rares. 4. — Sang pris 31 heures 1/2 après l'injection. Idem. 5. — Sang pris 49 heures 1 /2 après l'injection. Augmentation notable du nombre des lcy. Lcy. pm. avec granulations colorées dominent. Lcy. v. et transitions entre lcy. m. et lcy.v. MODIFICATIONS DES LEUCOCYTES. 205 6. — Sang pris 55 heures après l'injection. Même nombre de lcy. Lcy. pm. et transitions entre lcy. v. et lcy. pm. prédominent Lcy. v. 7. — Sang pris 72 heures après l'injection. Munie état. INFECTION PAR LE BACILLE DU CHARBON Expérience XI. — Lapin H de 2,670 grammes. Ce lapin est vacciné contre le charbon. Il a été mis à notre disjwsition par M. Metclinikoff. 1. — Sang pris d l'animal normal. Lcy. très nombreux. Lcy. pm. à granulations colorées, prédominent fortement. Lcy. m. Lcy. v. rares. Le lapin reçoit dans la veine externe de l'oreille 1 cm 3 de culture de charbon virulent. 2. — Sang pris 18 heures après l'injection. Très légère diminution des lcy. Lcy. pm. et transition entre lcy. v. et lcy. pm. Transition entre lcy. m. et lcy. v. Lcy. m. rares. 3. — Sang pris 38 heures après l'injection. Même nombre de lcy. Lcy. pm. prédominants. Transitions entre lcy. m. et lcy. v. presque aussi nombreux. Lcy. m. rares. U avril 1892. Lapin J de 1,550 grammes. Ce lapin est neuf. 1. — Sang prisa l'animal normal. Nombre normal de lcy. Lcy. pm. et formes de transition entre lcy. m. et lcy. v. et entre lcy. v. et lcy. pm. en nombre égal. Lcy. v. et lcy. m. plus rares. Le lapin reçoit dans la veine externe de l'oreille 1 cm 3 de culture de charbon vi- rulent. 2. — Sang pris 15 heures après l'injection. Diminution manifeste du nombre des lcy. Lcy. pm. à granulations colorées. Lcy. m. Lcy. v. Le lapin meurt environ 20 heures après l'injection. 3. — Sang pris dans le cœur du lapin mort. Mêmes caractères du sang que dans la préparation 2. Expérience XII. — Cobaye B 3 , de 775 grammes. Le cobaye B 3 est vacciné contre le vi- brion de Metchnikoff (voir Exp. i) et a subi l'inoculation d'épreuve, (voir Ëxp.n). 1. — Sang pris à l'animal normal. Beaucoup de lcy. Lcy. pm. prédominent. Lcy. v. Lcy. m. rares. Le cobaye B. reçoit dans la cavité péri- lonéalc 2 cm 3 d'une culture de second vaccin charbonneux. 19 décembre 1892. Cobaye de 395 grammes. Le cobaye est neuf. 1 . — Sang pris d l'animal normal. Nombre normal de lcy. Transitions entre lcy. m. et lcy. v. prédominent d'une façon très manifeste. Lcy. pm. peu nombreux. Lcy. m. Lcy. v. très rares. Le cobaye reçoit dans la cavité péri- tonéale icm 3 1/2 d'une culture de second vaccin charbonneux. 206 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Cobaye B 3 . 2. — Sang pris 5 minutes après l'injection. Forte diminution du nombre des lcy. Lcy. m. Ley. v. rares. Lcy. pm. très rares. 3. — Sang pris 30 minutes après l'injection. Idem. 4. — Sang pris 1 heure après l'injection. Légère augmentation du nombre des lcy, Lcy. pin. prédominent. Lcy. m. en nombre presque égal à celui des lcy. pm. Transitions entre lcy. m. et lcy. v. rares. 5. — Sang pris 2 heures après l'injection. Le nombre global des lcy. n'a pas varié. Lcy. pm. Lcy. m. et lcy. v. très rares. 6. — Sang pris & heures après l'injection Idem. 7. — Sang pris 6 heures après l'injection. Le nombre et les caractères des lcy. sont les mêmes que dans la prépara- tion o. Mais la proportion des lcy. pm. est encore devenue plus forte. 8. — Sang pris 9 heures après l'injection. Idem. 9. — Sangpris 13 heures après l'injection. Le nombre global des lcy. n'a pas varié. Lcy. pm. tout à fait prédominants. Lcy. v. Expérience XII (suite. Cobaye O. 2. — Sang pris o minutes après l'injection. Légère diminution du nombre des lcy. Lcy. m. et lcy. v. prédominent. Lcy. pm. rares. 3. — Sang pris 30 minutes après l'injection. Légère diminution du nombre des lcy. Lcy. v. Lcy. m. Lcy. pm. 4. — Sangpris 1 heure après l'injection. Idem. 5. — Sang pris 2 heures après Vinjcclion. ■ Augmentation légère du nombre des lcy. Lcy. pm. et transitions entre lcy. v. et lcy. pm. prédominent. Les lcy. pm. sont souvent réunis en petits amas. Lcy. m. et lcy. v. rares. 6. — Sang pris h, heures après l'injection. Même nombre de lcy. que dans la préparation 5. Transitions entre lcy. v. et lcy. m. Lcy. pm. en nombre presque égal. Lcy. m. très rares. 7. — Sangpris 6 heures après l'injection. Légère augmentation. Lcy. pm. prédominent. Lcy. v. Lcy. m. très rares. 8. — Sangpris*) heures après l'injection. Forte augmentation du nombre des lcy. Lcy. pm. à granulations colorées pré- dominent. Lcy. v. et transitions vers lcy. pm. Lcy. m. ettransitions vers lcy. v. rares. 9. — Sangpris 13 heures après l'injection. Le nombre des lcy. n'a pas varié. Lcy. pm. et transitions entre lcy. v. et lcy. pm. Lcy. m. Lcy. v. MODIFICATIONS DES LEUCOCYTES. 207 10 décembre 1892. Cobaye B 3 . 10. — Sang pris 23 heures après l'injection. Idem. il. — Sang pris 28 heures après l'injection. Idem. 12. — Sang pris 33 heures après l'injection. Le nombre des lcy. diminue un peu. Lcy. pm. Lcy. m. et lcy. v. 13. — Sang pris 49 heures après l'injection. Très peu de lcy. Lcy. v. et lcy. pm. •14. — Sang pris 57 heures après l'injection. Très peu de lcy. Lcy. m. prédominent fortement. Lcy. v. Lcy. pm. rares. lo. — Sang pris 76 heures après l'injection. Le nombre des lcy. a beaucoup aug- menté. Lcy. pm. prédominent. Lcy. m. et lcy. v. 6. — Sang pris 101 heures après l'injec- tion. Le cobaye B- est très malade, les oreilles sont froides, le sang s'écoule avec peine. Leucocytes très nombreux. Lcy. pm. existent presque seuls. Lcy. m. et lcy. v. rares. Pas de bacilles dans le sang. L'animal meurt environ lia heures après l'injection. La cavité péritonéale con- tient beaucoup de sérosité. 17. — Sang pris dans le cœur. Mêmes nombre et caractères des lcy. que dans la préparation 16. Cobaye 0. 10. — Sang pris 23 heures après l'injection. Légère diminution des lcy. Lcy. pm. et lcy. m. en nombre égal. Lcy. v. 11. — Sang pris 28 heures après l'injection. Légère diminution des lcy. Lcy. pm. Transitions entre lcy. m. et lcy. v. en nombre presque égal à celui des lcy. pm. 12. — Sang pris 33 heures après l'injection. Légère augmentation du nombre des lcy. Transition entre lcy. v. et lcy. pm. Lcy. pm. Lcy. v. 13. — Sang pris 49 heures après l'injection. Diminution légère du nombre des lcy. Lcy. v., lcy. m. et transitions. Lcy. pm. 14. — Sang pris 57 heures après l'injection. Diminution très notable du nombre des lcy. Lcy. m. et transitions vers lcy. v. prédominent manifestement. Lcy. pm. lo. — Sang pris 76 heures après l'injection. Idem. 16. — Sang pris lOi heures après l'in- jection. Le cobaye O est très malade, les oreilles sont froides, le sang s'écoule avec peine. Diminution du nombre des lcy. Lcy. m. et transitions vers lcy. v. Lcy. pm. rares, souvent réunis en amas. L'animal meurt environ J 10 heures après l'injection. Il présente un œdème con- sidérable de la paroi abdnninale. 17. — Sang pris dans le cœur. Très peu de lcy. Transitions entre lcy. v. et lcy. pm. Lcy. v. et transitions entre lcy. m. et lcy. pm. 208 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Cobaye B- 18. — Sérosité abdominale. Lcy. pm. existent presque seuls. Lcy. m., lcy. v. Beaucoup fie bacilles. Expérience XII (suite). Cobaye 0. Lcy. m. et lcy. pm. Il y a beaucoup de bacilles dans le sang. Quelques-uns sont englobés par les leucocytes pm. Sérosité de l'œdème. Énormément de lcy. et de bacilles. Lcy. pm. et transitions entre lcy. v. et lcy. pm. Beaucoup d'entre eux avec granulations colorées. Lcy. v. et lcy. m. INFECTION PAR LE BACILLE DU TÉTANOS Expérience XIII. — 19 décembre 1892. Lapin K de 2,860 grammes. Le lapin R est neuf. I. — Sang pris sur l'animal normal. Nombre normal de lcy. Lcy. pm. à protoplasma granuleux coloré. Transition entre lcy. m. m. et lcy. v. presque aussi nombreux que lcy. pm. Lcy. v. et transitions vers lcy. pm. Le lapin K reçoit, dans la caoité péritonéale 2 cm 3 d'une culture du bacille du tétanos très atténué par la conservation. 2. — Sang pris 5 minutes après l'injection. Même nombre global de lcy. Lcy. m. et transitions vers lcy. v. Lcy. pm dont un grand nombre avec des granu- lations colorées. Lcy. v. 3. — Sang pris 30 minutes après l'injection. Légère augmentation du nombre des lcy. Lcy.pm.très nombreux, dont beaucoup avec gra- nulations colorées. Cobaye A s , de 1,160 gr. Le cobaye A s a été vac- ciné contre le vibrion de Metchnikoff. (Voir Exp. i) Il a subi l'inoculation d'é- preuve. (Voir Exp. ii.) 1. — Sang pris sur l'animal normal. Nombre normal de lcy. Lcy. pm. prédominent fortement. Beaucoup d'en- tre eux ont de grosses granulations très colo- rées. Lcy. m. et lcy. v. Le cobaye A 3 reçoit dans la cavité péritonéale l/2c»i3 d'une culture du bacille du tétanos très atténué par la conservation. 2. — Sang pris 5 minutes après l'injection. Peu de lcy. Lcy. m., lcy. v. et lcy. pm. en nombre égal. On ne trouve plus de granu- lations dans les lcy. pm. 3. — Sang pris 30 minutes après l'injection. Le nombre des lc